Édition du 21 septembre 2021

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Québec solidaire

À propos du collectif anti raciste décolonial

Réflexions autour du prochain conseil national de QS

Au prochain Conseil National de QS du 15 et du 16 mai 2021, pendant que les uns se préoccuperont du sort du Collectif anti raciste décolonial soumis à la possibilité d’un vote de blâme, les autres voudront finaliser la plate-forme électorale de QS ou encore s’assurer d’un code éthique interne au-dessus de tout soupçon.
Impossible pourtant de ne pas avoir l’impression que l’on passe à côté des vrais problèmes et que l’on ne voit pas que la maison commune est en train de s’effriter de l’intérieur, sans que l’on ose s’attaquer aux difficultés de fond qui la grugent.

En fait, c’est la deuxième fois que la direction de QS se trouve en un court laps de temps, à devoir faire appel à des mesures d’ordre disciplinaire : après la dissolution du collectif sur la laïcité il y a de cela quelques mois (20-21 novembre 2020), voilà que c’est au tour du collectif anti raciste décolonial (CAD) d’être sévèrement blâmé par la direction. Et quoiqu’on pense de ces deux affaires, ce dont on peut être sûr c’est que pour un parti comme QS, il n’y a rien de bon à brandir de telles mesures. Quand on se trouve amené à le faire, c’est qu’il y a quelque chose qui ne va pas, quelque chose qu’on n’a pas su régler sur le fond... et depuis longtemps ! Qu’est-ce qui ne marche pas à QS, pour qu’il ne reste à ce parti que l’arme des mesures disciplinaires internes pour régler les conflits d’ordre politique qui le traversent ?

Et là a priori, je ne jetterai la pierre, ni à la direction, ni au CAD ou à toute autre instance du parti. Car —au-delà du fait que QS se trouve dans une situation indéniablement difficile, exacerbée par les formidables défis de la pandémie— il faut dire qu’au fil du temps ont fini par s’installer à QS, un climat, une culture, des manières de faire dont nous sommes tous partie prenant et qui ont eu pour résultats de nous empêcher de discuter en profondeur et de débattre politiquement sur le fond, et par conséquent de pouvoir nous maintenir ré-unis autour d’une même base stratégique, ou tout au moins autour d’un même ensemble de valeurs et de questionnements politiques. [1]

QS : entre l’électoralisme et la pensée identitaire

Résultat ce qui nous unit à QS, ce n’est plus une culture politique commune et partagée, mais c’est d’un côté les rythmes et les exigences d’une stratégie électorale certes nécessaire, mais non suffisante, et de l’autre les multiples aspirations spécifiques au travers desquelles se reconnaissent les militants et militantes de QS : féministes, écologistes, anti-racistes, autochtones, indépendantistes, altermondialistes, sociales, LGBTQ, etc. Avec à la clef au moins 2 effets potentiellement problématiques : 1) la tendance à l’électoralisme qui tend à courcircuiter (ou repousser) toute réflexion de fond sur les projets de transformation structurelle de la société ; 2) la tendance à l’approche identitaire qui tend à faire oublier que les luttes pour la reconnaissance (de genre, de ce qu’on appelle "la race", de la nation, des minorités sexuelles, etc.) ne peuvent qu’être étroitement accompagnées, dans un parti de gauche comme QS, par la lutte pour la redistribution sociale et économique, seule garante d’une approche collective et politique s’adressant à l’ensemble de la société.

Ce qui fait que, depuis quelques temps déjà, QS se trouve enfermé dans des cultures en silos, mais sans parvenir à définir "un narratif politique commun" à toutes ces justes, mais si diversifiées revendications, sinon sur le seul mode électoraliste.

Or la lutte électorale n’est qu’une modalité de la lutte menée par un parti comme QS. Elle n’est pas la lutte elle-même, elle ne peut donc pas avoir la vertu de nous unir et par conséquent de nous servir de boussole. A fortiori quand il s’agit de débattre sur le fond avec le CAD qui d’ailleurs —avec ses manières de faire apparemment radicales mais dans les faits sectaires et absolutistes--- ne facilite guère la tâche à quiconque le souhaiterait.

