Édition du 2 juin 2026

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Québec

Conjoncture actuelle : manoeuvres des classes dirigeantes et difficultés de la résistance populaire

Point de vue du Québec

A. Les classes dirigeantes mènent une politique d’austérité qui bloque la sortie de la crise.

1.1. La crise ouverte en 2008 n’est pas encore été réellement dépassée. La reprise est tellement poussive qu’aujourd’hui encore on parle de stagnation. Les taux d’investissement ont tendance à régresser. Les salaires réels ont eu tendance à reculer. Il y a un recul de la demande solvable. Et ce n’est pas seulement une crise financière, c’est une crise ayant plusieurs dimensions dont la dimension environnementale est centrale.

1.2 Les classes dirigeantes n’ont pas eu tendance à faire face à cette crise par la relance de la demande globale. Au contraire, elles ont mené une offensive généralisée d’austérité qui a eu tendance à ralentir ou à casser la reprise et qui a provoqué des reculs importants dans les conditions d’existence de la population. En Europe occidentale, la situation est particulièrement difficile : la Grèce, l’Espagne, le Portugal, l’Italie et même la France connaissent un chômage de masse, et une destruction des acquis autrefois assurés par l’État providence. La social-démocratie mène la même politique que la droite classique au risque d’être durement rejetée par la population lors des prochains rendez-vous électoraux. Les accords de libre-échange qui sont en voie de négociation (Canada – UE ) ou (États-Unis-UE ou les accords transpacifiques) ont pour but de laisser libre cours aux multinationales et vont faciliter la déconstruction et la fragilisation de pans entiers de l’État social.

1.2 Le gouvernement Harper mène depuis des années maintenant une telle politique d’austérité. Au Québec, le gouvernement péquiste a repris une orientation semblable en se donnant comme objectif l’atteinte du déficit zéro. Cette politique d’austérité s’est concrétisée par des coupures des dépenses sociales en éducation et en santé, par une hausse des tarifs d’électricité et par la privatisation rampante des services publics. L’assurance autonomie est un bon exemple de cette privatisation. Elle permettra aux entreprises privées d’entrer en business en offrant des services auprès des personnes âgées...

Les gouvernements en place ne développent en rien des politiques keynésiennes centrées sur la relance... Toute leur politique est orientée sur le soutien et l’accompagnement des entreprises privées dont les revenus sont de plus en plus défiscalisés. Les classes dirigeantes appliquent donc une véritable stratégie de choc. Elles croient qu’il est nécessaire de traumatiser la population pour créer les conditions qui leur permettront de mener jusqu’au bout leur restructuration néolibérale : attaque contre les pensions, contre les soins de santé, diminution du nombre d’emplois et des revenus du secteur public et coupures des revenus des personnes assistées sociales. Les femmes, par la place qu’elles occupent dans le secteur public, sont souvent les principales cibles de ces attaques.

1.3 La résistance aux politiques d’austérité marque le pas. Le mouvement étudiant qui s’est opposé à l’augmentation des frais de scolarité a construit la résistance la plus décidée et la plus massive aux politiques d’austérité. Il a réussi à marquer des points importants et il a été capable de diminuer l’ampleur des augmentations des frais de scolarité et de rendre visible un projet de société alternatif, mais il n’a pas réussi à empêcher cette politique de continuer de s’imposer en éducation. La mobilisation contre les hausses de tarifs d’Hydro-Québec n’a pas réussi, jusqu’ici, à réellement décoller. La mobilisation nationale de septembre dernier n’a rassemblé que quelques centaines de personnes... et est donc restée somme toute ultraminoritaire. Le monde syndical y était présent que très marginalement (syndicats de l’enseignement – quelques fonctionnaires...). Québec solidaire s’est joint aux combats contre l’austérité. Mais la mobilisation de ses membres sur le terrain des luttes sociales est très minoritaire. Il n’est pas encore rentré dans la culture des bases du parti de participer de façon organisée politiquement et techniquement dans les mobilisations de masse. Des débats seront nécessaires pour amener notre parti à comprendre que sa contribution peut constituer un facteur de réussite de telles mobilisations.

B. Les classes dirigeantes adoptent un comportement irresponsable face à l’exacerbation de la crise climatique. Mais la résistance s’organise.

