Édition du 16 décembre 2025

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Fin des leaders charismatiques en politique tels que connus ou règne du pragmatisme économique

Envolée réflexive donnant voix à une folle vision utopique et à une reconnaissance de la force de la subjectivité

Qui serait capable de nommer deux ou seulement un chef ou une cheffe de parti pouvant être qualifiéE de charismatique en ce moment présent ? Certes, la tâche s’avère ardue, puisque nous risquons de nous disputer sur les noms qui ressortiront, alors que la principale bataille porterait sur une définition rassembleuse de la notion de «  charisme ». Ce constat semble peut-être exagéré, dans la mesure où nous avons généralement une facilité à reconnaître cette qualité à de grands personnages issus de l’Histoire. Ces Jules César, Alexandre, Charlemagne, Gengis Khan, Napoléon, De Gaule, Gandhi, sinon ces Moïse, Jésus, Bouddha, Mahomet, pour ne pas ignorer non plus ces Élisabeth Ière, Isabelle de Castille, Catherine de Russie, Christine de Suède ou Jeanne d’Arc, en étant donc très modeste dans notre énumération, possédaient à n’en point douter une prestance peu commune ; autrement dit, ces grands personnages dégageaient quelque chose qui incitait à les écouter.

À cause de leur charisme, ces personnages sont associés à des avancées souvent majeures pour l’avenir des populations qu’ils et elles représentaient. Par contre, cette qualité peut également revêtir les apparats de la tyrannie, lorsqu’un charlatan s’accapare le pouvoir, comme l’ont démontré malheureusement de trop nombreux épisodes de désolation au cours de ces mêmes âges. Ainsi, le leader charismatique se révèle capable du meilleur comme du pire, tout dépendant, ce qui démontre bien sa nature humaine à la base.

Après avoir défini le charisme et cheminé dans l’histoire pour ainsi comprendre comment cette notion sert désormais à caractériser habituellement les grands hommes et les grandes femmes, la suite voudra reconnaître dans ce même cheminement une transformation sociétale à ne point négliger. En effet, nous nous questionnerons sur la valeur du charisme dans la politique actuelle, qui balance d’ailleurs entre le pragmatisme économique et le populisme. Cela suggère même l’hypothèse d’un processus en cours de « détotalisation » (sorte d’effritement de la forme antérieure de l’État) par laquelle un courant tente de réaliser l’idéal d’un État pragmatique où les calculs l’emportent sur la subjectivité des leaders (sur la base d’une croyance en une économie politique objective et d’un âge d’or par cette façon d’assurer la croissance), puis un autre qui craint plutôt la perte de l’autorité véritable de l’État par ses leaders (sur la base souvent d’un populisme qui ramène la philosophie de l’âge d’or issu d’un moment passé). On s’apercevra rapidement de l’impossibilité de rendre le monde entièrement calculable et objectif, puisqu’il réside dans la nature humaine un besoin de conviction, voire même un pendant subjectif suffisamment fort pour espérer un retour du chef ou de la cheffe charismatique. Par contre, le populisme cherchant à ramener au goût du jour des slogans à saveur de nostalgie cache la volonté de vouloir ramener la grandeur de l’État comme autrefois, ce qui prend souvent l’allure d’une nouvelle tyrannie.


Charisme ou propriété charismatique

Qu’est-ce que le charisme ? Le sociologue allemand Max Weber (1995[1922], p. 320) a peut-être été le premier à nous en donner une définition éclairée, alors qu’il fait reposer le charisme sur une :

« qualité extraordinaire (à l’origine déterminée de façon magique tant chez les prophètes et les sages, thérapeutes et juristes, que chez les chefs des peuples chasseurs et les héros guerriers) d’un personnage, qui est, pour ainsi dire, doué de forces ou de caractères surnaturels ou surhumains ou tout au moins en dehors de la vie quotidienne, inaccessibles aux communs des mortels ; ou encore qui est considéré comme envoyé de Dieu ou comme un exemple, et en conséquence considéré comme un ‘‘chef’’ [Fûhrer]  ».

