Édition du 27 janvier 2026

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Médias

À l’ère des régimes autoritaires, les violences en ligne à l’encontre des femmes sont en forte augmentation, ce qui conduit à des violences dans le monde réel.

Notre rapport à l’ONU révèle le lien entre la misogynie en ligne et les crimes hors ligne qui poussent les femmes à se retirer de la vie publique. La misogynie en réseau est désormais fermement établie comme une tactique clé dans le répertoire des autoritaires du XXIe siècle. Il ne s’agit pas d’une tendance nouvelle, mais elle est aujourd’hui amplifiée par les outils d’IA générative qui rendent plus facile, plus rapide et moins coûteux que jamais le recours à la violence en ligne contre les femmes engagées dans la vie publique, qu’il s’agisse de journalistes, de défenseuses des droits humains, de politiciennes ou de militantes.

Tiré de Entre les lignes et les mots

Les objectifs sont clairs : contribuer à justifier le recul de l’égalité des sexes et des droits reproductifs des femmes ; restreindre la liberté d’expression des femmes et leur participation au débat démocratique ; discréditer celles qui disent la vérité ; et ouvrir la voie à la consolidation du pouvoir autoritaire.

Ce ne sont pas les divagations d’une « vieille folle à chats » ou d’une « grosse pute laide », même si j’ai été traitée des deux noms. Cette analyse s’appuie sur des données concrètes – et franchement terrifiantes – issues d’une nouvelle étude que j’ai dirigée et qui vient d’être publiée par ONU Femmes.

Pour ce rapport intitulé « Tipping Point : The chilling escalation of online violence against women in the public sphere  » (Point de bascule : l’escalade effrayante de la violence en ligne contre les femmes dans la sphère publique), mon équipe et moi-même avons interrogé des centaines de femmes travaillant dans le journalisme, les droits humains et le militantisme dans 119 pays, afin de documenter leurs expériences de la violence en ligne et les préjudices réels qu’elle entraîne.

Nous avons constaté une augmentation brutale, et potentiellement mortelle, de la fréquence des violences en ligne qui dégénèrent en préjudices dans le « monde réel ». Ce phénomène est particulièrement marqué chez les femmes journalistes, chez qui nous observons une accélération spectaculaire de cette tendance.

Lorsque nous avons interrogé ce groupe en 2020, un cinquième d’entre elles ont signalé des agressions, des abus et du harcèlement hors ligne liés aux violences en ligne qu’elles avaient subies. Mais lorsque nous avons répété l’enquête cinq ans plus tard, ce chiffre alarmant avait plus que doublé, passant à 42%. Ces femmes ont été victimes de swatting [faux appel téléphonique anonyme ayant pour but de nuire à une personne, en déclenchant l’intervention des services de police ou d’urgence à son domicile – NdT], d’agressions et même d’abus en présence de leurs enfants.

Ces menaces sont exacerbées par la généralisation des outils d’IA générative qui permettent de déformer et de discréditer presque instantanément les femmes journalistes grâce à l’utilisation de deepfakes et pire encore. Nous avons constaté que plus de 19% des femmes journalistes avaient subi ce qu’elles considéraient comme de la violence en ligne assistée par l’IA.

La trajectoire de la violence en ligne et hors ligne représente un cercle vicieux qui s’auto-perpétue. Le harcèlement et les menaces en ligne engendrent des agressions hors ligne, et les abus hors ligne, tels que les acteurs politiques qui ciblent les femmes journalistes lors d’apparitions publiques, peuvent déclencher une escalade de la violence en ligne qui, à son tour, peut exacerber les risques hors ligne.

Ce cycle de violence est encore plus dangereux lorsque les abus sont le fait de personnalités politiques influentes. Ces abus de pouvoir s’inscrivent dans un continuum de violence subie par les femmes dans la vie publique partout dans le monde. J’ai étudié des dizaines de cas emblématiques de violence en ligne à l’encontre de femmes journalistes, du Mexique à l’Inde en passant par l’Afrique du Sud, et du Royaume-Uni aux États-Unis en passant par les Philippines. Ma nouvelle directrice, la lauréate du prix Nobel Maria Ressa, a été menacée d’être violée « à mort ». Mais aucun cas n’était plus effrayant que celui de la journaliste d’investigation maltaise assassinée Daphne Caruana Galizia, dont le meurtre était lié à des années de violence misogyne en ligne à son encontre avant sa mort.

L’impunité dont bénéficient les auteurs de violences en ligne favorise et encourage l’impunité pour les crimes commis contre les femmes journalistes. Il est temps d’agir de toute urgence pour que les auteurs de violences en ligne fondées sur le genre et les géants de la technologie qui facilitent et amplifient ces attaques soient tenus responsables de leurs actes.

Julie Posetti
La Dr Julie Posetti est directrice de l’Information Integrity Initiative chez TheNerve, un laboratoire de criminalistique numérique fondé par la lauréate du prix Nobel Maria Ressa. Elle est également professeure de journalisme et présidente du Centre for Journalism and Democracy à City St George’s, Université de Londres.
https://www.theguardian.com/commentisfree/2025/dec/09/online-abuse-women-violence-un-report-public-life
Traduit par DE

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