Édition du 14 avril 2026

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Asie/Proche-Orient

Se tirer dans le pied

Donald Trump et Benjamin Netanyahou semblent avoir trouvé la méthode parfaite pour aboutir à un échec retentissant dans la lutte à finir qu’ils mènent contre le régime iranien, peu importe ses dirigeants. Le conflit s’étend et il devient toujours plus complexe, en plus de nuire aux économies occidentales.

Il n’est peut-être pas très utile de savoir lequel a influencé l’autre pour lancer cette offensive majeure contre Téhéran. Ils se sont entendus comme larrons en foire pour utiliser la force afin de parvenir à leurs politiques. C’est la parfaite illustration de l’affirmation de Clausewitz selon qui la guerre n’est que la continuation de la politique par d’autres moyens.

Il est difficile (pour moi en tout cas) de discerner des motifs clairs et précis dans cette initiative aussi folle que meurtrière. La raison officielle, du côté israélien, veut qu’on empêche l’Iran de se doter de l’arme nucléaire. Les explications de Trump, elles, sont confuses et contradictoires, ce qui fait qu’une bonne partie de l’opinion américaine s’y oppose. L’engagement des États-Unis risque de les mener à un cul-de-sac.

La victoire totale du camp israélo-américain est-elle possible ? C’est plus que douteux.
Tout d’abord, comme plusieurs analystes et observateurs l’ont déjà fait remarquer, l’Iran est un vaste pays très peuplé (entre 80 et 90 millions d’habitants) au relief varié, ce qui faciliterait la résistance de la population à tout envahisseur, même doté d’une technologie militaire très supérieure aux maquisards nationaux. Ceux-ci et les restes de l’armée régulière iranienne seraient en mesure d’infliger de lourdes pertes aux Israéliens et aux Américains, ce qui renforcerait l’opposition de la population des États-Unis à de conflit, comme à l’époque de la guerre du Vietnam.

Pour Israël, occuper et coloniser la Cisjordanie, écraser la résistance des Gazaouis est une chose, puisqu’il s’agit de petits territoires au relief plat ; même chose pour le Liban sud. Mais il ne va tout autrement pour l’Iran. La mégalomanie des dirigeants israéliens et américains peut les mener au désastre.

Quelques considérations d’ordre militaire d’imposent ici. Tout d’abord, les bombardements aériens ((par avions et missiles), s’ils peuvent provoquer d’énormes dégâts, ne sont pas en mesure d’emporter la décision finale, c’est-à-dire la capitulation officielle du régime en place et la soumission totale de sa population. La Seconde guerre mondiale l’a bien démontré : les bombardements aériens sur l’Allemagne nazie n’ont pas suffi à abattre le régime de Hitler. Il a fallu une invasion terrestre en bonne et due forme (le fameux débarquement de Normandie) pour y arriver. Le Japon, lui, n’a cédé qu’à l’arme atomique. Autrement, il aurait fallu là aussi un débarquement qui aurait été extrêmement coûteux en vies humaines, tant pour l’armée américaine que pour la population japonaise.

Si on transpose ce que cette histoire nous enseigne à la situation actuelle en Iran, les mêmes remarques s’appliquent. Ni Israël ni son protecteur américain ne peuvent changer le régime en place à Téhéran sans une invasion en règle, ce qui s’avérerait extrêmement lourd tant en termes de vies humaines que sur le plan budgétaire. Même en Israël, l’opposition à cet éventuel élargissement du conflit (et l’alourdissement des pertes qui en résulterait) monterait en flèche.

De plus, la crédibilité de ces deux pays, déjà mise à mal par la guerre à Gaza, menée par le gouvernement Netanyahou avec l’appui de Donald Trump, son bon ami, baisserait encore davantage que ce n’est le cas maintenant, ce qui accentuerait les divisions entre les États-Unis et leurs alliés. Même le plus proche allié des États-Unis, le Canada en appelle par la voix de son premier ministre Mark Carney à la désescalade.

Il apparaît donc impossible de mettre à genoux le régime de Téhéran simplement en multipliant les bombardements aériens. Dirigeants américains et israéliens (surtout ces derniers) se laissent aller à la conviction que les pays voisins de l’État hébreu ne comprennent que la force et que seule la politique du gros bâton peut les faire plier. Mais si un corps expéditionnaire israélien, même accompagné d’un corps d’armée américain imposant, s’aventurait en territoire iranien, cela signifierait la fin du mythe de l’invincibilité militaire israélienne.

Tel-Aviv et Washington se sont donc jetés dans ce qui risque de devenir une impasse.
Ils ne peuvent reculer sans s’humilier ni continuer sans conséquences négatives pour l’économie mondiale. Comment et quand se terminera cette équipée meurtrière ? Impossible de le prévoir. Mais Israël et les États-Unis se sont embourbés dans une aventure qui a toutes les chances de tourner à l’impasse, une tragédie qui nous concerne tous.

Jean-François Delisle

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