Cette qualité extraordinaire peut donc être considérée comme un don ou quelque chose d’innée, non acquise, qui s’expliquerait alors sur la base d’une bénédiction venant d’ailleurs, d’où pourquoi il se révèle souvent approprié de l’envisager comme étant divine, tout dépendant, effectivement, de la croyance ou pas en une réalité extérieure ou un être supérieur. En effet, cette supériorité attractive fait en sorte d’accorder à la personne qui la possède «  naturellement » ou « divinement » une reconnaissance sociale et, par surcroît, le droit de diriger une population. Et le terme « charismatique  » provient d’ailleurs du grec « charisma  », c’est-à-dire « grâce », « bienfait » et, bien entendu, « don », qui tient compte à l’origine de ce que Weber mentionne, dans la mesure où la qualité charismatique « s’applique à quelqu’un qui a reçu des dieux, des démons ou de la nature un don que les autres n’ont pas reçu  » (Ellul, 2025, s.p.). Ce don procure alors des aptitudes exceptionnelles, créant sur autrui ce que nous avons souligné en termes d’attraction, puisque la parole de l’être charismatique semble incarner l’éloquence sincère et donc, jusqu’à l’extrême perçu, la vérité.

Mais le qualificatif «  charismatique » n’a été véritablement en usage dans le langage que tardivement. Sans vouloir entreprendre ici un parcours historique exhaustif, nous nous bornerons à quelques éléments de ce récapitulatif à partir duquel apparaîtra finalement la notion.

Un dirigeant idéal et talentueux inspirant le héros

En débutant avec les philosophes grecs antiques surgit cette volonté de façonner le dirigeant idéal, voué à la sagesse et aux vertus, au point d’augurer, dès lors, la recherche de ce que nous appelons de nos jours le chef charismatique. Dans sa République, Platon a tenté d’exposer le moyen de garantir la prise du pouvoir par les meilleurs dirigeants de la Grèce ainsi que d’assurer leur continuité, dans une sorte de transposition des aptitudes et des qualités de Périclès sur ces futurs chefs appelés à s’éloigner du gouvernement des tyrans. En revanche, si les vertus et la sagesse semblent pouvoir s’enseigner, le meilleur dirigeant peut aussi être né en possédant des qualités qui ne s’enseignent pas, voire qui sont intimement rattachées à sa personne et son caractère. Aristote reconnaissait l’importance de la Vertu pour commander, mais certaines choses contribuaient à élever des individus au statut de dirigeant. En ce sens, il souligne les différences individuelles (également comprises par Platon) selon lesquelles tous et toutes ne sont pas douéEs pareillement ; autrement dit, certaines personnes bénéficient de talents que la majorité n’a pas. Et c’est par le talent reconnu, toujours selon Aristote, que doit se faire d’abord la sélection des meilleures personnes pour la tâche convenue et qui méritent, sur cette base, d’être les mieux outillées (ou de recevoir les meilleurs enseignements), afin de bien orienter leur talent destiné à en faire profiter plus efficacement la majorité. Ce talent qui peut être comparé ici à une qualité supérieure reconnue. Et, bien entendu, l’origine divine apparaît à titre de justification.

La croyance aux dieux et, par ricochet, à la possibilité d’attribuer à des êtres humains des forces ou des capacités qui dépassent celles du commun des mortels a contribué à garnir les légendes et les mythes dans lesquels apparaissaient des demi-dieux ou des héros divins qui, à la base, étaient humains. Dans son Culte des Héros (1888), Thomas Carlyle offre une perspective intéressante de l’évolution de la qualité charismatique des leaders d’autrefois, sans employer le terme, mais en cherchant à caractériser l’héroïsme. Son travail pouvait même augurer le désenchantement de monde de Weber (qu’il nomme à sa manière, tel le « crépuscule des dieux  »), alors que les héros d’origine passant pour des divinités, comme Odin dans la mythologie scandinave, inspiraient selon lui, les qualités exceptionnelles des « Grands Hommes », dont les réalisations ont été immortalisées à l’intérieur de mythes transmis de génération en génération par des chants. Cette tendance à élever des mortels s’est quelque peu transformée dans les grandes religions monothéistes, de façon à en faire des porte-parole de Dieu ou ses messagers. Toujours subsistait cette difficulté à saisir et à nommer correctement ce don de supériorité attribuable à une personne. Carlyle voit ce talent ou ce don non seulement chez les hommes-dieux, les guerriers ou les rois héroïques, mais chez n’importe quelle personne qui se démarque dans sa discipline, à savoir à titre de prophète, de poète, d’écrivainE, de prêtre, de politicienNE, etc., et dont l’engagement au sein de sa population, dans le but de corriger des erreurs de parcours ou des faussetés, expose la vérité qui campe en elle. Son discours reflète l’éloquence et la justesse de ce qui doit être suivi, d’où pourquoi il faudrait, selon Carlyle, lui obéir. Chose certaine, le héros qu’il décrit se compare à un être charismatique.

