Édition du 11 mai 2021

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Afrique

En Algérie, un “raz-de-marée” dans les rues de Kherrata pour les deux ans du Hirak

Le 16 février 2019, une marche dans la ville de Kabylie lançait un mouvement sans précédent, le Hirak, qui a conduit à la chute d’Abdelaziz Bouteflika. Ces derniers mois, les manifestations ont été suspendues à cause du Covid-19. Mais deux ans après le début de ce soulèvement, les protestataires ont tenu à faire savoir que leur détermination était intacte. Tout sur l’Algérie s’est rendu à Kherrata.

Europe Solidaire Sans Frontières
17 février 2021

Par Mehenni Makhlouf

Ils étaient tous là pour célébrer l’“an II” du Hirak. Militants, hommes politiques, journalistes, avocats et citoyens anonymes ont convergé ce mardi 16 février vers la ville de Kherrata, dans la wilaya de Béjaïa [“préfecture” de Bejaïa, en Kabylie], pour participer à la commémoration de ce qui est considéré comme le point de départ du Hirak : la grande marche de Kherrata du 16 février 2019.

Pour beaucoup, c’est ici que tout a commencé. Ce jour-là, l’immense portrait de Bouteflika qui couvrait la façade de l’APC [Assemblée populaire communale, équivalent de la mairie], comme c’est le cas dans beaucoup de mairies à travers le pays, avait été arraché et piétiné.

L’image était très forte, très symbolique, mais la marche de Kherrata, par son ampleur – la première grande marche contre le cinquième mandat du président Abdelaziz Bouteflika – l’était tout autant, parce qu’elle brisait l’interdiction de manifester en vigueur depuis plusieurs années et donnait le signal d’un mouvement pacifique et déterminé qui émerveillera le monde. La ville a aussi une charge symbolique en ayant été l’un des théâtres des massacres du 8 mai 1945 qui, pour beaucoup d’historiens, sont un des éléments déclencheurs de la guerre de libération nationale neuf ans plus tard.

Les rues de la ville n’ont pas dormi

Depuis quelques jours, la grande question était surtout de savoir si les marches, suspendues au printemps dernier pour cause de crise sanitaire liée au Covid-19, après plus de cinquante vendredis consécutifs de manifestation, allaient reprendre ou pas.

Des appels avaient été lancés depuis plusieurs semaines pour effectuer une marche à Kherrata ce 16 février, et si beaucoup s’attendaient à ce qu’il y ait foule, le suivi du mot d’ordre a dépassé toutes les prévisions.

Les gens ont commencé à affluer dès la veille, et les rues de la ville n’ont pas dormi. Les premiers arrivés, avec les jeunes de la localité, ont passé une nuit blanche à entonner les slogans du Hirak. Dès les premières heures de la matinée de ce mardi, la foule a commencé à grossir. Avant la mi-journée, les étroites rues de la ville n’arrivaient plus à contenir les milliers de manifestants qui arrivaient. Ils sont venus des quatre coins du pays.

Un véritable raz-de-marée qui rappelle les premières semaines du Hirak. Ce ne sont pas les millions de personnes qui déferlaient dans les rues du centre d’Alger, d’Oran, de Constantine, de Béjaïa, de Bordj Bou Arreridj ou de Tizi Ouzou, mais, à l’échelle d’une petite ville de montagne, les images sont impressionnantes.

Comme au premier jour

Le message est on ne peut plus clair : le mouvement populaire n’a rien perdu de sa vigueur et, surtout, garde le cap sur ses revendications de changement et de rupture.

Les slogans entendus pendant la marche l’attestent. Malgré l’exiguïté des lieux et la foule nombreuse, la manifestation s’est déroulée dans de bonnes conditions et l’organisation était parfaite. Sous un doux soleil printanier, les manifestants ont marché dans le calme et avec une discipline qui rappelle d’autres vertus du Hirak, qui ont fait sa force et sa réputation : le pacifisme et le civisme.

Le mouvement était pacifique et il compte le demeurer, c’est l’autre enseignement de cette journée. Le Hirak a aussi gardé tous ses acteurs et tous ses soutiens.

Toutes les figures que les Algériens se sont habitués à voir chaque vendredi à Alger entre février 2019 et avril 2020 étaient là. Bref, le Hirak se porte comme au premier jour.

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Makhlouf Mehenni

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