Une compréhension superficielle du racisme

En fait, plutôt que de n’en rester à la forme, il ne faudrait pas craindre d’aller sur le fond et de dire haut et fort que le collectif anti raciste décolonial de QS fait politiquement fausse route. Non seulement parce qu’il ne respecte comme il le devrait les règles du débat démocratique et de la culture de la bienveillance qui devrait l’accompagner, mais surtout parce qu’il a une compréhension du racisme au Québec, superficielle (parce qu’amalgamée à un « mal moral »), culturaliste (parce que pensée hors des réalités économiques de classes) et décontextualisée (parce que déliée des enjeux de la période politique propre au Québec). Et cela, parce que, oubliant tout de la question nationale québécoise, il privilégie un mode d’intervention au sein de QS, totalement contre-productif. Victimisant, moralisant et substitutiste [2], il fragmente et divise les forces au lieu d’aider à la constitution d’un vaste mouvement anti-raciste.

Plus encore il s’est enferré –comme le montrent les 32 pages de sa longue défense— dans une méthode d’intervention au sein de QS intellectuellement terrorisante, inquisitrice et manichéenne : celle se présenter comme le seul défenseur patenté des personnes dites « racisées » qu’il se fait fort de prendre sous son aile et qu’il victimise au passage, tout en démonisant a priori les militants ou militantes dits « blancs/ches » et en les culpabilisant de cette condition d’oppression qu’il aurait mise en exergue. Le tout sur la base de la seule couleur de leur peau (ou au mieux de leur origine étrangère), et loin de tout autre facteur, ne serait-ce que celui des classes sociales.

Pourquoi est-il tombé dans de tels travers ? Parce qu’il carbure à l’indignation morale, plus qu’à la réflexion politique. Et il peut le faire d’autant plus qu’il n’y a pas ou plus de culture politique commune à QS, et parce qu’il a repris à son compte —sous couvert d’une apparente radicalité— une série de nouveaux concepts et raisonnements soudainement devenus à la mode (fragilité blanche, privilège blanc, personne racisée, pensée décoloniale, intersectionnalité, etc.) [3] sans les passer au crible de la critique (et donc les nuancer [4]4, les reprendre pour soi, se les ré-approprier), et sans surtout les confronter à la situation concrète que vit le Québec d’aujourd’hui, comme aux héritages mêmes de la gauche. Il est vrai qu’on peut dire à sa décharge que le parti dans son ensemble ne l’a aucunement aidé en cela, mais quand même !

Car l’anti-racisme n’est pas une cause nouvelle que la gauche viendrait de découvrir dans le sillage du mouvement Black Lives Matter. Frantz Fanon, pour ne citer que lui, a dans les années 1950 et 1960 amplement écrit sur cette question, mettant en évidence comment la question des races, quand on est de gauche, avait peu de chose à voir avec la couleur de la peau et ne prenait sens qu’étroitement associée à celle des classes sociales et de la société capitaliste [5].Et l’on pourrait aussi se référer à ce propos à Angela Davis et à son engagement au sein du Parti communisme états-unien. Tout ça pour dire qu’il n’y a pas qu’une manière d’être anti-raciste, et qu’il n’y a pas de monopole en la matière. On peut donc être anti-raciste sans partager les manières de penser et d’agir du CAD, d’autant plus qu’elles se sont imposées sur le mode "d’un terrorisme intellectuel" nouveau genre, jouant sur les mécanismes émotifs de la victimisation et de la culpabilisation individuelle ou existentielle.

Quant à la situation du Québec, il faut au moins avoir la décence de rappeler que le Québec — nation en mal d’affirmation collective depuis près de 2 siècles— n’est pas la France des banlieues (ou de la France-afrique), ni les USA de Mineapolis, et que si on peut y noter une montée du racisme, celui-ci est dû à une conjoncture tout à fait particulière qu’il faut savoir analyser à sa juste mesure. Dans un sens, il en va de même pour les Autochtones du Québec, s’ils sont à l’évidence —voir Joyce Echaquan— victimes de ce qu’on appelle le racisme systémique, ils doivent aussi et surtout leur sort aux politiques coloniales de l’État fédéral anglophone, un État qui n’a cessé d’être une prison pour les peuples, qu’ils soient autochtones ou d’origine européenne comme le peuple québécois.