2.1 Au niveau environnemental, le dernier rapport du GIEC confirme les études précédentes. L’objectif d’une augmentation ne dépassant pas 2 degrés est devenu difficilement atteignable. Il est plus probable qu’on connaisse une augmentation de 4 ou 5 degrés d’ici la fin du siècle avec les inondations et la multiplication de phénomènes climatiques extrêmes. Il est donc plus urgent que jamais d’agir. Malgré cela, les grands pays impérialistes : les États-Unis, l’Union européenne, le Japon, le Canada et l’Australie ont remis en question les cibles déjà adoptées. Les promesses d’aide financière aux puissances émergentes (Chine, Inde, Brésil) pour les aider à assurer leur transition énergétique ne se concrétisent pas. Elles rejettent maintenant toute perspective de porter l’essentiel des coûts de la transition énergétique et refusent de prendre en compte leurs responsabilités historiques dans le réchauffement planétaire. Sans engagement de la Chine et l’Inde, elles refusent de s’engager à leur tour. L’échec de Varsovie – ou les ONG se sont retirés – démontre que ce n’est que par la mobilisation de masse et le remplacement de ces gouvernements au service des entreprises pétrolières, gazières et de tout le complexe pétrole/auto/armement par des gouvernements au service des intérêts populaire qu’on pourra sortir de l’orientation économique et politique actuelle qui nous mène au désastre.

2.2 Le gouvernement Harper s’est donné comme tâche de faire du Canada une grande puissance pétrolière dans les prochaines années. Le soutien à l’exploitation des sables bitumineux a été considérable. Il s’agit maintenant d’en assurer l’exportation vers les États-Unis, l’Europe, la Chine et l’Inde. À l’heure du réchauffement climatique et de la nécessaire sortie des énergies fossiles, le Canada opère un tournant qui donne plus d’importance encore à ces types d’énergies. Le Québec constitue une porte de sortie vers l’est du pétrole tiré des sables bitumineux. Le gouvernement Marois a décidé de jouer la carte de la collaboration avec le Canada et les projets des classes dirigeantes. Il s’est montré ouvert au passage des oléoducs ( projet TransCanada, projet Enbridge 9B) porteurs d’un pétrole sale, le plus grand émetteur de gaz à effet de serre. Par cette ouverture, le gouvernement péquiste facilite le projet canadien de développement de ce pétrole désastreux pour l’environnement. Plus grave encore, il envisage l’exploitation du pétrole dans le Golfe St-Laurent (île Anticosti et Old Harry) et tout cela pour les plus grands bénéfices d’entreprises pétrolières. Au Québec, le gouvernement péquiste parle des deux côtés de la bouche. Sa prétention est qu’on peut faire le tournant vers les énergies vertes tout en faisant le tournant pétrolier en s’alliant au gouvernement Harper et en offrant une porte de sortie au pétrole tiré des sables bitumineux. Rien pour assumer une sortie réelle du pétrole dans des délais rapprochés (2030)

2.3 Faisant suite à la mobilisation contre l’exploration et l’exploitation des gaz de schiste, la résistance au tournant pétrolier à l’échelle pancanadienne est le mouvement de résistance le plus important à l’heure actuelle face aux différents projets des classes dirigeantes. Cette résistance est d’autant plus importante, que les populations autochtones sont impliquées dans ce combat. En Colombie-Britannique, malgré les reculs de la première ministre, rien n’est joué. Des secteurs non négligeables de la population s’opposent à la construction de ces pipelines. C’est à la grandeur du Québec que nous retrouvons des groupes citoyens et des groupes écologistes mobilisés contre le passage des pipelines. Dans l’ouest du Québec, on se mobilise contre le renversement du cours du pipeline d’Enbridge. Il y a de tels comités citoyens en construction, tout au long du St-Laurent jusqu’en Gaspésie. Aux îles de la Madeleine, on rejette l’exploitation du pétrole dans le Golfe. Avec la contre-offensive des exploitants des gaz de schiste, le mouvement contre les gaz de schiste ne saurait se tarder à se remettre en marche et à s’allier avec le mouvement pour la sortie du pétrole. Québec solidaire a mené une campagne « Sortir du noir, choisir l’or vert. » Il a distribué des milliers de dépliants et de journaux pour marquer la nécessité d’une alternative aux politiques péquistes. Il a pris contact avec les groupes écologistes. Il a tenu des réunions avec des militantEs impliqués dans ces mouvements. Il y a présenté plusieurs mémoires devant la Commission sur les enjeux énergétiques. Cette campagne a permis de placer clairement Québec solidaire sur le terrain du combat écologique et de la lutte contre le réchauffement climatique. Québec solidaire a dénoncé le double discours du PQ et le caractère irresponsable des grandes entreprises pétrolières. Cette campagne a eu de la difficulté a mobilisé en profondeur les bases du parti, mais il a marqué certains pas dans cette direction. C’est pourquoi cette campagne doit continuer et trouver une expression particulière pour inscrire les préoccupations qu’elle a portées dans le cadre de la campagne électorale.

