Édition du 24 mai 2022

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Québec

Apprendre à mourir avec le virus

La pandémie fait rage depuis maintenant deux ans, et la classe dirigeante a été incapable d’y mettre fin. Alors que nous avons à peine atteint le pic de la vague Omicron, qui a fait des ravages et poussé les systèmes de santé au bord de l’effondrement, les politiciens au service du capital sont déjà pressés de rouvrir les vannes du profit. Avec cette cinquième vague d’infections, toutefois, quelque chose semble avoir changé dans l’attitude de la classe dirigeante.

31 janvier 2022 | tiré de Riposte socialiste

Au début de la pandémie en 2020, sous la pression populaire, les gouvernements avaient généralement adopté une politique de confinement. Mais leur volonté de ne pas trop nuire aux profits avait signifié des demi-confinements aux critères lâches qui laissaient rouler beaucoup d’industries non essentielles. Ces confinements arrivaient généralement trop tard, permettaient trop d’exceptions, et se terminaient trop tôt. Comme une passoire, ils ont limité la circulation du virus sans y mettre fin.

La classe dirigeante a donc ensuite changé de stratégie et mis tous ses jetons dans la vaccination. Mais il est maintenant devenu clair que dans les conditions actuelles, les vaccins ne suffiront pas.

La pandémie étant par définition mondiale, la seule stratégie vaccinale viable doit être internationale et passer par la levée des brevets. Or, le nationalisme vaccinal et l’extrême cupidité des fabricants de vaccins, qui refusent de permettre à d’autres fabricants d’utiliser leur technologie vaccinale pour permettre une production massive à bas prix, font obstacle à une telle solution.

De nouveaux variants peuvent donc se développer dans les pays moins vaccinés, et les vaccins existants perdent leur efficacité au fil du temps. La vaccination est certainement essentielle pour combattre le virus. Mais pendant que les chefs d’État en Occident s’acharnent sur les non-vaccinés chez eux, ils contribuent à perpétuer l’existence de centaines de millions de non vaccinés en Afrique, en Asie et ailleurs.

Plutôt que de s’attaquer à la sacro-sainte propriété privée des pharmaceutiques, les capitalistes se tournent vers une nouvelle solution : balayer le problème sous le tapis. Comme avec tous les autres problèmes qui affligent principalement les travailleurs, ils préfèrent maintenant prétendre qu’il n’existe pas.

Nous avons donc vu dans la presse bourgeoise une multiplication des articles jovialistes annonçant à répétition, comme une incantation, l’arrivée imminente de l’endémicité du virus. L’Organisation mondiale de la santé dit même qu’il est « plausible » que la pandémie prenne fin cette année.

Ces annonces relèvent plus des relations publiques que de la santé publique. L’endémicité signifie que le virus devient une présence constante, comme la grippe. Elle ne signifie pas absence de danger. La malaria aussi est endémique, et a fait 600 000 morts en 2020. Sans compter que, même si la vaccination protège contre la mortalité, il n’est pas encore clair si elle protège contre la COVID longue, une forme de la COVID qui laisse de graves séquelles invalidantes et qui touche le tiers des personnes infectées.

De plus, comme le dit Elizabeth Halloran, du Centre for Inference and Dynamics of Infectious Diseases de Seattle, « il n’y a pas grand-chose que nous pouvons faire intentionnellement en tant qu’humains pour aller vers l’endémicité […]. Ça dépend beaucoup de l’évolution du virus ».

Et l’étape de l’endémicité n’est pas encore atteinte. Pourtant, par pure pensée magique, plusieurs pays, comme l’Irlande, le Royaume-Uni et l’Afrique du Sud, ont annoncé qu’ils allaient traiter la COVID-19 comme un virus endémique. L’Espagne parle d’une politique de « grippisation » de la COVID. La responsable de la santé publique de la Colombie-Britannique Bonnie Henry a déclaré que la province allait approcher la COVID « beaucoup plus comme on gère la grippe ».

Les restrictions et confinements limitent le commerce et la capacité des capitalistes à faire des profits. Alors qu’importe que les morts continuent de s’empiler, nos dirigeants veulent passer à autre chose. Le nouveau mantra répété de plus en plus souvent à la fois par des porte-parole sérieux et moins sérieux de la bourgeoisie est maintenant « Apprendre à vivre avec le virus ».

On a donc vu de nombreux gouvernements mettre fin prématurément à leur confinement de cinquième vague, malgré des urgences bien remplies de patients COVID. Au Québec, François Legault aimerait visiblement lui aussi mettre fin au confinement aussitôt que possible, et annonce sans cesse la « lumière au bout du tunnel » alors dans les hôpitaux les lits restent remplis et le délestage continue.

