Édition du 15 septembre 2020

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Asie/Proche-Orient

Covid-19 : « Les forces d’occupation israéliennes refusent l’entrée du matériel médical à Gaza »

La pandémie de Covid-19 pourrait atteindre l’enclave de la Bande de Gaza, territoire sinistré économiquement et à la situation sanitaire déjà préoccupante.

Tiré de regards.fr

Ziad Medoukh est professeur de français, universitaire, chercheur, écrivain et poète d’expression française à Gaza.

Regards. Le territoire de Gaza est l’un des plus densément peuplés au monde. Pour l’instant, seulement 9 cas de Covid-19 y ont été recensés. Est-ce que la situation humanitaire vous inquiète quant à la vague qui arrive ?

Ziad Medoukh. Malgré tous les efforts nationaux et internationaux déployés et malgré toutes les mesures prises contre la propagation du Covid-19, la population est inquiète. Le contexte est particulier en ce moment à Gaza car nous traversons une crise sanitaire et économique sans précédent. Les Gazaouis craignent le pire... Ils savent que leur situation est problématique et extrêmement préoccupante, avec une densité de population énorme, et des habitations qui se côtoient, en particulier dans les camps de réfugiés.

Il est vrai que l’Autorité Palestinienne à Ramallah a envoyé des médicaments, notamment des antibiotiques à Gaza, que l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a envoyé 500 kits de dépistage et que le Qatar a versé 150 millions de dollars pour le gouvernement de Gaza pour aider à faire face à la pandémie, et à la situation économique qui dévaste l’enclave palestinienne. Mais tout cela est très insuffisant dans cette région densément peuplée et qui souffre de carences économiques et sanitaires à de multiples niveaux depuis plus d’une décennie.

Quid du système de santé dans la Bande de Gaza ?

Notre système de santé est profondément défaillant, nous manquons d’installations médicales et nous devons faire face une crise sanitaire à cause du blocus israélien et ses conséquences dramatiques dans tous les domaines. La bande de Gaza possède ainsi uniquement 55 lits en soins intensifs et 50 appareils de réanimation dans tous les hôpitaux de cette région encerclée, car les forces d’occupation israéliennes refusent l’entrée du matériel médical, et les pièces à recharge pour ces appareils. A cela, il faut bien sûr ajouter le manque de personnels soignants, les coupures permanentes d’électricité, et le fait que la plus grande partie de l’eau dite potable est en fait contaminée et impropre à la consommation humaine.

Aujourd’hui, ce sont près de 1.400 personnes qui sont récemment entrées dans l’enclave gazaouie depuis l’Egypte et sont toujours dans les 22 espaces de quarantaine et d’isolement dans des écoles et des hôtels, faute de centres médicaux équipés. La situation humanitaire est donc catastrophique, les conditions de vie sont très détériorées et la situation économique très dégradée ; le taux de chômage dépasse les 67% de la population civile avec plus de deux tiers des ménages qui souffrent d’insécurité alimentaire, 72% de la population de Gaza vit en dessous de seuil de pauvreté et 75% des Palestiniens de Gaza qui vivent avec les aides alimentaires.

Dans une tribune, vous dites que les Palestiniens de Gaza sont passés « d’une prison ouverte à une prison fermée ». Le blocus imposé par Israël pourrait-il être remis en question si le coronavirus commencer à se propager largement ?

Jusqu’à présent et malgré l’ouverture partielle du seul passage commercial qui relie la Bande de Gaza pour l’acheminement seulement des produits alimentaires et sanitaires, les autorités israéliennes maintiennent le blocus imposé depuis plus de quatorze ans. Il n’y a aucune réaction positive de leur part, ni aucune volonté de coopérer. Elles laissent entrer ces produits avec la pression des organisations internationales humanitaires et sanitaires, sans prendre aucunement en considération le danger de la progression de ce virus qui n’a, rappelons-le, pas de frontières.

Mais l’épidémie de Covid-19 est perçue de manière un peu particulière par nous, les habitants de Gaza : nous sommes en train d’observer et de suivre avec beaucoup d’attention l’évolution de cette pandémie mortelle dans le monde entier car, si nous sommes bien sûr solidaires des peuples endeuillés, nous nous disons aussi que, pour la première fois, presque tous les citoyens du monde sont en train de vivre un confinement et un isolement similaire au notre. Pour une fois, le monde vit un événement sur un pied de relative égalité - même si les conditions sont bien évidemment très différentes pour la bande de Gaza et sa population civile où le sentiment d’enfermement est bien plus terrible !

Voyez-vous une pause dans le conflit israélo-palestinien depuis le début de la pandémie ?

A cause de la situation exceptionnelle dans cette prison à ciel ouvert, les Palestiniens de Gaza ont été obligés d’annuler leurs actions et manifestations pacifiques aux frontières : ainsi de la commémoration de la journée de la terre le 30 mars prochain ou la célébration du deuxième anniversaire de la grande marche de retour à la même date. Il y a donc bien une pause dans leur mobilisation contre l’occupation et contre le blocus imposé.

Je tiens par ailleurs à noter qu’en Cisjordanie, une coopération existe entre Palestiniens et Israéliens car les contacts sont quotidiens entre eux, en particulier les travailleurs palestiniens qui travaillent dans les champs et les usines. Mais à Gaza, la population est laissée à son sort par l’occupation et par une communauté internationale officielle complice...

Ziad Medoukh

Ziad Medoukh est professeur de français, universitaire, chercheur, écrivain et poète d’expression française à Gaza.

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