À vrai dire ce que Carlyle a mis en relief repose sur la grandeur de la « subjectivité » humaine. La raison, qui ne représente qu’un élément de l’intelligence, se voit en quelque sorte reléguée au second plan, puisque la question éthique et morale — voire même religieuse ou plutôt spirituelle — prend le dessus. En ce sens, les Grands Hommes (expression qui inclut aussi les Grandes Femmes) profitent de dons, sont les plus vertueux, dégagent quelque chose d’autre que la froide objectivité. En eux se définissent la bravoure, la rigueur ou émanent un feu ou une lumière clairvoyante, une pitié, un amour, une sympathie. Il y a en eux une profondeur, une sincérité même, justement parce que leurs réalisations souvent grandioses, mémorables, proviennent du cœur. Là prend tout son sens la maxime de Pascal voulant que « le cœur a ses raisons que la raison ne peut comprendre ». Ainsi, les héros dépeints par Carlyle ne le sont toutefois pas tant par leurs actions posées, mais par la façon dont ils mènent, conduisent et sont ; par leur patience et la confiance qu’ils inspirent. Car ils sont en mission, veulent donc mener à terme leurs quêtes transformatrices de la face de leur monde et du monde. Par contre, ils ne cherchent pas à tout prix la violence et la révolution. S’ils en ont toutefois besoin pour redresser les choses, dans ce cas ils s’y verseront, puisque leur but, comme déjà dit, est de corriger l’erreur, la fausseté et le mensonge.

Ces « Grands Hommes  » auraient été envoyés pour partager avec nous leur vision du monde et, par conséquent, nous montrer la réalité ; il s’agit pour eux de garantir un ordre dans le désordre pour le bien-être d’une collectivité. Avec autant de prestance et de volonté, ils devraient s’enorgueillir d’eux-mêmes. Or, habituellement ce n’est pas le cas, puisque ce sont les autres qui les élèvent à la place qu’ils doivent occuper. Souvent leur talent est ignoré d’eux-mêmes. Ils foncent avec cette conviction ou cette foi du cœur, impossible à contenir ou à arrêter. Ils ont une prestance, un prestige, qui ne peut faire autrement que de rappeler le charisme défini plus tôt, renvoyant encore ici à ce don, ce talent, voire cette qualité subjective qui mène une population à prêter attention au héros ou à cet être charismatique, à le vénérer, à lui établir jusqu’à un certain point un culte, duquel peut découler une adoration et un fanatisme.

En définitive, la chronologie du héros, passant de dieu, à l’homme inspiré par dieu, puis à l’homme divinisé offre une prise de vue complémentaire à cette quête de l’Homme Idéal et de sa Cité la Meilleure, telle une utopie ou une espérance qui ne cesse d’habiter la nature humaine, malgré les calculs cherchant souvent à réduire le monde à une machine à corriger.

