Édition du 24 mars 2020

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Canada

Au ministère de l'Environnement albertain, la déchiqueteuse conservatrice fonctionne à plein régime

Les fonctionnaires n’ont pas pour habitude de recevoir beaucoup de reconnaissance, mais aujourd’hui, j’aimerais adresser la mienne à ces fonctionnaires anonymes qui ont alerté le public sur la destruction en cours de documents au ministère de l’Environnement de l’Alberta.

Tiré du site de Greenpeace Canada.

Alors que je regardais les résultats de l’élection provinciale albertaine le 5 mai au soir, j’ai tweeté en plaisantant à demi « Combien de demandes d’accès à l’information vais-je pouvoir déposer demain ? ».


Les Conservateurs, au pouvoir depuis 1971, ont tissé une étroite relation avec l’industrie pétrolière, aussi je m’attendais à ce qu’ils tentent de faire disparaitre quelques cadavres cachés dans les placards. 

Je n’étais clairement pas descendu assez bas dans le cynisme.

Le lendemain de la victoire du NPD, un photojournaliste du Edmonton Journal est allé errer dans les couloirs des bâtiments gouvernementaux, prenant des photos de sacs de documents passés à la déchiqueteuse avant que ne commence le ballet des camions de compagnies privées de déchiquetage venus prêter main forte dans ce qui est vite devenue une opération de "destruction massive"
. 

Certes, la province n’est pas un terrain familier. Il n’y a pas eu de changement de main depuis plus de 40 ans et bien que le NPD ait gagné, les Conservateurs défaits sont toujours techniquement en mesure de donner des ordres aux fonctionnaires. Il apparait qu’ils prennent avantage du temps qu’il leur reste au pouvoir pour couvrir leurs arrières. 


Fort heureusement, trois courageux fonctionnaires ont alerté des organismes de surveillance indépendants — le Commissariat à l’accès à l’information et à la protection de la vie privée et celui à la défense de l’intérêt public — qui ont annoncé une enquête conjointe portant sur les allégations des dénonciateurs selon lesquelles des documents gouvernementaux appartenant au ministère de l’Environnement et du Développement durable des Ressources seraient visés par une procédure de destruction.

Je n’ai aucun doute sur le fait que ces documents puissent contenir des informations embarrassantes. J’ai plusieurs fois utilisé la Loi sur l’accès à l’information de l’Alberta pour dénoncer les doubles discours concernant le déversement du pipeline Rainbow (4,5 millions de litres de pétrole bitumineux en mai 2011), l’influence des compagnies de pipeline sur l’organisme de contrôle de la sécurité [des pipelines], ou le succès des lobbyistes de l’industrie pétrolière contre la mise en place d’un marché du carbone. 


Mais tout ça ne fait que gratter la surface. Maintenant qu’un nouveau gouvernement prend place, je me demandais ce qu’il pourrait bien déterrer parmi tous ces vieux dossiers. 


Récemment, Greenpeace a obtenu un nouveau lot de documents relatifs à la mort de centaines d’oiseaux, en novembre 2014, dans des bassins de décantation de Canadian Natural resources Limited (CNRL).

Alors que je parcourais les centaines de pages du rapport d’enquête, j’ai remarqué que la conclusion (enquête non justifiée en raison du bon fonctionnement des dispositifs d’effarouchement d’oiseaux des compagnies opérant dans les mines) n’était pas tout à fait celle issue des notes des inspections sur le terrain des bassins toxiques de CNRL. Cette dernière faisait état de plusieurs problèmes sur ces mêmes dispositifs (radar acoustique non-fonctionnel au moment de l’incident ; retrait six semaines avant de 25 dispositfs d’effarouchement d’oiseaux et d’un barrage flottant ; bassins éclairés la nuit, pouvant attirer les oiseaux...).


Nous avons donc envoyé une lettre de notre avocat à l’Agence de réglementation de l’énergie de l’Alberta (AER) le 29 avril (avec copies aux ministres de l’Environnement et de l’Energie) appelant à une enquête sur la mort d’oiseaux dans les bassins de résidus toxiques de CNRL. Notre demande adressée à l’AER concernait des documents provenant du ministère de l’Environnement, responsable pour les permis accordés aux compagnies pour leurs bassins de résidus et, de fait, de toute mesure coercitive pouvant prévenir ces incidents.


L’issue de cette demande est maintenant improbable si les documents en question ont été détruits. Et c’est tout à fait inacceptable. Les Conservateurs sortant oublient que ces documents appartiennent aux Albertains et non à leur parti. C’est sans doute dans cette arrogance qu’ils peuvent trouver l’origine de leur défaite.

Keith Stewart

Blogueur pour le site de Greenpeace Canada.

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