La grande absente : la question de l’indépendance

À y regarder de près, la grande absente du débat dans cette affaire, c’est la question nationale du Québec, et au-delà la question de l’indépendance, mais d’une indépendance qui ne soit pensée, ni depuis les préjugés du multiculturalisme canadien et anglophone (faisant implicitement des Québécois un peuple raciste), ni depuis ceux de la pensée identitaire ou étroitement nationaliste de la CAQ (ne pensant qu’à un Québec provincialiste, tissé serré et replié sur lui, sans les peuples autochtones et les nouveaux arrivants).

C’est ce qu’on a oublié de travailler et mettre en relief à QS. Et c’est ce qui aurait dû nous aider à trouver la boussole politique dont nous aurions tant besoin en ces temps difficiles. On aurait pu penser que l’arrivée à QS d’Option nationale ainsi que l’élection de Sol Zanetti et Catherine Dorion comme députés aideraient à ce que le parti décide vraiment d’approfondir de manière collective cette question pour en faire son axe d’intervention stratégique premier. Et là je veux dire : non pas secondariser au profit de l’indépendance, les questions écologique, féministe, altermondialiste ou encore sociale, mais les rassembler toutes autour de la tâche stratégique de participer activement comme parti à la marche vers l’indépendance du Québec, la constituante en étant une des pierres de touche [6]6. Cela nous aurait permis de garder les pieds sur terre, de penser les choses de manière concrète, et d’abord en fonction de ce qu’est la société du Québec dans laquelle il nous est donné de vivre. Cela nous aurait permis aussi de poser les questions de « la transition écologique » et du possible dépassement du capitalisme néolibéral de manière pratique et politique. Mais on a préféré en rester à une approche à courte vue, —électoraliste et fragmentée— dont on paie le prix aujourd’hui.

Souhaiter un réveil de QS

Il ne reste dès lors qu’à souhaiter que ce prochain Conseil national, soit celui d’un sursaut, ou d’un réveil de QS ; et que tant du côté de la direction, que de celui du CAD, on ne privilégie, ni le jusqu’auboutisme disciplinaire, ni l’absolutisme sectaire, mais qu’à l’inverse on ose se retrousser les manches, pour ensemble s’attaquer aux véritables causes de nos difficultés actuelles.

Par exemple à l’occasion de ce CN, pourquoi –au-delà même du programme électoral de QS— ne pas lancer un débat en profondeur dans le parti sur le racisme et l’anti-racisme, mais un débat organisé et nourri par la direction et dans lequel bien sûr le CAD, mais pas seulement lui, pourrait, faire entendre sa voix (redevenue bienveillante ?!) et qui devrait déboucher sur des pistes de revendications et d’action votées et assumées par le parti ? Et pourquoi pas –dans la même veine et puisque la question de l’indépendance y est étroitement liée— mettre sur pied une commission ad hoc qui réfléchirait à la manière de redonner à l’indépendance la place qu’elle devrait avoir dans la stratégie politique de QS (y compris dans sa stratégie électorale à venir) ?

Après tout –rappelez-vous l’état de la langue française à Montréal aujourd’hui— tout de la situation concrète ne nous en rappelle-t-il pas l’importance, et n’est-ce pas la réactivation en nos rangs de cette question (et de tout ce qu’elle implique) qui nous permettrait d’éviter de voir les murs de notre maison commune inexorablement s’effriter ?

Pierre Mouterde
Sociologue et essayiste
Québec, le 3 mai 2021


[1Je pense à ce titre, à notre mode de discussion et de prise de décision interne hérité des pratiques syndicales, des lourdeurs formalisantes desquelles nous n’avons pas su nous extraire et qui ne facilitent guère les débats de fond et leur approfondissement. Je pense aussi à notre incapacité –hors des médias sociaux et de tous leurs travers— à réfléchir politiquement avec notre base militante (pas de site web (ou de revue d’actualité QS) organisé par le parti, pour lire l’actualité, réfléchir sur le mode du débat aux grandes orientations du parti et aux questionnements qu’elles posent. Je pense enfin au manque de formation politique de base des membres du parti qui se retrouvent ainsi sans un corps de savoirs et de concepts commun à partir duquel il serait possible de discuter, d’échanger, d’avancer ensemble, particulièrement depuis l’arrivée au sein de QS de la génération du printemps Érable. Sans tous ces préalables résolus, le code éthique interne risque bien de n’être qu’une coquille vide, et parler de culture de la bienveillance, un vœu pieux.

