Édition du 1er décembre 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Canada

Savez-vous planter des choux, à la mode, à la mode savez-vous planter des choux à la mode de chez nous » ? (chanson populaire)

Dans les milieux gouvernementaux québécois, au sein du Conseil du patronat et des Chambres de commerce et de certains médias grand public, on entend grommeler contre la Prestation canadienne d’urgence (PCU).

Selon les privilégiés, le montant « élevé » de la prestation encouragerait la « paresse » des sans emploi et les pousserait à prendre de coûteuses vacances aux frais des contribuables. On donne à cet effet souvent en exemple les entreprises agricoles en difficulté à cause de récoltes perdues faute de main d’œuvre locale qu’on aurait voulu voir remplacer les Guatémaltèques et autres cueilleurs sud-américains qui viennent au Québec une fois par année pour accomplir ce travail. Ils ne peuvent venir chez nous en raison de la pandémie qui a incité Ottawa à fermer ses frontières depuis quelques mois.

Voici un bel exemple idéologique du « deux poids deux mesures » qui a cours au sein du gouvernement Legault (lui-même ancien homme d’affaires) et d’une partie de l’opinion publique conservatrice (au sens large du terme). Qui parmi les politiciens, les gens d’affaires et les financiers a jamais protesté contre les inégalités sociales criantes qui marquent le Québec ? Contre les salaires et les primes démesurées souvent octroyées aux gestionnaires financiers de gros calibre et ce, avec l’argent des contribuables ? Les politiques d’emploi restrictives mises en place par les gouvernements et ces capitalistes depuis quarante ans environ et l’argent public qu’ils siphonnent à leur propre profit coûtent autrement plus cher à la collectivité que la PCU, la subvention salariale et l’aide sociale. Plusieurs d’entre eux constituent des potiches de luxe et ils évoluent dans des réseaux aussi informels qu’influents.

Eux et leurs partisans se trompent quand ils croient que les sans emploi, tous mis dans le même sac pourraient prendre la relève sans difficulté des employés saisonniers latino-américains. Les sans emploi ne forment pas des pions utilisables n’importe où et n’importe quand, dont les employeurs pourraient disposer à volonté au gré de leurs intérêts.

Il faut tenir compte des affinités professionnelles des gens, de leur formation et de leur expérience de travail. Il n’est pas évident qu’un ancien fonctionnaire, une ancienne secrétaire ou qu’un travailleur autonome privé de contrats (et habitué à travailler sur un clavier) se transformeraient comme par magie en cueilleurs de choux, de laitues ou de carottes et qu’ils pourraient du jour au lendemain bosser sous un soleil brûlant plusieurs heures d’affilée cinq ou six jours par semaine durant deux ou trois mois.

Si le PCU n’avait pas été institué par les libéraux (sans doute sous l’influence du NPD qui dispose de la balance du pouvoir), non seulement une masse de gens aurait sombré dans la pauvreté sinon la misère, mais les entreprises agricoles n’auraient pu combler que très partiellement le manque de main d’oeuvre aux champs parce qu’elles auraient perdu en cours d’opération bien des « joueurs » et des « joueuses », épuisés par un travail auquel ils ne sont pas préparés et trop exigeant sur le plan physique. Ils auraient laissé tomber au bout de quelques semaines.

Les cueilleurs latino-américains, eux, ont l’habitude de ce genre de boulot, lequel recoupe vraiment leur champ de compétence (sans mauvais jeu de mots). On n’a pas à juger ceux et celles de nos compatriotes qui ont profité de la PCU. Pour une fois que les sans emploi bénéficient d’un traitement assez convenable...

Si les travailleurs saisonniers latino-américains sont sous-payés (par rapport aux normes québécoises), que le gouvernement alors édicte des normes plus exigeantes pour les employeurs agricoles et qu’il les force à améliorer leurs conditions de travail.

Bien sûr, le marché de l’emploi ne repose pas sur une situation où tout le monde peut dénicher l’emploi de ses rêves où et quand ça lui convient. Il faut être prêt à faire des compromis. Mais par ailleurs, on n’a pas le droit non plus de lancer n’importe qui dans n’importe quoi.

En terminant, je lance une petite suggestion (et même un défi) à certaine éditorialistes et commentateurs qui grognent contre la PCU : pourquoi n’abandonneraient-ils pas temporairement leur boulot confortable et bien payé pour aller cueillir des choux ?

Jean-François Delisle

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