Édition du 20 août 2019

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Afrique

2019, l'année où l’ANC part à la reconquête de son électorat

Les élections générales sont annoncées pour le mois de mai 2019, mais la campagne électorale a commencé dès le 8 janvier, date anniversaire de la création de l’ANC en 1912. L’enjeu est gros pour un parti qui doit reconquérir une partie de son électorat désabusé en attente d’une vie meilleure et ressouder les rangs d’un parti divisé.

Tiré. du blogue de l’auteure.

Le 8 janvier sonne la fin des vacances d’été en Afrique du Sud et les festivités de fin d’année sont déjà loin. Les lycéens ont reçu leurs résultats au « matric » ; les journaux reprennent leur publication habituelle ; la vie politique reprend avec le traditionnel discours pour marquer l’anniversaire du premier mouvement de libération d’Afrique, South African Native National Congress, SANNC, qui deviendra, African National Congress, ANC un peu plus tard. Pour ce 107eme anniversaire, la tâche revenait à Cyril Ramaphosa, actuel président de l’ANC et de la République d’Afrique du Sud, de prononcer le discours officiel. Rude tâche, alors que les élections générales sont prévues pour le mois de mai.

Cyril Ramaphosa a joué à fond la dramaturgie symbolique de l’ANC en dissociant la journée commémorative du lancement du programme du parti. Il y a donc eu deux cérémonies, la première sur les lieux même où Nelson Mandela a voté en avril 1994 pour la première fois de sa vie à Ohlange Institute, fondé par le premier président de l’ANC. Ce rappel des symboles n’est pas innocent : le futur président soigne son image d’héritier des pères fondateurs du mouvement. Mais curieusement Jacob Zuma, le président déchu pour corruption et autres malversations était à ses côtés. Comme s’il s’agissait de faire un bilan des années passées, une façon de dire, ce n’est pas moi, c’est lui, pour les erreurs passées.

Le discours le plus attendu fut celui prononcé, deux jours plus tard, dans le stade Moses Mabhida à Durban parce que le Président lançait la campagne pour les élections à venir en révélant le programme du parti. Résolument tourné vers l’avenir avec une liste de promesses : relancer l’économie, résorber le chômage par la création d’emplois, améliorer l’éducation, la santé, lutter sans relâche contre la corruption, adopter une politique énergétique faisant la part belle aux énergies renouvelables. La routine en somme, mais chose nouvelle, le Manifeste de l’ANC reconnait les erreurs passées.

Pour les analystes qui ont scruté chaque mot, la chanson est connue depuis1994 : lutte contre les inégalités, la pauvreté et assurer une vie plus belle pour tous. Seulement depuis 25 ans au pouvoir, l’ANC a failli sur bien des promesses. L’éducation, la clé de l’accès à l’emploi et du développement du pays est mal en point et le système de santé au point d’implosion, quant à la création d’emplois, c’est l’Arlésienne.

La patate chaude qu’il va bien falloir saisir sans fausse manœuvre sera la réforme agraire et on sait que la direction de l’ANC n’est pas d’accord sur la réforme de la constitution pour que cette réforme promise, et toujours remise, avance. Il faudra trouver une formulation qui respecte le droit de propriété, tout en légalisant l’expropriation de terres occupées, sans froisser les chefs tribaux, les communautés spoliées de leurs terres en 1913, provoquer l’ire des fermiers et sans mettre en danger la sécurité alimentaire du pays.

La lutte contre la corruption qui a commencé avec la nomination de la Commission Zondo qui multiplie les auditions de personnalités impliquées dans de multiples affaires douteuses reste la ligne de partage entre les pro-Zuma et les autres. Pour Ramaphosa qui a été élu en décembre dernier à la Conférence nationale avec une faible avance, garantir l’indépendance de la justice et traîner quelques gros bonnets de son parti devant les tribunaux sera un travail herculéen. D’autant qu’il n’est pas exclu que le scandale des achats de voix à la conférence du mois de décembre ne lui explose à la figure, tout comme l’actuelle audition par le juge Zondo d’un dirigeant de l’entreprise Bosasa, très liée à l’ANC, soupçonnée d’avoir allégrement versé pots de vin et cadeaux somptueux pour l’octroi de marchés publics. Le directeur de l’entreprise vient de déclarer que Bosasa dépensait environ 6 millions de rands par mois pour soudoyer des représentants de l’ANC au plus haut niveau. Le scandale Bosasa ne fait que commencer.

En dépit de ces scandales à répétition et de ces échecs, les sondages donnent l’ANC gagnant avec 60% des suffrages. En face, les partis d’opposition, Alliance démocratique et Combattants de la liberté économique, après avoir fait une percée remarquable aux dernières élections municipales, sont englués dans des discordes internes et peinent à convaincre l’opinion qu’ils peuvent faire mieux que l’ANC. L’abstention pourrait bien être le gagnant des prochaines élections.

Jacqueline Derens

Collaboratrice au site de Mediapart (France).

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