[2Le plus bel exemple que l’on pourrait prendre de ce « substitutisme », serait celui du Comité national autochtone qui justement a dû remettre les pendules à l’heure en rappelant à certains membres du CAD qu’ils ne pouvaient pas parler impunément au nom des Autochtones, ni préjuger de la façon dont ils devaient s’organiser au sein du parti.

[3Voir à ce propos l’entrevue donnée à Presse-toi à gauche par Sibel Epi Ataogul. https://www.pressegauche.org/La-lutte-contre-le-racisme-systemique-a-QS-et-le-collectif-antiraciste. On y retrouve tous les traits dont nous avons parlé, et en particulier cette survalorisation du caractère de la couleur de peau qui loin d’aider à clarifier ce qu’il en est des mécanismes du racisme, tend à son insu à ré-introduire la notion de race (et des hiérarchies qu’elle appelle) dont pourtant tous les savoirs anthropologiques contemporains ont montré le caractère non scientifique et non rigoureux.

[4C’est justement ce que le dernier texte de Jonathan Durand Folco tente de faire, montrant bien qu’il y a dans ces nouvelles notions, bien des tris à faire, en somme à apprendre à séparer le bon grain de l’ivraie : http://www.ekopolitica.info/2021/04/au-dela-des-wokes-partie-i-critique-de.html

[5Frantz Fanon (1925-1961) était un psychiatre et essayiste de nationalité française, né en Martinique et se considérant algérien. Étant un des fondateur du tiers-mondisme et une figure de l’anticolonialisme de cette époque, il s’est impliqué dans la lutte pour l’indépendance de l’Algérie et le combat internationaliste. Voir à propos du racisme sa formule célèbre : « Le problème du noir, ce n’est pas le blanc, sinon une société capitaliste, colonialiste et accidentellement blanche » (Fanon, 2009 ; 170) Fanon, Frantz, Piel negra, máscaras blancas [1952], Madrid, Akal, 2009. Dans son essai le plus célèbre, Les damnés de la terre, il décortique à l’aide de la philosophie, la sociologie et la psychiatrie les processus de colonisation et de décolonisation à l’oeuvre à son époque.

[6Voir à ce propos, dans le numéro 24 des Nouveaux cahiers du socialisme (La question nationale revisitée), L’indépendance du Québec : encore à l’ordre du jour p. 189-197).

Pierre Mouterde

Sociologue, philosophe et essayiste, Pierre Mouterde est spécialiste des mouvements sociaux en Amérique latine et des enjeux relatifs à la démocratie et aux droits humains. Il est l’auteur de nombreux livres dont, aux Éditions Écosociété, Quand l’utopie ne désarme pas (2002), Repenser l’action politique de gauche (2005) et Pour une philosophie de l’action et de l’émancipation (2009).

Messages

  • Comment redonner à l’indépendance la place qu’elle doit avoir à QS tout en structurant l’action de QS autour d’une indépendance anti-raciste ? En mettant de l’avant la DÉMOCRATIE vs l’État AUTOCRATIQUE cdian qui s’impose au Québec sans rupture depuis la Conquête de force et d’autorité impériale autocratique raciste et ségrégationniste ( Déportation des Neufrancien,nes d’Acadie, écrasement, exécution & déportation des Patriotes, Rapport Durham, Loi sur les Indiens, Lois interdisant le français et l’enseignement du français au Canada, etc., ) puisqu’il n’a jamais ni sollicité ni obtenu le clair OUI référendaire des Québécois,es, ni à la Conquête en 1759, ni à la signature du Traité de Paris de 1763 ( Acte de Cession !? Comme si un Peuple pouvait être objet de Cession que s’échangent différentes Couronnes autocratiques sans lui demander ni son avis ni son accord ), ni en 1840, ni en 1867, ni même en 1982 = 0 démocratie constituante = donc 0 démocratie politique.

