Édition du 24 novembre 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

États-Unis

De Bernie Sanders à Joseph Biden

En 2016 et à nouveau en 2020, la gauche américaine au sens large espérait que Bernie Sanders serait élu, d’abord comme candidat du Parti démocrate, puis à la présidence. Mais Bernie s’est avéré trop radical pour beaucoup d’électeurs américains et pas assez fort pour battre l’establishment.

L’âne est l’emblème démocrate et l’éléphant est républicain
photo et article tirés de NPA 29

Pratiquement inconnu de la plupart des États­unienEs, le sénateur du Vermont, Bernie Sanders, un indépendant à la gauche du Parti démocrate, avait annoncé en 2015 qu’il se présentait à la présidence en tant que « socialiste démocratique » engagé dans la lutte contre la classe des milliardaires.

« Socialisme démocratique »

Il s’est battu sur une plateforme appelant à un « Medicare for All » (c’est-à-dire à une généralisation de l’accès à la santé), à une éducation gratuite dans les universités publiques, à un salaire minimum de 15 dollars de l’heure et à une augmentation des impôts des riches.

Tout en se concentrant sur les programmes sociaux universels, il a également abordé les questions des NoirEs, des Latinos, des LGBT et des femmes. Il a reconnu l’existence du changement climatique et a appelé à un virage vers les énergies renouvelables.

Il a défini le « socialisme démocratique » comme étant apparenté au New Deal du président Franklin D. Roosevelt dans les années 1930 ou à la social-démocratie scandinave.

Les positions de Sanders contrastaient fortement avec celles de Donald Trump et de ses rivaux du Parti démocrate.

Sa campagne de 2016 a mobilisé beaucoup de gens, mais il a perdu contre Hillary Clinton et l’establishment du parti. Cependant, dans la foulée, il y a eu quelques succès électoraux de la gauche démocrate et un renforcement de la gauche, dans et hors du Parti Démocrate, avec notamment DSA (Socialistes démocratiques).

En 2020, sur la même plateforme, Bernie semblait être un candidat fort dans un immense champ des 29 autres postulants démocrates, mais sa campagne était en fait plus faible qu’en 2016 et, comme précédemment, les sommets du Parti démocrate étaient déterminés à faire échouer sa candidature.

Lorsque son rival Joe Biden a remporté la primaire de Caroline du Sud, les autres démocrates se sont unis derrière lui. Sanders, comme il l’avait promis depuis le début, a soutenu Biden qui a adopté des versions édulcorées du programme de Bernie.

Outre la force de l’establishment démocrate (qui peut toujours compter sur le soutien des appareils syndicaux et de beaucoup de dirigeants d’organisations de la communauté noire), l’échec de Bernie traduit également la faiblesse des luttes sociales aux États-Unis (malgré des exceptions limitées), ainsi que celle de la gauche (malgré un ­renforcement récent).

Biden, l’homme de l’establishment démocrate

Biden est un politicien de carrière de l’establishment démocrate qui a été élu au Sénat en 1973, en tant que libéral. À la fin des années 1970, pris dans la marée montante du conservatisme, il a commencé à tourner à droite, d’abord en s’opposant aux transferts d’élèves en bus pour lutter contre la ségrégation scolaire.

Au cours des deux décennies suivantes au Sénat, Biden a soutenu des réductions d’impôts pour les riches, des coupes dans la protection sociale pour les pauvres et des lois plus strictes sur la criminalité qui ont conduit à l’emprisonnement d’un nombre important de Noirs et d’Hispaniques.

L’élection du président Bill Clinton en 1993 a fourni à Biden un partenaire avec qui il avait une vision politique commune. Il a travaillé avec Clinton pour faire adopter l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) qui a entraîné la perte de nombreux emplois avec des droits syndicaux et bien rémunérés aux États-Unis.

Pire encore, il a soutenu la loi Gramm-Leach-Bliley (GLBA) de 1999 qui a conduit à réduire les réglementations sur les institutions financières, un facteur important dans la grande récession économique de 2008.

Les attentats terroristes du 11 septembre 2001 ont coïncidé avec la présidence de Biden de la commission des relations extérieures du Sénat. Biden s’est allié avec le président George W. Bush pour soutenir la guerre et l’invasion de l’Irak et a également soutenu l’adoption du Patriot Act qui a attaqué les libertés civiles des citoyenEs étatsuniens.

Le président Barack Obama a choisi Biden comme vice-président et, pendant la récession de 2008, celui-ci a soutenu et géré son programme de relance inadéquat. Biden a également soutenu Obama lorsqu’il a rétabli les réductions d’impôts de Bush favorables aux riches qui ont privé le gouvernement fédéral de milliards de dollars de recettes. Sur une autre question, Biden a soutenu la politique d’immigration d’Obama basée sur la militarisation des frontières et les expulsions.

La majorité de la gauche US, y compris beaucoup de socialistes, votera pour Joseph Biden à la présidence pour briser l’emprise du gouvernement toujours plus autoritaire de Donald Trump. Certains voteront pour Howie Hawkins, l’ancien chauffeur de camion et socialiste affiché qui est le candidat du Parti Vert, mais beaucoup craignent que les votes pour Hawkins favorisent Trump.

Compte tenu de son bilan, le vote de la gauche pour Biden dans cette élection vise uniquement à arrêter Trump. Biden reste Biden, même si la crise américaine pourrait le conduire à adopter des politiques plus progressistes – mais ceci seulement s’il y a un mouvement d’en bas. Il faudrait une énorme pression de la part des syndicats et des mouvements sociaux pour provoquer un réel changement.

Dan La Botz Traduction Henri Wilno
Hebdo L’Anticapitaliste – 541 (29/10/2020)
https://lanticapitaliste.org/

Dan La Botz

L’auteur est un professeur d’université américain et un militant de l’organisation socialiste Solidarity.

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