Édition du 12 novembre 2019

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Élections fédérales 2019

Dynamique de l’élection fédérale de 2019 dans une circonscription « accueillante » pour la gauche : Rimouski-Neigette — Témiscouata — Les Basques

1. Avant l’élection

La circonscription fédérale de Rimouski-Neigette — Témiscouata — Les Basques est représentée depuis 2011 par Guy Caron du NPD. La circonscription québécoise de Rimouski est un fief péquiste animé par Harold Lebel, le plus à gauche des députés du PQ. Québec solidaire jugeait en 2018 que cette circonscription était prenable, considérant le score de 16 % d’appui réalisé en 2014, qui préfigurait la percée en région de QS en 2018. Quelle est la dynamique de l’élection fédérale de 2019 dans cette circonscription « accueillante » pour la gauche ? Deux analyses (celle-ci avant l’élection, et une autre après) permettront de répondre à la question.

Jean Bernatchez

Les forces en présence

L’élection de Guy Caron en 2015 avec 43 % des voix, un score comparable à celui de 2011 lors de la vague orange, démontre qu’il était plus que la saveur du mois. Député apprécié, il est avec Harold Lebel de tous les combats pour la justice sociale, le développement économique et la promotion des régions. Invité à jouer un rôle important sur le plan national au cours des dernières années, notamment comme chef parlementaire de la deuxième opposition, il a été moins présent dans la circonscription. Sa principale rivale est la libérale Chantal Pilon, reconnue comme une femme d’affaires prospère, ancienne présidente de la Chambre de commerce de Rimouski. Elle rejoint la course au moment où les sondages donnaient une très forte avance au PLC. Le jeune candidat Maxime Blanchette-Joncas a montré son intérêt pour le Bloc Québécois au début septembre et il a été investi quelques jours plus tard. Identifié au Conseil des jeunes du PQ et fonctionnaire d’une petite municipalité, il est surtout connu comme ex-directeur des affaires publiques de la Jeune Chambre de Rimouski. Ces trois personnes ont objectivement une chance de représenter la circonscription dans la 43e législature du Canada. Nancy Brassard-Fortin (Parti conservateur), Jocelyn Rioux (Parti vert), Pierre Lacombe (Parti populaire) et Lysane Picker-Paquin (Parti Rhinocéros) sont aussi dans la course.

Les trois candidat.es qui se positionnent en tête

Guy Caron du NPD mesure bien l’impopularité de son parti et l’accueil peu enthousiaste des Québécois.es à l’endroit de son chef Jagmeet Singh. Ce dernier a remporté la course à la chefferie en 2017 avec 54 % des appuis, alors que son adversaire Guy Caron en recueillait 9 %. Il est peu probable que Guy Caron invite son chef dans la circonscription, et rien n’indique qu’il soit toujours d’accord avec lui. Jagmeet Singh a de nombreuses qualités, c’est un homme qui mérite d’être mieux connu, mais il comprend mal le Québec, comme en fait foi sa position imprécise sur une éventuelle intervention du gouvernement fédéral dans une contestation de la loi québécoise sur la laïcité. Guy Caron est un homme pragmatique qui mène la joute politique de manière efficace, mais dans l’arène du consensus néolibéral. Contrairement à ses adversaires, il dispose d’une véritable stratégie de campagne. Il est le seul à faire du pointage. Il dispose aussi du soutien de plusieurs figures régionales de la gauche, notamment la militante régionaliste Suzanne Tremblay, députée du Bloc de 1993 à 2004. Cette dernière, alors membre du PQ, avait causé la surprise en 2014 en appuyant la candidate de QS plutôt qu’Harold Lebel. Elle a accordé publiquement son appui à Guy Caron en 2015 et une photo sur le site du candidat la montre à ses côtés lors d’un événement partisan de la campagne de 2019.

Chantal Pilon du PLC avait amorcé une campagne à la mairie de Rimouski en 2017 (avec pancartes, site Web et agent officiel) avant de s’en retirer, une décision « dictée par des impératifs d’affaires liés à l’entreprise dont je suis propriétaire ». Elle est depuis longtemps dans la mire des partis susceptibles de prendre le pouvoir ; l’image qu’elle projette correspond à ce qui est souhaité par eux. C’est elle que l’on voit faire du jogging et réciter sa tirade dans la publicité télédiffusée du PLC. Elle pratique aussi la mise en scène dans ses publications sur les réseaux sociaux. Certes, tous les candidat.es le font, mais ses statuts à elle sont autant d’infopublicités flagorneuses pour le petit commerce : « Le Garage Auto Expert est une référence au Temis pour prendre soin de votre véhicule » ; « À Témiscouata-sur-le-Lac, la Fromagerie Le Détour est un véritable incontournable » ; « Passionnée, (la) propriétaire de la boutique Au Bon Goût se démarque par son service personnalisé, toujours impeccable, pour offrir à sa précieuse clientèle des conseils vestimentaires judicieux. » Suivent les mots-clics #Pilon2019 et #Choisird’avancer. Elle affirme en entrevue à la radio : « Ce que je vends aux gens », c’est « une fille qui carbure aux défis », une femme d’affaires avec 23 ans d’expérience qui « livre la marchandise ». Elle défend la théorie du ruissellement et interprète la politique à travers le prisme du petit commerce.