C. Restrictions des droits démocratiques et criminalisation de la résistance citoyenne

3.1 Pour imposer leurs projets antisociaux et antiécologiques, les classes dirigeantes cherchent à affaiblir les libertés démocratiques : criminalisation de la contestation sociale et renforcement et durcissement des appareils de répression. Il s’agit ni plus ni moins que de créer une culture de la peur. En même qu’on tente de diminuer la force des organisations des classes populaires, les classes dominantes prennent de plus en plus de liberté avec leurs propres lois : fraude fiscale généralisée, utilisation des paradis fiscaux, manipulation des contrats publics. L’indifférence envers l’éthique semble s’être généralisée dans ces milieux.

3.2 C’est ainsi qu’au Canada comme au Québec, le mouvement syndical a vu se multiplier les lois antisyndicales obligeant le retour au travail (postes, travailleurs et travailleuses du secteur du transport aérien, etc.). Au Québec, les travailleurs de la construction ont été obligés de rentrer au travail par une loi spéciale. Harper envisage (la CAQ au Québec) de réduire la portée de l’action syndicale en l’empêchant les syndicats d’agir en dehors du cadre de la convention collective. La remise en cause de la formule RAND, est dans les cartons du gouvernement conservateur. Le mouvement du printemps érable a connu une répression d’ampleur en 2012 : matraquage des manifestations, volonté de délégitimation des votes de grèves par le recours systématique aux injonctions, loi spéciale s’attaquant à l’existence même des associations étudiantes, arrestations massives sous n’importe quel prétexte. La commission Ménard mise sur pied par le gouvernement péquiste semble destinée à distribuer équitablement les blâmes et non à défendre les droits démocratiques d’expression, de parole et de manifestation.

3.3 Jusqu’à maintenant, le mouvement syndical a bien sûr dénoncé les différentes attaques dont il a été l’objet. Il reste qu’un mouvement d’ensemble contre cette répression et cette volonté de criminalisation de la résistance sociale aux projets néolibéraux ne s’est pas développé sur une base unitaire et ni pris un caractère massif. Une opération liberté serait sans doute absolument nécessaire. Certains groupes envisagent la mise sur pied d’une commission populaire sur la répression du mouvement étudiant. Cette initiative pourrait être l’amorce d’un combat qui sera partie prenante de la lutte de la gauche pour les prochaines années. Québec solidaire a été au premier rang de la dénonciation de la répression tout au long du printemps érable. Il a voté contre la loi de retour au travail de la construction. Son travail parlementaire a permis de stigmatiser la corruption et la complicité des vieux partis politiques à ce niveau. Mais la résistance populaire à la généralisation de la répression des droits démocratiques doit connaître un saut qualitatif et en ce domaine également, Québec solidaire sera sûrement sollicité.

D. Les politiques nationalistes libèrent la parole xénophobe, sèment les divisions et menacent la société québécoise d’une fracturation ethnique

4.1 Dans différents pays occidentaux, les classes dirigeantes créent des boucs émissaires qu’ils identifient comme les porteurs de la détérioration des conditions d’existence, des restrictions des libertés démocratiques et de la régression culturelle. Elles cherchent ainsi à détourner l’attention de la majorité de leurs propres responsabilités vers l’immigré (le musulman le plus souvent) pour faire porter le poids de toutes les régressions aux personnes d’origine arabe, perse ou indienne. Cette politique pave la voie à la montée de l’extrême droite qui est importante dans différents pays d’Europe. La figure du musulman comme porteur de la régression sociale est nourrie par une véritable islamophobie qui prête aux fondamentalistes la volonté de conquérir l’Europe et de soumettre les populations à l’obscurantisme. Tout ce discours vise à masquer la volonté de reconquête ou de préservation de l’accès aux richesses du tiers-monde particulièrement à l’heure du renforcement de puissances émergentes capables de concurrencer les grands pays impérialistes.

4.2 Le gouvernement Harper a, ici aussi, été à l’avant garde de la lutte pour la restriction des droits des personnes immigrées et a favorisé l’expulsion pour créer un climat de peur dans les communautés. Ses prises de position contre les Tamouls, sa politique hyperrépressive contre toutes les forces qui se solidarisent avec la communauté palestinienne ont contribué à la montée du racisme.

