Édition du 4 octobre 2022

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Cinéma

Sortie prochaine de Jimmy’s hall de Ken Loach

Pour s’y retrouver quelques repères historiques ne sont pas superflus : 1916, soulèvement dit des « pâques sanglantes » contre la domination anglaise, écrasé dans le sang. Les principaux dirigeants sont fusillés, dont Patrick Pearse et James Connoly. Le mouvement national comme le syndicalisme connaissent alors un fort développement.

Des Soviets en Irlande  


En décembre 1918, le Sinn Féin remporte les élections et proclame l’indépendance, ce qui provoque immédiatement l’intervention anglaise et une guerre qui va durer 3 ans. Dans le même temps, des mobilisations de masse se multiplient, pour la semaine de 44 heures, pour de meilleures conditions de travail, mais aussi des occupations des terres, de mines, de moulins, de laiteries. Elles s’autoproclament Soviet, s’inspirant de la révolution russe : Soviet de Limerick, des mines d’Arigna, de Munster, de Gowel pour n’en citer que quelques-uns. Il y a alors plus d’une centaine de Soviets en Irlande.


Face à cette situation, les Anglais proposent en 1921 un traité qui entérine la partition entre le nord et le sud, tout en maintenant l’État libre d’Irlande comme dominion anglais. Ce traité va diviser le mouvement indépendantiste, et déboucher sur une guerre civile, du printemps 1922 à mai 1923. La bourgeoisie irlandaise veut à tout prix ce traité pour bloquer le processus révolutionnaire en cours. L’aile droite indépendantiste irlandaise – soutenue par les grands patrons, les propriétaires terriens et l’Église catholique – va défaire les anti-traités. Churchill lui-même est intervenu pour pousser à la répression. Pourtant opposée au traité, l’IRA ménage les capitalistes irlandais et l’église catholique. C’est à ce moment que se déroule le précédent film de Ken Loach Le vent se lève, primé à Cannes en 2006.

Un cinéma à part

Cette fois, Jimmy’s hall suit l’histoire vraie de James Gralton, jeune militant membre de l’IRA du comté de Leitrim. Il a participé aux occupations des terres, il s’est opposé au traité et a dû s’exiler aux États-Unis en 1922. Il revient en Irlande en 1932 pour s’occuper de la ferme familiale, alors que la crise de 1929 frappe les États-Unis et prive de ressources les familles des immigrés.


Il retrouve le Jimmy’s hall, « le Pearse Connoly Hall », une salle dont il est le propriétaire et qui a servi 10 ans auparavant de siège au « soviet » de Gowel. Des tribunaux y ont organisé la distribution des terres. Plus largement, elle a servi de lieu pour toute la vie sociale, échappant ainsi au contrôle de l’Église : alphabétisation, musique, littérature, mais surtout fêtes et danses. À son retour, il est pressé par la jeunesse de rouvrir la salle qui devient l’enjeu de la confrontation avec tous les réactionnaires qui imposent depuis 10 ans un régime ultra conservateur en Irlande.


Le film fonctionne parfaitement. Il n’est pas « daté », tant les thèmes abordés nous parlent aujourd’hui. C’est un film très « politique », au meilleur sens du terme, qui confirme Ken Loach comme un cinéaste à part, un cinéaste de la révolution.

Jimmy’s hall


Avec Barry Ward, Simone Kirby et Jim Norton.


Sortie le mercredi 2 juillet (en Europe NDLR)

Jean-Marc Bourquin

Collaborateur LCR (Belgique).

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