    QS doit faire le constat de l’invalidité et de l’illégitimité démocratique de l’État autocrate du Royaume de la Couronne canado-britanique et doit impérativement et sans délai refuser de participer à la VALIDATION de tel État de clair déni démocratique qui fait en sorte que les députations et les gouvernements élus par Le Peuple et siégeant autant à Ottawa qu’à Québec sont contraints non seulement de prêter serment d’allégeance à une Couronne aussi indigne qu’illégitime, mais aussi et surtout sont contraints d’obéir à une Loi constituante qui n’est pas celle du Peuple, qui n’est donc pas démocratiquement légitime et valide. La seule ligne d’action à suivre quand Le Peuple, la députation du Peuple et les gouvernements du Peuple sont forcés à obéir à une loi qui n’est pas celle du Peuple est de REFUSER à partir de désormais la gouvernance collabo-provincialiste ségrégationniste et raciste de l’État ILLÉGITIME cdian et de s’engager à former un gouvernement de Libération DÉMOCRATIQUE national républicain qui donne sitôt élu un tel gouvernement de Coalition radicalement démocratique l’occasion au Peuple Souverain du Québec de se prononcer lors d’un plébiscite à double Proclamation constituante pour

    - Proclamer INVALIDE au Québec tout État qui tel l’État illégitime du Cda n’a pas obtenu pour ses Actes constituants le clair OUI référendaire des Québécois,es. OUI/NON

    - Proclamer seule VALIDE au Québec la Constitution primordiale de la République démocratique du Peuple Souverain du Québec adoptée par l’Assemblée nationale du Québec et prenant effet dès après l’obtention d’un OUI majoritaire des Québécois,es à ces deux Proclamation constituante primordiales. OUI/NON

    On peut faire l’UNION des démocrates égalitaristes, féminhumanistes, anti-capitalistes, anti-racistes et oeco-responsables autour d’un même Programme COMMUN d’État démocratique républicain qui rompt avec la gouvernance collabo-provincialiste ségrégationniste autocrate qui a cours ici sans rupture depuis la Conquête sans JAMAIS avoir placé au sommet de l’État du Peuple, Le Peuple lui-même et non pas quelque Monarque étranger,ère usurpateur,trice ; ce qui ne peut advenir que si et seulement si Le Peuple a l’occasion de se prononcer sur les Actes constituants de l’État qui s’applique à SON territoire national du Québec pour les VALIDER/INVALIDER selon son bon plaisir Souverain, comme en Australie depuis 1901, en Norvège depuis 1905, en Islande depuis 1918, au Chili depuis 1925, en Irlande depuis 1937, en France depuis 1946, en Italie depuis 1948, au Sénégal, etc., depuis 1958...

    Il faut donc prendre le pouvoir pour REFUSER de gouverner Le Peuple afin de Le mettre au Pouvoir au Sommet de l’État ; en REFUSANT de le tenir encore et encore éloigné du sommet de l’État sous prétexte que la minorité activiste canadianisatrice s’est toujours bien gardée de soumettre à la voix la Constitution du Canada et sa Charte des droits individuels pace qu’elle savait que c’eut été NON. Le Canada s’impose par défaut de n’avoir pas obtenu le clair OUI du Peuple. Il faut corriger ce défaut et cesser de VALIDER tel État voyou qui n’est tout simplement pas démocratique.

    Il faut constituer un gouvernement de LIBÉRATION démocratique nationale qui expédie les affaires courantes cependant que l’on prend un an pour régler le problème dans un sens ou un autre. Ou bien Le Peuple dit NON à la DÉMOCRATIE en disant NON à la Proclamation de l’INVALIDITÉ de l’État illégitime actuel du Canada sans OUI référendaire, ou bien il dit OUI à la DÉMOCRATIE, oui à la primauté de sa souveraineté démocratique constituante et politique et OUI à la Constitution primordiale de la 1re République du Québec, quitte à ce que se forme un jour une République fédérale Canabec autour d’une République du Québec et une République du Canada ; à moins que ce ne soit une Europe d’Amérique incluant le Québec, le Cda, les États-Unis, le Mexique, et les pays des Caraïbes...

  • Bonjour Monsieur Mouterde

    Mille fois mercis pour votre texte. Je me questionnais, ces jours-ci, si j’allais quitter QS en tant que membre ou non. Mais votre texte m’a permis de me remettre sur les rails.