Au Québec, le débat sur l’immigration et les dangers qu’elle représente pour l’avenir de son projet national traversent encore le mouvement nationaliste. La réduction de 50 000 à 45 000 le nombre de personnes immigrantes pouvant être reçus au Québec, est marginale, mais a été saluée dans les milieux nationalistes comme un pas dans la bonne direction. La reprise par le gouvernement péquiste du nationalisme ethnique, le rejet plus ou moins explicite de l’interculturalisme, et la définition du NOUS québécois centré sur les origines canadiennes-françaises ont blindé et justifié un modèle d’intégration assimilationniste décomplexé.

La Charte des valeurs s’inscrit clairement dans ce modèle d’intégration assimilationniste. L’interdiction de signes religieux chez les fonctionnaires de l’État, comme symbole de la neutralité de cet État et la recherche de rapports pacifiques entre catholiques, protestants et juifs au début du XXe siècle en France a été une mesure de pacification des rapports entre différentes composantes de la population. Telle était sa finalité. Dans le contexte international actuel, la charte péquiste correspond a une démarche identitaire où l’affirmation de valeurs québécoises conduit à la stigmatisation des musulmans et particulièrement des femmes musulmanes. Une des conséquences majeures des débats sur la Charte, jusqu’ici, a été de renforcer le clivage entre le nous des authentiques QuébécoisEs et le eux des musulmanes arabes et tutti quanti, des multiculturalistes et autres islamogauchistes. Les clivages se multiplient. Le mouvement syndical s’est divisé sur la question, mais les débats sont loin d’avoir encore été mené jusqu’au bout en son sein. Le mouvement des femmes s’est divisé. La formation du PDF-Q représente moins la laïcité que qu e la volonté du nationalisme étroit d’instrumentaliser le mouvement des femmes. Ces divisions traversent les partis politiques, les mouvements sociaux tant de gauche que de droite. L’harmonie que devait instaurer une telle charte n’est pas au rendez-vous. Prétendre le contraire constitue un sérieux déni de la réalité.

La dynamique des débats déborde d’ailleurs les enjeux précis soulevés par la charte. On ne peut comprendre d’ailleurs le déchaînement des passions soulevées par ce débat, si on ne comprend pas les peurs et les affects mobilisés par ce dernier. Et, ces peurs ont un abcès de fixation qui devient de plus en plus évident : la peur de l’islamisation du Québec, d’une reconquête par l’étranger, d’un nouveau renoncement à ce que nous sommes et à ce que nous avons construit comme société. Cette peur devient la porte ouverte libérant la parole xénophobe et la réthorique complotiste. Tout ce que l’on entend ou que l’on peut lire dans les médias sociaux ne peuvent s’expliquer autrement. Il ne s’agit pas de caractériser la société québécoise de xénophobe ou de raciste, dans lune logique identitaire qui permettrait de pointer l’axe du mal en nous. Il s’agit d’identifier une conjoncture politico-idéologique où des discours réducteurs sont imposés par les médias qui se contentent d’explications faciles qui deviennent des obstacles pour éclairer les dangers véritables auxquels fait face la société québécoise.

4.3 L’opposition à la Charte des valeurs du PQ est large et importante. Elle a d’abord mobilisé les personnes directement visées et on ne peut s’en étonner. Les fédéralistes ont crié à la discrimination et sont présentés comme les grands défenseurs de la liberté. On pouvait s’y attendre. Des indépendantistes ont compris que la dynamique induite par le débat sur la Charte pouvait introduire des brèches durables entre les QuébécoisEs d’origine canadienne-française et les QuébecoisEs d’autres origines. Tout le travail politique d’explication du caractère intégrateur du projet national du Québec risquait d’être sacrifié au nom de la peur de minorités définies comme en soi porteuses de régression sociale. Le modèle égalitaire et interculturel basé sur la reconnaissance des apports de tous et de chacun et le refus des discriminations cessait d’être le vecteur de notre libération nationale ou était radicalement remis en question. Le fait de ne pas pouvoir se donner comme perpsective le ralliement de toutes les composantes de la société québécoise au projet indépendantiste est en fait un affaiblissement de ce dernier.

