Édition du 1er décembre 2020

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Afrique

Afrique du Sud, la saison des salopettes orange a-t-elle commencé ?

Les prisonniers portent une salopette orange dans les prisons d’Afrique du Sud et tous ceux qui ont dénoncé la corruption se battent pour que la lutte promise par le Président Ramaphosa ne reste pas une promesse vaine. Une série de mises en examen et arrestations en attendant le procès de Jacob Zuma est-elle l’annonce d’un vrai grand nettoyage dans les rangs du gouvernement et de l’ANC ?

Tiré du blogue de l’auteure.

La semaine dernière, le parquet général, NPA, avec à sa tête deux femmes, la procureure Shamila Bahoti et l’avocate Hermione Cronje, ont émis des mandats d’arrêts pour des responsables politiques impliqués dans le scandale des appels d’offres truqués dans la Province de l’Etat libre (Free State), anciennement dirigée par Ace Mashagule, l’actuel secrétaire général de l’ANC.

Sept personnes ont été arrêtées pour avoir siphonné quelques millions de rands dans les caisses de l’Etat libre, pour un marché de désamiantage de logements. La facture pour le travail réellement fait se montait à 21 millions de rands, les inculpés avaient empoché 230 millions de rands, un homme d’affaires, Edwin Sodi, avait empoché à lui seul 25 millions.

La rumeur a couru que d’autres arrestations allaient suivre et le nom d’Ace Mashagule a fait frémir les salles de rédaction, mais pour le moment le présumé coupable est toujours en liberté. Pourtant il est depuis longtemps dans le collimateur des journalistes d’investigation[1] et on rapporte que son avocat a rencontré le NPA et l’unité spéciale de la police The Hawks, pour savoir quand et comment il serait arrêté. https://www.dailymaverick.co.za/article/2020-10-07-ace-in-a-hole-the-rumble-is-about-to-get-real/

Il ne serait pas le premier élu de l’ANC à être soupçonné de corruption, fraude ou blanchiment d’argent. La liste est longue de ceux qui ont accepté des enveloppes ou luxueux cadeaux des frères Gupta, ou de Bosasa, l’entreprise qui a obtenu de gros marchés publics, ou qui ont été impliqués dans divers scandales, la faillite de la banque VBS qui récoltait l’argent des pauvres, ou l’escroquerie de la laiterie Estina, qui a provoqué la ruine de petits fermiers, etc. Des députés du parti EFF sont aussi dans le collimateur de la justice.

L’arrestation éventuelle du secrétaire général de l’ANC serait un tremblement de terre politique et les spéculations vont bon train. La question qui revient souvent est de savoir de quel soutien il dispose au sein de l’ANC. Après la conférence nationale qui a vu Cyril Ramaphosa l’emporter de peu à la tête du parti, le clan Zuma n’a pas baissé les bras. Mais Mashagule n’a pas la notoriété du président déchu, et si la Ligue de la jeunesse de l’ANC a manifesté son soutien devant le siège de la Commission Zondo en accusant le Juge Raymond Zondo « de faire de la politique », les autres grandes pointures de l’ANC connues pour leur soutien à Jacob Zuma sont particulièrement discrètes. La Commission vient de rejeter tous les recours pour retarder le procès Zuma et celui-ci devra se présenter devant la justice le 16 novembre prochain pour affronter quelques 37 témoins à charge.https://www.dailymaverick.co.za/article/2020-10-11-ace-magashules-potential-arrest-opens-up-new-avenues-for-ancs-future-leadership-battles

L’ombre de la salopette orange qui s’agite devant nombre d’élus de l’Anc va-t-elle raviver l’image du Président Ramaphosa ? C’est fort probable, même s’il n’est pas lui non plus vêtu de lin blanc. La pratique de la corruption en politique est une pratique courante partout dans le monde, mais l’Afrique du Sud semble avoir une longueur d’avance dans ce domaine, pratique héritée de l’apartheid (voir mon blog : Apartheid, guns and money, a Tale of Profit) qui ternit les dirigeants actuels qui n’ont pas su, ou pas voulu, y mettre un terme. De plus, l’absence de législation concernant le financement des partis politiques n’aide pas à distinguer ce qui ressort de la pure philanthropie à l’ingérence avérée dans les affaires de l’Etat. Mais un jour, il faut bien rendre des comptes et le climat politique sud-africain risque d’être vite plongé dans les eaux mal odorantes d’une lessive publique de linge sale.

Note

[1] Pieter-Louis Myburgh, Gangster State, Penguin Books 2019

Jacqueline Dérens

Blogueuse sur le site de Mediapart (France). Ancienne militante contre l’apartheid, fondatrice de l’association RENAPAS - Rencontre nationale avec le peuple d’Afrique du Sud.

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