Le meneur de prestige

Avec la sécularisation des États et la démocratisation des régimes, les héros prennent d’autres formes, au point souvent de les minorer au simple statut de chef ou de meneur. Gustave Le Bon (1895, p. 3) y voyait d’ailleurs le moment où «  [l]e droit divin des foules va remplacer le droit divin des rois  ». À ce titre, les futurs chefs (aussi futures cheffes), souvent meneurs (ou meneuses) au départ et par la suite, doivent s’attirer les faveurs de ces foules, pas toujours rationnelles. Le héros qui peut alors y émerger nous rappelle les propos de Carlyle sur la légende et le mythe, puisque ces discours participent à son ascension même dans une société désenchantée. D’ailleurs, comme le disait Le Bon (1895, p. 36), l’imagination est plus forte que la raison pour solliciter les foules, dans la mesure où ce n’est pas le quotidien banal des héros qui captive les gens, bien plutôt la façon dont « la légende populaire les a fabriqués », parce que «  ce sont les héros légendaires, et pas du tout les héros réels, qui ont impressionné l’âme des foules ». Susciter l’imagination, suggérer des pistes d’orientation qui captiveront les foules, à partir de mots qui excitent et de formules appropriées et répétées, afin de créer un effet de contagion favorisant son adoration et son autorité, le héros de Le Bon — qui a été fabriqué — doit avant tout être un meneur équipé de ces moyens de persuasion, doit donc être instruit pour le devenir, prenant ainsi appui sur les recommandations de Platon, d’Aristote et d’Isocrate notamment qui eux, toutefois, souhaitaient avoir à la tête d’une population le meilleur des meneurs.

Mais où se trouve le don ou le talent chez le meneur de Le Bon ? Pour être en mesure de fasciner et de créer la « foi », cela prend du «  prestige  ». Car le prestige contribue largement à donner «  aux idées propagées par l’affirmation, la répétition et la contagion, une puissance très grande » (Le Bon, 1895, p. 117). Il est décrit comme un « pouvoir mystérieux », « une force irrésistible », une « sorte de domination  » et Le Bon (1895, p. 118) a su ajouter :

« Cette domination paralyse toutes nos facultés critiques et remplit notre âme d’étonnement et de respect. Le sentiment provoqué est inexplicable, comme tous les sentiments, mais il doit être du même ordre que la fascination subie par un sujet magnétisé. Le prestige est le plus puissant ressort de toute domination. Les dieux, les rois et les femmes n’auraient jamais régné sans lui  ».

Le médecin et sociologue français divisa ensuite le prestige entre une forme acquise ou artificielle, attribuée surtout à l’hérédité, la fortune ou la réputation, et une autre plus personnelle, faisant ou non le pont avec la première, mais qui se veut surtout indépendante « de tout titre, de toute autorité, que possèdent un petit nombre de personnes, et qui leur permet d’exercer une fascination véritablement magnétique sur ceux qui les entendent […]  » (Le Bon, 1895, p. 120). Et ce héros par le prestige n’a pas besoin d’être glorifié par la guerre et ses victoires, simplement d’être considéré tel en vertu de son don particulier.

À la lumière de ces descriptions données par Le Bon, ne voyons-nous pas se dessiner ici le portrait de l’être charismatique ?

Du prestige au surhumain finalement charismatique

Certes, on semble y voir le surhumain professé par Friedrich Nietzsche, qui toutefois n’a jamais été annoncé comme un héros, dans la mesure où le philosophe ne lui attribuait pas cette relation nécessaire entre le Grand Homme et une population admirative. Autrement dit, ce spécimen ne cherche pas nécessairement à devenir un meneur de foule ou un chef, mais à exprimer son existence de façon différente du commun, c’est-à-dire par « volonté de puissance  » (Nietzsche, 2002). Il s’agit donc d’un être qui a été en mesure de se soustraire des illusions et faussetés du monde, qui ne veut pas dominer, qui ne désire pas le pouvoir, bien plutôt la maîtrise de soi qui délivre du manque. Sans être identifié au héros, le surhumain de Nietzsche possède néanmoins quelque chose du héros de Carlyle, puisqu’en lui se manifeste ce don de vision, cette parole de vérité. Un tel humain sera donc rapidement aperçu et écouté, sans vouloir signifier le renoncement à un engagement social ou à une carrière politique, comme on semble le prétendre.