    Arrivée à QS en 2007, j’avais tout à apprendre de ce que cela signifiait être membre d’un parti. J’avais tout à apprendre. La période que j’ai la plus appréciée, était la période où on définissait le programme, bref quelle genre de société nous voulions au Québec. Quelle chance nous avions. Sans posséder les outils dit "politiques" ou stratégiques, je me suis toujours engagée dans toutes sortes de luttes sociales au fil de ma vie, en prenant conscience que les changements sociaux ne se font pas en cliquant des doigts. Il faut donner le temps à tout à chacun.e de cheminer. Et cela donne rien de culpabiliser les gens, c’est démobilisant. J’ai encore beaucoup de choses à apprendre au niveau de la pensée politique/stratégique, de l’action et de la mobilisation. Votre texte m’a permis d’y voir un peu plus clair. Bien d’accord avec l’éducation politique au sein du parti. Je serais d’accord pour que l’on reprenne la formule des cercles citoyens du début de l’élaboration du programme et penser la transversalité des enjeux.

    Au plaisir de vous lire.

  • On peut etre déçu.e des Réflexions de Pierre Mouterde dans PTAG le 4 mai (« Réflexions autour du prochain conseil national de QS »). Mouterde est capable de comprendre l’injustice faite aux Canadien.ne.s avec la conquête britannique de la Nouvelle France – les souffrances du peuple travailleur et les tentatives d’irradier le « fait français » de la colonie. Il base sa compréhension non pas seulement sur les partis pris des auteur.e.s québécois.e.s des années ’70. Il modernise sa vision du pays, le Québec, en ligne avec les visions plus large des membres de QS et des ancien.ne.s partisan.es de ON Catherine Dorion et Sol Zanetti arrivé.es ds le parti depuis quelques années. “Il ne laisse pas sa vision se figer dans une période révolue”
    On pourrait lui demander d’agir ainsi dans son appréciation des luttes de tous les peuples et communautés sur le territoire les peuples autochtones et les communautés culturelles et immigrantes. Mouterde serait sûrement d’accord avec la justesse de l’interprétation iconoclaste de l’historien innu Georges Sioui (toujours avec nous aujourd’hui), Pour une autohistoire amérindienne – lui qui n’a pas accepté la version champlainesque de la conquête européenne de l’Île de la Tortue.
    Il ne serait moins important d’aussi amener son appréciation à date avec les écrivain.es autochtones et racisé.e.s comme Sean Coulthard (Peau rouge, masques blancs 2019) ; Ross-Tremblay & Hamidi (Les écueils de l’extinction 2013), entr’autres. Ces auteur.es appellent à une réévaluation des idées limitées de la simple reconnaissance des peuples autochtones. Ils et elles demandent les droits légales et économiques sur les ressources qui sont toujours expropriées par l’État extractiviste – État qui nourrit la bourgeoisie québécoise et les grosses compagnies qui menacent la planète entière avec leurs activités malines. En faisant l’effort de comprendre les souffrances, non pas simplement culturelles mais l’humiliation encourue par la pauvreté imposée, par l’impuissance devant les besoins vitaux – on sait plus facilement comprendre l’acuité des revendications par les groupes comme Idle No More Québec (ce groupe fondé très récemment par la Solidaire autochtone Melissa Mollen-Dupuis, et Widia Larivière).
    De la même manière, il ne serait pas nécessaire de s’appuyer sur les évènements aux États-Unis pour comprendre la lutte (et l’exploitation) des communautés noires et les immigrant.es du Sud global. La publication de « Noir.es sous surveillance » de Robyn Meynard de Montréal nous aide à comprendre les vraies risques de mort encourus par les personnes profilées par les forces policières et notre système carcérale sur la seule base de la couleur de peau.
    Finalement, on n’a qu’à prendre l’exemple du traitement d’une députée solidaire immigrante (la journée même de la pub de M Mouterde) : pour comprendre des sentiments exprimés par des membres du CAD. Mme Ghazal pose une simple question au Premier ministre Serait-il capable de dire une chose positive sur les immigrants ?
    Le ministre Simon Jolin-Barrette fait sa police du ton/« tone policing » ignoble, la critique du style et de la posture de Mme Ghazal, sans jamais s’adresser au fond de sa question. Oui, Ruba parle des émotions et des difficultés de sa famille, et d’elle-même. Elle n’a pas tort à faire rappeler ces expériences dans l’Assemblée nationale. Quand on voit que les autorités préfèrent mettre leurs énergies à la critique de la personne, pour éviter le fond d’une revendication, on acquiert une sympathie pour la colère qui peut être suscitée dans le cœur des personnes « de couleur ».

