Édition du 23 novembre 2021

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Santé

Aventurisme et lunettes roses au CIUSSS de la Capitale-Nationale

Dans un contexte d’austérité globale, où les politiciens libéraux et les gestionnaires de la Santé n’en finissent plus de jouer en alternance aux pyromanes et aux pompiers, comment, diable, pourrions-nous prendre au sérieux les solutions proposées par le CIUSSS de la Capitale-Nationale pour la difficile, tragique et récurrente situation d’encombrement des urgences psychiatriques de la région de Québec ?

Photo : Michel Delamarre, le p.d.g. du CIUSSS de la Capitale nationale.

Mais d’abord, dans cet environnement précaire où l’on ne cesse de déshabiller Pierre pour habiller Paul, de dégarnir des secteurs pour aussitôt « patcher » ailleurs, comment pourrions-nous vraiment croire Michel Delamarre, le p.d.g. du CIUSSS, quand ce dernier affirme sans rire que les récentes fermetures des Centres de Nemours et Benoit-XV (2013), et les coupures de budget de cet organisme (50 M $ sur deux ans), n’ont rien à voir avec l’encombrement des urgences psychiatriques de la région ? D’autant plus que ces deux endroits étaient un point d’ancrage urbain très prisé pour quelques centaines de personnes de la région, et servaient régulièrement de lieux de dépannage en cas de crise majeure ou autre pépin (une quinzaine de lits).

… Et quand on sait, surtout, qu’ils ont été fermés contre la volonté des usagers et malgré les sévères mises en garde des intervenants, à commencer par le psychiatre Hubert Wallot, dans le cas tout récent du Centre de Traitement et de Réadaptation (CTR) de Nemours…

De fait, comment ne pas s’inquiéter, quand on entend Michel Delamarre et Sylvie Laverdière (directrice au CIUSSS), affirmer avec autant de candeur que les deux seules mesures « d’hospitalisation à domicile » et de « soutien dans la communauté » suffiront, à moyen terme, pour désengorger le système et libérer les urgences psychiatriques ? Ainsi, à l’instar de François Grimard et Line Girard du Syndicat des éducateurs, professionnels et techniciens de l’Institut Universitaire en Santé Mentale (IUSM), comment ne pas douter des résultats, dans l’actuel contexte de coupures et de délabrement du réseau, surtout quand on sait tout le temps et l’énergie que requière une authentique intervention de qualité ?

Mais encore, pour un travail d’intervention en santé mentale qui donne des effets durables, comment ne pas douter de mesures et de politiques d’intervention qui tiennent si peu compte des grands déterminants de la santé mentale dans leur ensemble ? Pensons ici, au fait de vivre dans un logement agréable, d’avoir un travail valorisant, un environnement sain, un revenu décent, un pouvoir d’achat suffisant, etc.
En réalité, à quoi bon tout le beau et bon travail d’intervention, si le « client » visé (en psychose ou ayant consommé) voit vraiment des « araignées au plafond » de sa chambre miteuse et délabrée ? Et s’il paranoïe à juste titre à cause des murs en carton ? Et qu’avec ses 369 $ par mois - gracieuseté du ministre François Blais - il n’a d’autres ressources que Lauberivière, Revivre ou Moisson-Québec au troisième jour du mois ?

Autrement, elles me font bien rire, les autorités du CIUSSS et/ou gouvernementales, quand je les entends claironner qu’en cas d’encombrement majeur, ou de débordement des services publics, les organismes communautaires comme le Centre de crise, Pech et autres, vont suppléer aux besoins. Comme si, avec leur sous financement chronique et le surplus de travail engendré par le délestage des CLSC et autres grosses boîtes, ces organismes n’en avaient pas déjà assez comme ça…
Enfin, je n’ai rien contre le fait d’avoir octroyé 30M $ pour la recherche en santé mentale (neurophotonique)… Mais, quand on pense, « que dix pour cent de ce budget aurait suffi pour ouvrir un nouveau département et soulager les urgences » - (Benoit Côté, directeur de Pech), on se demande bien où le bon docteur Barrette et sa suite trouvent leur sens des priorités…

Et surtout, on a bien hâte aux prochaines élections, pour changer l’équipage et son timonier. Et sauver ce qui peut l’être.

Gilles Simard, Journaliste et pair-aidant en Santé mentale

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