Maxime Blanchette-Joncas du Bloc Québécois, selon la rumeur, voulait surtout profiter de la campagne électorale pour se faire connaître. C’est le candidat qui a le moins à perdre dans cette aventure, et le plus à gagner. Il mise sur l’appui des organismes communautaires qui l’accueillent poliment, sans plus, sans doute par devoir de reconnaissance envers le député sortant. Il livre les grandes lignes du programme de son parti sur un ton mal assuré, mais néanmoins acceptable de la part d’une jeune recrue. Il n’est pas associé à la mouvance progressiste des souverainistes ; il véhicule plutôt un discours de chambre de commerce ce qui, sur le plan idéologique, le distingue peu de la candidate libérale. Le député Lebel l’appuie, mais discrètement. Dans la circonscription voisine d’Avignon — La Mitis — Matane — Matapédia où règne le chef intérimaire du PQ Pascal Bérubé (qui a raflé sa circonscription avec 69 % des voix en 2018), la donne est toute autre. « Il y a une corrélation qui va se faire, c’est notre souhait, entre les votes pour moi et les votes pour Kristina (Michaud du Bloc Québécois) » dit-il dans La Presse+ du 6 octobre. Elle a de bonnes chances de coiffer le député libéral sortant Rémi Massé. La projection du vote populaire (Qc125.com, au 8 octobre) donne aussi gagnant Maxime Blanchette-Joncas avec 7 points d’avance sur la candidate libérale Chantal Pilon, et 13 points d’avance sur le député Guy Caron.

Les candidat.es des tiers-partis

Un débat a permis de mieux connaître les candidat.es des tiers-partis. Nancy Brassard-Fortin du Parti conservateur, une candidate parachutée, travaille avec le député conservateur Jacques Gourde à Ottawa comme adjointe parlementaire. Elle a fait la manchette des médias bas-laurentiens en tentant de déstabiliser le chef du Bloc Québécois lors d’un point de presse ; le sens de la réparti d’Yves-François Blanchet a plutôt joué contre elle. Lors du débat, elle a fait référence plusieurs fois aux problèmes de toxicomanie de sa fille, établissant un lien avec la politique fédérale sur la légalisation du cannabis. L’auditoire n’a pas apprécié. Jocelyn Rioux du Parti vert, chef autochtone du conseil de bande de la nation métisse du Soleil Levant, ne maîtrisait pas le programme de son parti, mais il a néanmoins disposé d’un capital de sympathie. Pierre Lacombe du Parti populaire, camionneur de la région de Montréal et membre de la commission politique de la défunte ADQ, a récité le chapelet de préjugés qui caractérise son parti. Lysane Picker-Paquin du Parti Rhinocéros s’est démarquée et elle a eu droit à des applaudissements nourris. Alternant entre les promesses absurdes qui caractérisent son parti et le réflexe d’un discours politique engagé, féministe, environnementaliste et en rupture de ban avec le néolibéralisme, elle semble être la seule candidate en lice dans Rimouski-Neigette — Témiscouata — Les Basques qui soit très nettement campée à gauche.

Déclaration d’intérêt

Je suis un militant de gauche, sympathisant de Québec solidaire, mais indécis lorsque vient le temps de voter aux élections fédérales. Je suis politologue et professeur d’université. Je travaille à Rimouski mais ma résidence principale est à Québec. J’ai fièrement été candidat de l’Union des Forces Progressistes (UFP) en 2003 dans Chutes-de-la-Chaudière (circonscription détenue par l’adéquiste-caquiste Marc Picard) et pragmatiquement candidat du NPD en 2004 dans Lotbinière-Chutes-de-la-Chaudière (circonscription maintenant représentée par le conservateur populiste Jacques Gourde). En 2019, j’ai donné mon appui (symbolique, puisque je ne vote pas dans cette circonscription) au candidat du NPD Guy Caron, mais je vais voter dans Québec pour le candidat et chef du Parti Rhinocéros Sébastien Corriveau. Si j’étais dans la circonscription voisine de Beauport-Limoilou, l’écosocialiste candidat du NPD Simon-Pierre Beaudet aurait mon vote.

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