Édition du 15 septembre 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Amérique centrale et du sud

Colombie. « Nous condamnons le massacre perpétré par la police de Bogotá »

À l’escalade des massacres qui, en deux mois seulement, ont atteint le nombre de 47 dans différentes régions du pays, la Colombie, il faut ajouter celui qui s’est produit dans la nuit du 9 septembre, où huit jeunes, dont un mineur, ont été tués [et 248 blessés, dont 58 par balles] par la police lorsqu’elle a tiré sur des centaines de manifestant·e·s. Ces derniers protestaient contre les unités de police de quartier – appelées Comandos de Acción Inmediata (CAI) – pour le meurtre de l’avocat Javier Ordoñez. Il avait été arrêté [le mercredi 9 septembre] et tué, alors qu’il suppliait les policiers de le libérer, par diverses décharges électriques [un pistolet à impulsion électrique : taser], par une patrouille de police, membre des CAI, dans le quartier de Villaluz à Bogotá, quelques heures avant le début des manifestations. Le nombre de blessés a atteint deux cents. Les manifestations de protestation ont été convoquées par les réseaux sociaux, une fois connues les vidéos dans lesquelles on pouvait observer la cruauté avec laquelle Javier Ordoñez avait été tué.

13 septembre 2020 A l’encontre Colombie

Ce massacre fait partie d’un ensemble de meurtres, d’agressions et de violations systématiques des droits de l’homme par les forces de police dans tout le pays. La répression des mobilisations populaires a fait de nombreux morts dans différentes régions. Des plaintes de citoyens concernant des coups et des viols de femmes par les mêmes CAI sont formulées quotidiennement. Les forces de police et leur comportement répressif s’inscrivent dans un cadre institutionnel structuré autour du terrorisme d’État, officialisé par la doctrine de l’« ennemi intérieur », qui se traduit par la criminalisation de la protestation sociale et de la mobilisation quotidienne des citoyens et citoyennes.

Le Movimiento Ecosocialista considère que la justification médiatique conçue par le pouvoir selon laquelle la responsabilité des événements survenus dans la capitale du pays devrait être attribuée à des « vandales », légalement condamnés, est un sophisme qui tente de cacher la responsabilité de la violence officielle. Nous joignons nos voix à celles des organisations populaires et de défense des droits de l’homme qui proposent la réforme de la police afin de la transformer en une entité civile, ajoutant qu’une réforme de ces caractéristiques actuelles ne devrait être qu’un élément d’une modification globale visant à démanteler la terreur d’État et l’impunité judiciaire qui l’accompagne. Nous sommes d’accord avec la proposition de démission immédiate du ministre de la Défense (Carlos Holmes Trujillo) et du commandant par intérim des Forces de police de Bogotá.

Les mobilisations du 9 septembre ont surtout concerné les jeunes. Elles montrent non seulement la rage contre la répression policière, mais aussi le rejet de la marginalisation sociale dont sont victimes des millions de jeunes qui manquent d’éducation et de travail. La façon dont le gouvernement Iván Duque [son mandat a commencé le 7 août] a géré la pandémie produite par le Covid-19 augmente ce rejet de la jeunesse. Le transfert d’importantes sommes d’argent du budget public aux banquiers et aux grandes entreprises, tout en privant de ressources les hôpitaux, les centres de santé et une population de plus en plus appauvrie par la paralysie économique, synthétise l’action gouvernementale. Le cas d’AVIANCA est emblématique. Le gouvernement national vient d’autoriser l’allocation de 370 millions de dollars US à cette compagnie d’aviation en faillite, dont le statut légal a été obtenu au Panama pour éviter les impôts. Elle est gérée par des banques américaines, en prélevant des ressources sur les fonds budgétaires destinés à atténuer les effets sociaux du Covid-19 alors que la population éprouve de grandes difficultés à obtenir de quoi survivre.

Le Movimiento Ecosocialista partage l’indignation populaire et reconnaît la légitimité sociale des protestations qui ont eu lieu ce 9 septembre à Bogotá et de celles qui ont eu lieu ces dernières semaines dans tout le pays pour faire face à tant d’injustice et de barbarie. Nous considérons qu’il est urgent de coordonner les efforts de tous ceux d’entre nous qui sont intéressés à changer l’état actuel des choses afin d’unifier les revendications relevant de l’urgence, telles que le revenu de base universel, l’augmentation des dépenses publiques de santé, les impôts sur les grandes fortunes, les plans d’emploi et de financement des petites et moyennes entreprises, et le démantèlement de la répression, entre autres.

Le Movimiento Ecosocialista appelle à la solidarité internationale. Nous considérons qu’il est urgent de déclarer une urgence humanitaire en Colombie, étant donné l’escalade des massacres qui ont lieu dans le pays en toute impunité, et la répression aveugle pratiquée par les forces « de l’ordre » dans le cadre du terrorisme d’État. Les déclarations des responsables des Nations Unies ou des institutions internationales chargées de surveiller les violations des droits de l’homme – qui certes condamnent ces actes de répression – ne sont pas suffisantes.

Nous avons besoin de mesures urgentes. Nous appelons les organisations sociales et démocratiques et les citoyens du monde entier à comprendre la gravité de la tragédie humanitaire dont souffre la population colombienne et à exprimer leur solidarité, tout en exigeant que la dite « communauté internationale » prenne les mesures que la gravité des événements qui se produisent dans le pays exige.

(Communiqué, publié à Bogotá, le 10 septembre 2020 ; traduction rédaction A l’Encontre)

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