Québec solidaire s’est opposé d’emblée à la charte. Mais son analyse n’a pas été suffisamment explicitée. En fait, certains communiqués ont affirmé que la Charte était une réforme nécessaire et utile et que QS partageait plusieurs orientations proposées par le ministre Drainville. La position de Québec solidaire ne se distinguerait que par l’exclusion du port de signes religieux. C’était là regarder le projet de Charte en lui-même et en négligeant tous les impacts sociaux qu’il portait. C’était se placer dans une situation difficile pour comprendre l’intransigeance du gouvernement péquiste, intransigeance qui ne s’explique pas seulement par des intérêts électoralistes. Le projet de Charte péquiste s’inscrit dans une logique visant à imposer un nouveau modèle d’intégration au nous québécois qui voit d’abord dans la diversité et l’éloignement culturels, des obstacles à l’unification nationale du peuple québécois et à la réalisation de sa souveraineté.

Il est plus nécessaire que jamais de poser la question de la laïcité comme une dimension importante, mais secondaire de la construction de l’unité de la majorité de la population québécoise dans sa diversité autour d’un projet de libération nationale et sociale.

5. Perspectives : développer une insoumission agissante envers ceux et celles qui nous gouvernent

A. contre l’austérité, construire un bloc populaire pour faire payer les riches

La politique d’austérité des gouvernements Harper et Marois est marquée par la volonté de soutenir la concentration de la richesse au sommet de la société. Une véritable réforme de la fiscalité visant à s’attaquer à la fraude fiscale est un sujet tabou. Rien n’est fait contre la défiscalisation des entreprises et des fortunes ce qui est facteur du développement de la dette publique. Toute velléité en ce sens provoque une véritable levée de boucliers des riches. Une campagne pour une réforme radicale de la fiscalité pour que cette dernière redevienne un véritable instrument de redistribution de la richesse est essentielle. Aujourd’hui, les classes dirigeantes et leurs politicienNEs s’appuient sur la lutte au déficit pour démanteler des pans entiers de l’État social... Une campagne pour une fiscalité redistributrice est une voie pour casser la légitimité de leur politique d’accaparement et déconstruire leur discours sur la dette.

B. À la défense des énergies fossiles menée par l’oligarchie, opposons la planification démocratique d’un tournant énergétique

Après nous le déluge, telle est la devise des pétrolières et de leurs serviteurs politiques. Leur cupidité et leur cynisme ne semblent pas avoir de limite. Le réchauffement climatique ne les préoccupe que s’il est l’occasion d’affaires juteuses et de profits. On ne peut prêter aucune confiance aux irresponsables qui dirigent la société capitaliste. Seule la mobilisation populaire pour bloquer leurs investissements dans les énergies fossiles et seuls des gouvernements en rupture totale avec l’oligarchie peut envisager sans crainte de décapitaliser les avoirs des magnats du pétrole qui chercheront à profiter jusqu’au bout de leurs capitaux et de leurs infrastructures mortifères pour continuer à s’enrichir.

C. Opposons-nous à la criminalisation de la contestation sociale et à l’enfermement dans la démocratie resteinte, une solidarité avec toutes les victimes de la répression et l’élaboration des contours d’une démocratie de la majorité populaire

D. Un nouveau bloc social pour lutter pour une indépendance porteuse d’un projet d’égalité sociale et d’élargissement de la démocratie citoyenne

L’indépendance du Québec ne sera pas l’ouvre des secteurs nationalistes de la bourgeoisie québécoise. Le majorité populaire indépendantiste doit se libérer de la tutelle de ces secteurs. Dans le passé, particulièrement au moment des référendums, la quasi totalité de la bourgeoisie québécoise, s’est rangée dans le camp fédéraliste. Aujourd’hui, le gouvernement Marois mène des politiques qui renforcent la soumission du Québec aux intérêts du capital étranger. Son nationalisme étroit conduit à la libération de la parole xénophobe et pourrait contribuer à la fracturation de la société québécoise sur une base ethnique. Au bloc social dirigé par les secteurs nationalistes des classes dirigeantes, il faut opposer la construction d’une nouvelle alliance de classes s’appuyant sur la majorité populaire capable de poser la nécessité d’un projet de société respectueux de l’environnement, de l’égalité de genre et sachant donner leur place aux diverses composantes de la société québécoise. C’est ce nouveau bloc social qui pourra s’attaquer à la légitimité de la domination de l’État canadien et poser l’indépendance comme un véritable processus de libération nationale et sociale.

Bernard Rioux

Militant socialiste depuis le début des années 70, il a été impliqué dans le processus d’unification de la gauche politique. Il a participé à la fondation du Parti de la démocratie socialiste et à celle de l’Union des Forces progressistes. Militant de Québec solidaire, il participe au collectif de Gauche socialiste où il a été longtemps responsable de son site, lagauche.com (maintenant la gauche.ca). Il est un membre fondateur de Presse-toi à gauche.

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