Édition du 10 décembre 2019

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Québec solidaire

Québec solidaire et les régions : quel avenir ?

En cette période de grands bouleversements des structures de développement local et régional, il importe pour toutes les organisations de questionner leurs modèles de développement territorial. Québec solidaire, qui est fréquemment associé à l’Île de Montréal et aux centres urbains, ne fait pas exception et doit se pencher sur les rôles des différents paliers (local, régional et national) qui le composent dans l’objectif de développer le parti sur tout le territoire québécois.

C’est dans la perspective de contribuer à la réflexion de Québec solidaire sur l’habitation du territoire, à son action dans les régions de la province et au développement des associations locales et régionales du parti que je présente ma candidature au poste de « soutien aux associations » au Comité de coordination national (CCN).

Rimouski, un modèle !

Aux dernières élections, Québec solidaire obtenait plus de 16% des voix dans la circonscription de Rimouski ; une progression de 9% comparativement au scrutin de 2012. C’est avant tout grâce au travail acharné des membres de l’association locale de Rimouski, dont l’équipe de bénévoles est passé de 25 lors de la campagne électorale de 2012 à près de 75 en 2014. C’est aussi le résultat d’une approche résolument tournée vers les acteurs locaux et régionaux et sur le potentiel de développement de la région.

Cet exploit a d’abord permis de démontrer que le parti a à cœur l’intérêt des communautés locales et régionales et qu’il peut progresser rapidement dans les régions du Québec. Dans Rimouski, le discours restreignant Québec solidaire à l’Île de Montréal a été démenti et celui éloignant le parti des réalités économiques régionales a été fortement ébranlé. Cela a de plus permis au comité de coordination incomplet de 7 membres avant les élections d’augmenter à 9 par la suite.

Changer de vision et de modèle d’action

Native de Salluit, au Nunavik, j’ai grandi à Maniwaki, en Outaouais, deux régions dites « ressources » où Québec solidaire, comme la plupart des partis, n’est pas présent. J’y ai développé mon attitude régionaliste et combattive, qui m’incite aujourd’hui à lutter pour l’autonomie politique des régions et la valorisation ainsi que la défense des intérêts et identités régionales. Je crois plus que jamais qu’il est nécessaire d’aller à la rencontre de tous les acteurs de la société afin de promouvoir ensemble une autre vision de notre société.

Dans cette perspective, j’ai contribué, lors des derniers mois, à fonder et coordonner le mouvement Touche pas à ma région Bas-Saint-Laurent, qui a pour objectif d’informer, de concerter et de mobiliser la population bas-laurentienne face aux compressions budgétaires et à leurs impacts sur la région. La structure du mouvement bas-laurentien est rapidement devenue un modèle pour les autres régions du Québec, de par sa décentralisation à travers le 8 MRC de la région et son intégration d’une multitude d’acteurs locaux et régionaux ainsi que de la société civile.

Le développement territorial et les structures : une question de moyens

Le développement de Québec Solidaire a beaucoup progressé depuis les dernières années mais malgré cela, les associations locales et régionales demeurent sous-représentées au sein du parti, notamment parce qu’elles n’ont pas de député-e-s à l’Assemblée nationale et qu’elles sont loin des instances décisionnelles du parti. Ces mêmes associations sont aux prises avec des problèmes à la fois humains, éthiques, administratifs, financiers et légaux et les ressources auxquelles elles ont accès afin de surmonter leurs difficultés sont limitées et pas toujours adaptées aux différentes réalités territoriales.

Je crois que Québec solidaire peut et doit devenir la voie du changement en se distinguant comme modèle de concertation, en favorisant les liens entre les associations locales et régionales et leurs milieux, en améliorant la structure du palier régional, en facilitant les communications entre les différents paliers, notamment avec les instances nationales, en donnant de nouveaux outils aux membres de toutes les associations et en développant de nouvelles associations locales et régionales aptes à collaborer entre elles.

Pour ce faire, je propose, tout d’abord, de développer et fournir davantage d’outils légaux, financiers et administratifs aux associations, tels qu’une trousse d’accueil et un code d’éthique pour les nouveaux membres des comités de coordination, des aides-mémoires et abécédaires sur la structure du parti et les tâches à réaliser ainsi que des documents entourant les lois et règlements auxquels Québec solidaire et ses membres sont assujettis.

J’aspire, ensuite, à mettre en place un programme de mentorat afin de soutenir les membres dans leurs différents postes, de diminuer la charge du national et de favoriser le réseautage entre les membres et leurs associations. Cela permettrait de faciliter les rencontres et échanges entre les personnes occupant les mêmes postes et amener les membres qui ont plus d’expérience à soutenir les autres qui en ont moins.

Finalement, je souhaite travailler à l’organisation de forums régionaux afin de valoriser les expertises propres aux différentes réalités territoriales, de stimuler la participation des associations et d’amener les Québécoises et Québécois à considérer Québec solidaire comme un parti autant des régions que des grands centres.

Ressources régionales et espoirs de développement

À l’heure où les gouvernements provincial et fédéral se désengagent face aux régions du Québec et centralisent les décisions dans les centres urbains, Québec solidaire doit plus que jamais soutenir ses associations locales et régionales en leur offrant les moyens de se développer. Pour ce faire, il importe pour le national d’apprendre à travailler en collaboration avec les associations locales et régionales et les acteurs régionaux afin de consolider les acquis du parti et surtout d’aller au-delà ! Au-delà de ce qu’on a fait ! De ce qu’on pense qu’on peut faire ! De faire mieux ! De faire plus !

Comme cela s’est fait à Rimouski et ailleurs, les régions peuvent voir naître et se développer des associations de Québec solidaire dynamiques et porteuses d’espoir ! Il importe pour cela de donner un peu de nous-mêmes à renouveler les pratiques et systèmes politiques en place dans la société québécoise comme dans Québec solidaire et d’incarner le changement que nous voulons voir !

J’espère que vous serez présents au congrès et je ne peux faire autrement que vous inviter à me donner la chance, le plaisir et l’honneur d’occuper ce poste important pour moi-même et pour nous tous !

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