C’est en ce sens d’ailleurs que Weber a développé la notion de charisme, en reprenant plusieurs éléments décrits par les précédents auteurs cités, dont encore celle allusion à un don divin à défaut de l’appeler un don charismatique. Par contre, Weber l’appliquait davantage au domaine politique pour ses besoins, en y accordant une légitimité de domination, qui rappelle bien la puissante domination exercée par le prestige de Le Bon, mais cette fois-ci concentrée dans les relations avec l’État et le gouvernement. Cette domination charismatique suggère l’obéissance d’une population à l’endroit de la personne qui bénéficie de cette qualité, justifiée à nouveau sur le « caractère sacré », la « vertu héroïque » ou la « valeur exemplaire » qu’on lui attribue (Weber, 1995[1922], p. 289). Reconnue comme étant le chef (ou la cheffe), cette personne jouit alors d’une admiration par laquelle la foule exprimera tout autant sa loyauté à son égard, faisant même un devoir de la respecter tant et aussi longtemps que durera son charisme magnétique. Le sociologue allemand reconnaissait cet attribut chez les chefs de tribu ou en lien avec les héros du passé décrits par Carlyle, supposant alors un affaiblissement de la domination charismatique dans les États modernes. Or, ce n’est pas le cas totalement, puisque la relation entre le Grand Homme et sa population demeure subjective, ce qui signifie son omniprésence dans les États actuels en se mélangeant avec les autres formes de domination (traditionnelle et légale-rationnelle). Ainsi, le charisme persiste malgré le désenchantement du monde ou le crépuscule des dieux, d’ailleurs reprit par Nietzsche de façon péremptoire en parlant directement de la « mort de Dieu  ». Néanmoins, cela n’empêche en rien la tendance à élever une personne charismatique, alors que les allusions au divin ou au sacré servent, à tout le moins, à rappeler comment le charisme était interprété auparavant ; une façon de le décrire aussi qui continue d’être utilisée pour parler de la vedette ou de la star.

La star-produit-divin qui déclasse la politique

Ainsi, ce qui a été interprété comme un prestige personnel par Le Bon s’expose en charisme chez Weber. En revanche, le désenchantement du monde ou le crépuscule des dieux se sont aussi répercutés sur l’État et la politique, au point où le héros de Carlyle, le meneur de Le Bon et le surhumain de Nietzsche ont été commercialisés sous la forme de la vedette ou plutôt de la star, selon Edgar Morin (1972). L’affection, l’admiration, la vénération, par le pouvoir des écrans, ont permis l’apparition de nouveaux héros (et héroïnes), dont les suggestions incitent les foules à s’y identifier et à consommer souvent comme le feraient les stars. Autrement dit, ce Grand Personnage des écrans, autant acteurTRICE, animateurTRICE, chanteurEUSE que sportifIVE — et ajoutons désormais influenceurEUSE —, a donc pris le relai des leaders et des meneurs politiques d’autrefois, qui soudainement « désenchantés » revêtent plus souvent qu’autrement le pragmatisme de l’État économique. Les nouvelles divinités et idoles s’inscrivent alors dans les lois du marché ; la bonne nouvelle étant transmise à partir de messages communiqués par les stars et donc le système qui souvent les a créées.

En définitive, le politicien ou la politicienne n’a plus besoin de charisme, mais d’être pragmatique et, à la rigueur, populiste en répétant les idées à la mode ou celles qui savent exciter les craintes ou les préoccupations de la population ou encore d’être à la remorque des idées de son chef ou de sa cheffe ou de son parti politique.

Intermède pragmatique au réenchantement de l’État et de la politique

En considérant tous les efforts consacrés à l’organisation de l’État, une prise de conscience amène à y voir davantage que la seule force des lois ; une population ressent encore de nos jours le besoin de suivre une voie qui s’incarne dans une voix qui saura résonner en elle. À ce titre, le sentiment d’être de moins en moins interpellé par les représentantEs politiques accroît en conséquence la méfiance et la perte d’intérêt envers les questions de cet ordre, pour finalement défier l’autorité ou choisir de suivre d’autres meneurEUSEs, sinon d’agir soi-même pour son milieu, indépendamment des affinités politiques. L’effritement de l’intérêt politique, augurant peut-être jusqu’à un certain point le « crépuscule des politicienNEs », laisse certainement entendre un affaiblissement en cours de l’État. De là peut être exposée cette comparaison entre la sécularisation de l’État, qui l’a fait gagner sur la religion, et la sécularisation de lui-même, exigeant alors l’usage d’un autre terme, tel que sa « détotalisation  », afin d’augurer l’avènement de la Société… Or, bien que le chef ou la cheffe charismatique ait bien servi au règne de l’État, la difficulté à en trouver un ou une présage un changement de régime. Avant d’entrevoir donc la vraie sortie de l’État, d’après sa désignation du passé, il faudra vivre l’apogée de son Économie Politique, provoquant la fin de sa transformation en l’Entreprise de la Nation et l’avènement d’une totale domination légale-rationnelle 2.0, favorable à l’élection de leaders calculateurs et pragmatiques. Cet intermède risque d’éloigner le moment où la Société différemment gouvernée prendra place.