Suivant l’exemple des États-Unis, plusieurs provinces, dont le Québec, ont réduit la période d’isolement après infection de dix à cinq jours. Cette décision n’avait rien à voir avec la science et la lutte contre la pandémie, et tout à voir avec la volonté des capitalistes de ramener rapidement les gens au travail, quitte à infecter leurs collègues au passage.

Nous ne sommes bien sûr pas en faveur de confinements sans fin. Mais les gouvernements capitalistes sont incapables de créer les conditions où les écoles et milieux de travail peuvent rester ouverts en sécurité. Aucune mesure n’est prise pour réellement améliorer notre capacité à « vivre avec le virus » sans danger, comme embaucher plus d’enseignants, réduire la taille des classes et installer des purificateurs d’air, distribuer des masques N95 à grande échelle ou investir massivement dans le système de santé et la formation d’infirmières et de médecins.

Et à certains endroits, comme au Royaume-Uni, le gouvernement souhaite mettre fin à la distribution de tests de dépistage gratuits. Déjà, le manque de capacités sur le plan tant de la disponibilité des tests eux-mêmes que de leur traitement a signifié des restrictions dans la distribution des tests, par exemple au Québec et en Ontario. Sir John Bell, professeur de médecine à l’Université Oxford, résume bien ce qui trotte dans la tête de la classe dirigeante : « Dépenser beaucoup d’argent pour un système de dépistage qui enferme un grand nombre de personnes et empêche l’économie de progresser ; il y a un inconvénient majeur à cela. »

Le contenu réel du slogan « Apprendre à vivre avec le virus » est que l’opinion publique doit tolérer un niveau de mortalité et d’infection plus élevé. Les travailleurs doivent se résigner à mourir du virus. Nous assistons à une transition vers une stratégie d’immunité collective, aux dépens des travailleurs et des personnes vulnérables.

Car ce ne sont pas les capitalistes qui nous dirigent qui sont exposés au risque. Selon une étude d’Oxfam, les pauvres sont jusqu’à quatre fois plus à risque de mourir du virus que les riches. Isolés dans leurs grandes maisons confortables, ils se trouvent à l’abri des foyers d’éclosion, qui se concentrent largement dans les écoles et les milieux de travail. Ils peuvent se payer les meilleurs soins de santé privés, et n’ont pas à craindre de perdre leur travail ou de manquer de revenus s’ils tombent malades.

Mais sous le capitalisme, la vie et la santé des travailleurs ne valent pas grand-chose. Tout au long de ces deux années horribles, la logique du profit s’est mise au travers de toute mesure ayant pu stopper le virus ou même limiter les morts. Les gouvernements ont pris toutes sortes de mesures pour donner l’impression d’agir contre la pandémie, tant que cela ne coûtait pas trop cher et ne nuisait pas trop à la capacité des capitalistes à faire de l’argent.

Le gouvernement de la CAQ s’est fait le champion de ce genre de mesures en apparence drastiques, mais sans la moindre efficacité démontrée, comme le couvre-feu et la taxe sur les non-vaccinés. Cela n’a fait qu’éroder la patience du public, réduire l’adhésion aux mesures de santé publique et nourrir le mouvement anti-masques et anti-vaccination. Nombreux sont ceux qui se demandent pourquoi accepter de mettre sa vie sociale et ses loisirs sur pause pendant plusieurs mois si cela n’empêche pas le virus de se répandre.

Ce scepticisme face aux mesures de santé publique vient à son tour mettre le gouvernement en meilleure position pour faire accepter de « vivre avec le virus ». Les covidiots au gouvernement et les covidiots anti-vaccins ne sont que les deux faces de la même médaille et se nourrissent l’un l’autre.

Nous ne pouvons laisser la classe dirigeante faire avaler la pilule d’« apprendre à vivre avec la COVID ». Les solutions à la pandémie sont connues depuis longtemps. Il y a bien suffisamment de richesses dans notre société pour investir massivement dans la santé, de l’équipement de protection individuelle pour tout le monde, la distribution de vaccins à toute la population mondiale, etc. C’est uniquement la cupidité des capitalistes qui nous empêche de mettre fin à ce cauchemar. Il appartient donc à la classe ouvrière de prendre les rênes de la société, afin de bâtir une société où la vie humaine passe avant les profits, seule manière de vaincre ce virus.

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