Édition du 10 décembre 2019

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Arts culture et société

Sodoma : beaucoup de bruit pour rien

En ce vendredi Saint, nous pouvons rassurer l’Église, elle n’est pas le moins du monde ébranlée par la parution du fameux livre d’enquête de Frédéric Martel, qui lui a pris quatre ans de sa vie et trop d’heures de lecture à moi.

Quand il est paru cet hiver, l’ouvrage annonçait des révélations fracassantes et promettait de dévoiler enfin ce que le Vatican ne veut surtout pas qu’on sache.

Dès les premières pages, j’ai compris qu’il s’agissait de ce genre de publicité que nous font les magazines pipole et, si je me suis imposé le pensum d’en lire les 630 pages, c’est bien pour ne pas être accusé de juger sans connaître.

Si vous aimez Paris Match, si les émissions de Science pop vous font vibrer, alors vous serez ravi·e. Mais, si comme moi, vous préférez les analyses rigoureuses et dédaignez les prétentions emphatiques, vous estimerez qu’on aurait pu réduire le tout à 150 pages sans rien perdre d’important, mais l’auteur se serait senti brimé de ne pas rendre compte de tous ses voyages et de toutes ses lectures.

Fort mal écrit quant à la qualité littéraire, cet essai pourrait servir de manuel dans la rédaction d’articles pour magazine grand plublic. Chaque chapire est écrit exactement de la même façon en plantant d’abord un décor luxueux où l’on rencontre le personnage qui fera l’objet de la description. On se vautre dans les petits détails supposément révélateurs, ce qui permet de faire par énumération un étalage de ses références culturelles musicales, picturales convenues et de sa fréquentation de vedettes. Le tout est enrobé dans cette façon particulièrement irritante propre à toutes les émissions de science pop de prétendre nous révéler des choses fascinantes qu’on n’arrête pas d’annoncer, mais qui s’avèrent assez anodines en usant abondamment des mots-chocs qui excitent la curiosité : clé, secret, mystère et en s’arrêtant brusquement chaque fois qu’au contraire il y aurait lieu de développer.

Et cette manie typique des médias hexagonaux d’utiliser le lexique anglais quand le terme français équivalent disponible est facile et très connu : closeted pour « dans le placard », researcher pour « recherchiste » ou questioning pour « incertain ».

Chaque chapitre contient exprimée sous une forme ou sous une autre la phrase : « Et c’est ici que nous touchons au cœur de notre enquête. » Il suffit de varier les synonymes et les syntagmes équivalents. Mais les révélations de fond sont toujours reportées au chapitre suivant, pour n’apparaître que sous forme de question au final.

Certes, il y a quelques ilôts d’information, mais dispersés dans un infini océan de bavardage, de commérage, de on-dit et de clichés. Que l’Église ait eu de la tolérance pour les milieux fascistes et les exactions à la Pinochet, qui cela étonne-t-il ? Franco, Mussolini et Salazar étaient déjà passés par là. Que la curie condamne l’homosexualité pour mieux couvrir la pédophilie, qui ne le sait pas ? Que plus un curé rage contre l’homosexualité, plus il a de chance d’être de la famille ? C’est comme pour les alcooliques prohibitionnistes. Tout le monde sait ça depuis toujours.

Finalement, les tentatives malhabiles de l’auteur pour faire passer le pape François pour un individu plus tolérant envers les homosexuels que les précédents papes montrent qu’il n’a pas compris que chaque pape a juste sa façon à lui d’appliquer les principes sans cesse répétés depuis toujours par l’Institution : on condamne le péché, pas le pécheur. Donc, pour l’Église, l’homosexualité reste un péché condamnable (en cela François n’est absolument pas différent des autres) et les homosexuels peuvent être accueillis s’ils se repentent.

On sait fort bien que les prêtres homosexuels pratiquants sont nombreux, mais les prêtres hétérosexuels pratiquants aussi sont nombreux. C’est bien normal que les prêtres homosexuels pratiquants soient plus nombreux au Vatican (puisqu’il ne s’y trouve aucune femme, sauf comme servantes le jour) et que les prêtres hétérosexuels pratiquants soient répartis à l’extérieur (notamment en Afrique où la population incite même les prêtres à prendre épouse) où la fréquentation des femmes est plus accessible et acceptée.

Bref, la lecture de ce livre m’aura permis de faire un billet « catholique » en cette fin de semaine de Pâques.

Francis Lagacé

Francis Lagacé

LAGACÉ Francis
8200, rue Hochelaga App. 5
Montréal H1L 2L1
Répondeur ou télécopieur : (514) 723-0415
francis.lagace@gmail.com.
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