Pour l’instant et encore, le calcul rationnel donne l’heure juste sur les revenus et les dépenses budgétaires. Les leaders pragmatiques procèdent d’ailleurs de façon à rendre leur vision d’avenir capitalisable, justifiant ainsi, par leurs calculs soi-disant précis, les investissements à entreprendre en vue d’un enrichissement individuel et collectif présenté comme patent, du moins sur les écrans et les tableaux. En revanche, ce pragmatisme avant tout économique fait passer les chiffres et donc l’argent avant les gens. Une vision d’avenir basée sur une planification financière annonce, dès le départ, que ladite planification aussi réussite soit-elle ne se réalisera pas. Pourquoi ? Parce que nous ne pouvons tout prévoir avec des chiffres. Plus important encore, ce ne sont plus les leaders politiques à qui l’on accorde un pouvoir charismatique, mais aux chiffres dévoilés. Ainsi, les programmes électoraux deviennent tout simplement des produits achetables ; l’électorat choisissant leurs représentantEs en fonction des chiffres, voire des montants d’argent investis dans différentes catégories de services et de secteurs d’activités qui semblent mieux correspondre à leurs préférences : un endettement plus élevé pour améliorer les infrastructures ou plutôt une réduction de la dette, des investissements dans les oléoducs ou en santé, des dépenses supplémentaires en défense ou dans le but d’assurer la transition énergétique, ainsi de suite, ainsi de suite.

Sous le régime du pragmatisme économique, le leadership repose sur le programme jugé le meilleur (ou le moins pire), donc sur la confiance en une compétence mathématique qui se veut tributaire de l’avenir de la nation. Sur cette base, pouvons-nous vraisemblablement suivre cette voix du 1, 2, 3… en pensant résoudre nos problèmes sociétaux, dont les coûts ne font que croître souvent à un rythme surpassant la croissance économique qui, avouons-le, représente notre seul but d’avenir ? Une réponse catégorique à cette question serait illusoire ; mieux vaut en imaginer quelques-unes variant d’une personne à l’autre. Car l’interpénétration de l’État avec l’économie et la science « dure » convainc de nombreux fidèles à ce pouvoir objectif des chiffres. En revanche, si cette domination pragmatique s’avère à ce point providentielle, pourquoi n’atteignons-nous pas l’idéal tant vanté de l’équité dans la redistribution de la richesse ? Par un étrange paradoxe, on attribuera la faute à l’humain et non au régime des chiffres ; réapparaît alors ici Aristote qui soulignait les inégalités en termes de talents qui avantagent certaines personnes seulement. Que peut faire l’État ? Disons soutenir du mieux de ses capacités, sans trop faire souffrir les échanges commerciaux, la production et toutes les activités jugées productives pour le bien du Trésor commun. Or, il n’y pas que le talent qui entre en ligne de compte, puisqu’il faut savoir aussi comprendre les règles du jeu de l’enrichissement. L’État actuel s’est construit sur ceux du passé, avec leurs forces et leurs faiblesses ; parmi les dernières, l’erreur derrière les lois numériques comme l’a soulignée Nietzsche[1]. Entre dirigeantEs et dirigéEs, le fossé qui les sépare reste immuable, à défaut de connaître mieux. Voilà que désormais la démocratisation du pragmatisme économique favoriserait une mobilité sociale, au sein toutefois d’une structure demeurée pyramidale qui assure le tri nécessaire afin de maintenir l’ordre des choses ; car les dirigeantEs doivent toujours être moins nombreuxEUSES que les dirigéEs, dans la mesure où il faut considérer le marché du travail avec chaque pion placé à la bonne case. À nouveau ici, pouvoir, argent et structure prennent les devants sur l’humain et son environnement. Le renversement nécessaire, pour sortir de l’intermède de l’Entreprise de la Nation dominée de plus en plus par des leaders adeptes du pragmatisme économique, exigerait peut-être l’avènement d’une nouvelle légitimité charismatique faisant passer l’Humain et la Nature en avant-plan, pour ainsi entendre une voix qui résonne avec les espérances de voir un jour une Société véritablement prospère[2].