    • Mais rien dans mon texte laisserait supposer que je ne tiendrai pas compte des luttes dont vous parlez. Ce que je questionne, ce n’est pas la nécessité de l’antiracisme, bien au contraire ! C’est la façon dont certaines luttes sont aujourd’hui menées au nom de l’anti-racisme et qui ne me paraissent pas aidé à cette cause. Et je partage totalement les récriminations que Ruba Ghazal peut avoir vis-à-vis de la façon dont peuvent être perçus les immigrants par bien des autorités du gouvernement ou de la CAQ.

  • Pierre tu commences avec une prétention neutralité :

    « Et là a priori, je ne jetterai la pierre, ni à la direction, ni au CAD ou à toute autre instance du parti »

    ***********************

    Pour ensuite sombrer dans une attaque en règle contre les militant.e.s du CAD avec un parti pris identitaire horripilant :

    « le CAD qui d’ailleurs avec ses manières de faire apparemment radicales mais dans les faits sectaires et absolutistes »

    « le collectif anti raciste décolonial de QS (qui) fait politiquement fausse route »

    « parce qu’il a une compréhension du racisme au Québec, superficielle, culturaliste et décontextualisée »

    « parce que, oubliant tout de la question nationale québécoise, il privilégie un mode d’intervention au sein de QS, totalement contre-productif »

    « il s’est enferré dans une méthode d’intervention au sein de QS intellectuellement terrorisante, inquisitrice et manichéenne »

    « se présente comme le seul défenseur patenté des personnes dites ‘racisées’ ..., tout en démonisant a priori les militants ou militantes dits ‘blancs/ches’ »

    « il carbure à l’indignation morale, plus qu’à la réflexion politique »

    « il a repris à son compte une série de nouveaux concepts et raisonnements soudainement devenus à la mode (fragilité blanche, privilège blanc, personne racisée, pensée décoloniale, intersectionnalité, etc) »

    « il en va de même pour les Autochtones du Québec, s’ils sont à l’évidence —voir Joyce Echaquan— victimes de ce qu’on appelle le racisme systémique, ils doivent aussi et surtout leur sort aux politiques coloniales de l’État fédéral anglophone »

    ***********************

    Pierre,

    Non seulement as-tu lancé une pierre au CAD, mais de toute évidence une pierre ne suffisait pas.

    Tu as choisi ton camp, celui de Mathieu Bock-Côté, de Louise Mailloux et de Simon Jolin Barrette et tu le défends avec des arguments qui confirment et alimentent la fracture qui divise la société québécoise.

    Je n’essaierai pas de te convaincre qu’on peut être éveillé.e (woke) sur les injustices racistes tout en étant engagé.e dans la lutte contre le capital. Je ne perdrai pas mon temps à aborder ton privilège et ta fragilité blanche. Tu n’as qu’à checker ça dans le miroir.

    Je voulais juste dire que je ne crois pas que ta contribution au débat fait avancer la cause de la gauche politique. Peut-être celle de Québec solidaire. N’étant plus membre, je ne me prononcerai pas là-dessous. Je vais laisser ça au Conseil national.

    • Cher Bill

      Te dire que :
      1) Si j’ai commencé mon texte en disant que je ne jetterai la pierre à personne, c’est que je pense que le fond du problème que nous avons réside dans le fait que comme parti nous n’avons pas su organiser et gérer entre nous de véritables débats en profondeur. Et que cela dépend d’une série de facteurs sont nous sommes tous responsables, pas seulement la direction ou le CAD.
      2) L’erreur que je crois que tu fais —quant à la deuxième partie de ton argumentation— réside dans ce qu’on pourrait appeler une sorte de "campisme", c’est-à-dire dans le fait de réduire la réalité sociale et politique à deux seuls camps : les bons et les mauvais, faisant que si tu n’appartiens pas à l’un, tu appartiens automatiquement à l’autre. Comme si le Lybien Khadafi, parce qu’il s’opposait à l’impérialisme US était nécessairement un socialiste progressiste ! La complexité de la situation que nous affrontons aujourd’hui à gauche —au-delà de toute l’indignation qu’elle peut susciter— fait malheureusement que les choses ne sont pas aussi simples. Tu évoques avec raison le fait d’être "éveillé" sur les justices raciales tout en étant engagé dans la lutte contre le capital. Sauf que ce point de vue est loin, très loin d’être partagé par tout le monde. S’il l’était, on n’aurait pas les débats qu’on a à QS et on ne chercherait pas a priori à renvoyer l’autre là la seule image qu’il peut avoir dans un miroir.
      Pierre

