Édition du 29 novembre 2022

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Asie/Proche-Orient

Analyse. La perte des kibboutz précipite la chute de la gauche israélienne

Jadis bastions du Parti travailliste israélien et de la gauche sioniste, ces villages juifs collectivistes tendent à s’éloigner de leurs deux partis fondateurs. Les élections du 1er novembre ont été le coup de grâce. Ce désamour serait l’une des raisons de la traversée du désert de la gauche en Israël, explique “Ha’Aretz”.

Tiré de Courrier international.

Légende de la photo : Des israéliens campent le long du Jourdain, près du kibboutz de Degania, non loin du lac de Tibériade. Photo Menahem Kahana/AFP

Lors des élections législatives de 1992, pour la dernière fois de leur histoire, l’Avoda (travailliste) le Meretz (gauche sioniste et libérale) parvenaient à écraser les partis de droite nationaliste et d’extrême droite. Ils formaient un gouvernement qui allait, entre autres, lancer un processus de paix avec l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), dirigée par Yasser Arafat.

Outre le soutien des régions de Tel-Aviv et de Haïfa, la victoire de la gauche et du centre gauche juifs israéliens reposait largement sur le vote de 230 kibboutz. Ces villages semi-collectivistes, fondés sous l’Empire ottoman et le mandat britannique sur la Palestine, sont l’image d’Épinal de l’Israël ashkénaze, pionnier et agricole. “En 1992, les kibboutz avaient apporté plus de 100 000 voix à l’Avoda et au Meretz”, rappelle Ha’Aretz.

Trente ans plus tard, le tableau est bien plus sombre. “Sur les rives du lac de Tibériade, à Degania, premier village collectiviste juif fondé en Palestine en 1909 sur les terres du village arabe d’Oumm Jounieh, l’Avoda et le Meretz n’ont recueilli que 39 % des voix”, explique le quotidien de Tel-Aviv.

Un phénomène observé également dans d’autres kibboutz, de la région de Haïfa à Jérusalem-Ouest en passant par la limite du Golan syrien. “Au total, les habitants des kibboutz ne sont plus que 32 % à donner leur voix à leurs partis fondateurs et votent désormais pour les partis centristes [du Premier ministre sortant, Yaïr Lapid, et du ministre de la Défense sortant, Benny Gantz], voire le Likoud [droite nationaliste de Benyamin Nétanyahou]”.

Gentrification et dépolitisation

Comment expliquer ce basculement ? “La deuxième Intifada palestinienne et son cortège d’attentats suicides ont évidemment pesé dans la balance”, explique Ha’Aretz. Mais une réforme adoptée il y a vingt-deux ans a également joué un rôle. “En 2000, la Knesset [Parlement israélien] a adopté une loi interdisant aux kibboutz de sélectionner les candidats à la location ou à l’achat de terrains sur une base politique.” Jusqu’alors, les kibboutz échappaient aux lois sur la propriété privée, et la seule manière d’y trouver un logement était l’adhésion au parti dominant dans le village collectiviste.

“Aujourd’hui, sur 140 000 électeurs inscrits dans les villages collectivistes, seuls 55 000 sont encartés.” Les habitants des kibboutz représentent un peu plus de 1 % de la population du pays.

Pour le titre, nous assistons à “une gentrification des kibboutz, ces derniers rompant avec l’idéal agraire sioniste et devenant des extensions ‘vertes’ de Tel-Aviv”. “L’image d’Épinal du kibboutz a définitivement vécu”, conclut-il.

Courrier international

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