Résistance du populisme

Or, les leaders charismatiques des régimes totalitaires du XXe siècle demeurent dans l’imaginaire, autant à titre de préoccupation que d’admiration. Cette double réaction contribue à faire en sorte de tenir à l’écart de la politique certaines personnes au don particulier ou, à l’inverse, d’en pousser d’autres — armées des outils pour convaincre les foules — à vouloir s’imposer comme le chef ou la cheffe désiréE. Or, les leaders charismatiques positifs présentent une vision d’avenir qui détonne avec celle en place, même si souvent perçue comme subversive. On s’apercevra rapidement de leurs intentions généreuses, puisqu’elles ne visent pas leur élévation au pouvoir, mais la réalisation de leur mission dédiée au bien-être commun. Voilà une différence notable en comparaison aux leaders charismatiques négatifs qui useront d’ailleurs d’un vocabulaire populiste et, une fois au pouvoir, exposeront leur caractère tyrannique. À noter également la façon dont ces individus bourrés de faussetés chercheront à gagner les foules, c’est-à-dire souvent en excitant les craintes des gens et en identifiant un âge d’or passé et presque sans défaut. Les formules ou slogans employés sont révélateurs en ce sens. Mais que cherchent à faire ces individus qui, bien que jugés charismatiques, demeurent des charlatans et faussent alors leur sincérité, en voulant minorer ici l’explication facile d’une satisfaction de leurs intérêts personnels ? La réponse simple se résume à leur désir du maintien de l’État, de cet ordre grâce auquel ils peuvent assouvir leurs besoins de pouvoir et de domination. Ce qui représente l’opposé de la démarche effectuée par les leaders charismatiques positifs, dont les efforts sont consacrés à redresser l’erreur, comme a dit Carlyle, à reconnaître les bons coups du passé, mais à viser un progrès ou un essor qui doit permettre à une population d’atteindre un niveau supérieur. Ainsi, ces Grands Hommes regardent de leur œil éclairé l’horizon, au point d’y discerner une destinée difficilement concevable pour le commun des mortels et qui peut, à la rigueur, faire peur. Leur regard est porté vers le présent et l’avenir, non pas vers le passé ou l’allusion à un soi-disant ancien âge d’or qui, d’ailleurs, ne pourra jamais revenir.

En bref, l’évocation populiste expose la résistance au maintien de l’État tel que connu, au point de préférer la voie pragmatique — qui assure des richesses — au lieu de viser une évolution qui ne peut apparaître sans une volonté, osons dire, providentielle, visionnaire et sincère, de l’ordre d’un meneur ou d’une meneuse charismatique. Parce que le changement passe toujours par de grands personnages qui insufflent l’inspiration, au point de se répandre sur une population, avivant ainsi des forces endormies. C’est la chaleur de la subjectivité humaine qui rend la chose possible, non la froide objectivité qui peut seulement en mesurer l’ampleur.

Conclusion

Que voyons-nous, lorsque nous regardons un grand personnage ou une personne charismatique ? Au-delà de l’image captée, il y a plus ; cette seule image transcende, suggère, inspire… Nous sommes conscientEs d’être face à une présence différente de n’importe quelle autre. Platon et Aristote cherchaient à en créer une, en éduquant un être talentueux aux vertus de l’âme et du corps, afin qu’il devienne le leader idéal. Mais ce don divin, ou ce talent, ne s’acquiert point. Carlyle y voyait la donne explicative de son Culte des Héros, mélangeant même le Grand Homme au Héros, malgré leurs distinctions, parce que ce qui les unit assurément se résume à leur qualité subjective extraordinaire, à savoir cette propriété transcendante baptisée par Le Bon de prestige personnel. Nous nous approchons ainsi du surhumain de Nietzsche, qui s’évade des faussetés pour voir la réalité et combler ses attentes autrefois insatisfaites. Mais le terme servant à tout résumer reste encore dissimulé. Weber le mit à la lumière, corrigeant le prestige de Le Bon et parlant alors du charisme, à savoir effectivement ce don particulier, voire cette façon de faire de la douceur une arme de conviction, de transformer un feu visionnaire en une incarnation capable de la rendre concrète en soulevant les foules. À première vue, le personnage politique devrait être de nos jours celui le plus en vue avec cette importante qualité. Or, la vedette ou la star des écrans a pris le dessus. Et ce constat n’est pas surprenant.