  • Monsieur Mouterde,

    Ne m’en voulez pas de ne pas vous appeler par votre prénom car, en plus du fait que je ne vous connais pas, je ne me considère pas comme faisant partie de votre famille idéologique. En fait, je suis davantage en communion de pensée avec des gens comme Denise Bombardier, Mathieu Bock-Côté et Joseph Facal, pour ne nommer que ceux-là. Vous voyez le genre.

    Toutefois, même si je prétends ne pas vous connaître, je connais ce que vous écrivez car, je dois le dire ici, j’aime bien vous lire. Un peu par curiosité mais aussi par désir de connaître davantage la manière dont des gens comme vous arrivez à penser. Vous me permettrez cet aveu : jusqu’ici cet exercice m’a permis de trouver certaines de vos analyses fort justes et pertinentes.

    Comme ici, par exemple. Vous déplorez que la gauche, du moins celle incarnée par QS, s’est éparpillée par électoralisme -ou clientélisme - en une multitude de factions plus ou moins sectaires qui, quand elles ne font pas mine de s’ignorer, se retrouvent plus souvent qu’autrement à couteaux tirés.

    Ce genre de tiraillement interne est monnaie courante dans tous les partis politiques mais on dirait qu’au sein de la gauche, ces dissensions ont toujours une fâcheuse tendance à s’exacerber, sans doute un trait hérité de l’inflexibilité des positions radicales qui sont défendues et de la certitude d’avoir raison.

    Au delà de ces traits de caractère innés, QS se retrouve à être la victime de ses orientations passées visant à rassembler sous son drapeau, dans le but de maximiser son poids politique, toutes sortes de clientèles plus ou moins disparates : les "racisés", les verts, les indépendantistes, les LGBT, etc...

    Le problème avec ces clientèles plus ou moins marginales, c’est qu’elles ont souvent bien peu de choses en commun au-delà de leur sentiment de rejet par l’ordre établi. En fait, leurs aspirations peuvent être même souvent antagonistes et amener votre parti à des choix déchirants. On l’a vu l’an dernier quand, dans une tentative d’acheter une paix provisoire, le collectif sur la laïcité a été sacrifié sur l’autel dressé par un collectif adverse, celui du CAD.

    Comme c’était à prévoir, avec cet "accord de Munich" le répit a été de courte durée. Qu’on le veuille ou non, QS est devenu un ramassis brinquebalant et antinomique de revendicateurs de tout acabit où l’athée se frotte au religieux, l’anti-nationaliste s’oppose à l’identitaire et l’écolo est amené à côtoyer le non-genré. Il faudra bien admettre qu’en fin de compte pas grand-chose ne rassemble tout ce beau monde à part leur sentiment d’être laissés pour compte et qu’il sera bien difficile, voire impossible, de les fédérer autour d’un projet idéologique commun apparenté à la bonne vieille lutte des classes, comme vous-même semblez le souhaiter dans votre intervention.

    La gauche, contrairement à ses adversaires de toujours qui ont tendance à s’agglutiner pour protéger leurs intérêts communs, a toujours eu une propension à s’atomiser toujours davantage en une foule de petites chapelles et de groupuscules.

    Il semble bien que QS ne fera pas exception : c’est inscrit depuis le début dans son patrimoine génétique.

    Au plaisir de vous lire encore,

    Jean-Charles Morin

    • Merci pour vos commentaires à la fois francs et nuancés. Avec cependant un bémol à ne pas oublier : il n’y a, je crois, rien d’inscrit dans les gènes en ce qui concerne la chose sociale et politique. C’est ce qui, tout au long de son histoire, a permis à la gauche de parier contre le destin imposé aux damnés de la terre et de percevoir l’avenir —ainsi que le rappelle Walter Benjamin— zébré d’étincelles d’espérance.

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