L’objectivation de la subjectivité a contribué à faire du charisme un objet à marchander. Il ne s’agit plus de personnes authentiques, mais de stars fabriquées ou de programmes électoraux à vendre. Le Grand Homme du passé, capable de transformer les sociétés, semble ne plus exister ou avoir été contraint d’abandonner la sphère politique. S’il y en a un quelque part, souvent on s’apercevra de son charlatanisme ou de son populisme, alors que le charisme qu’on lui attribuait peut-être masquait ses intentions tyranniques ou absolutistes. Bien qu’Aristote reconnût l’impossibilité d’enseigner les talents, ce qu’il semblait dire au bout du compte, et qui peut aider le Grand Homme ou le Héros, se réduit à apprendre à bien communiquer son message au monde. Ce facteur communicationnel devient essentiel pour garantir le succès de sa mission ; ce facteur d’ailleurs qui ressort chez Carlyle, si nous tenons compte des exemples qu’il a choisis où se constatent les difficultés immenses vécues par plusieurs héros, avec la pauvreté et la misère endurées, la persécution subie et souvent la nécessité de l’exil. Car leur message trouble l’ordre établi, un ordre jugé en effet par le héros comme étant dans l’erreur, afin de proposer des changements que les petits gens, y compris les dirigeantEs, ont de la difficulté à saisir dans leurs tenants et aboutissants. Cela s’explique : ces personnes ne possèdent pas ce talent ou ce don de vision du héros, son aptitude à porter un jugement à ce point éclairé, à voir la réalité telle qu’elle est, et de projeter une solution de redressement (une réforme) pour le présent et l’avenir. Et voilà pourquoi les Grands Hommes sont souvent reconnus seulement après leur mort, sinon plusieurs décennies plus tard, malheureusement. Quel paradoxe de l’Histoire !

Il n’empêche que l’intuition de Carlyle se révèle en elle-même réformatrice, surtout pour l’époque dans laquelle nous nous trouvons, époque vantant l’objectivité avec son culte de la raison et du scepticisme. On y retrouve même les bases à la fois du désenchantement du monde de Weber, lorsqu’il parle du crépuscule des dieux, de son facteur persistant et du réenchantement dans la mesure où l’humain demeure avant tout un être subjectif. Pour aspirer à la détotalisation de l’État et surpasser le pragmatisme économique destructeur de notre planète, alors qu’au contraire ces calculs devraient plutôt nous permettre de préserver le plus longtemps possible nos ressources, une lueur d’espoir demeure. À son époque, Carlyle dénonçait la périclité du Culte des Héros, alors qu’il y en a eu d’autres qui se sont levés plus tard. Par ailleurs, ce qui donne du poids à son espérance — qui peut être aussi la nôtre — prend appui sur la réponse qu’il donne à notre question posée comme suit : la loyauté, l’adoration et la vénération dans et de la personne humaine… s’effritent-elles ? Et il a affirmé : «  Que l’homme, en quelque sens ou autre, adore les Héros ; que nous, que nous tous, nous révérions et qu’il faille que nous révérions toujours les Grands Hommes : ceci est, pour moi, le roc vivant parmi tous les écroulements possibles ; le seul point fixe dans l’histoire révolutionnaire moderne, autrement pour ainsi dire sans fond et sans bords », en plus d’ajouter : «  Le Culte des Héros jamais ne meurt, ni ne peut mourir. La Loyauté et la Souveraineté sont éternelles dans le monde : — et il y a de ceci en elles, qu’elles sont fondées non sur des garnitures et des semblants, mais aussi des réalités et des sincérités » (Carlyle, 1888, pp. 25-26 et 201). Autrement dit, parce que l’être humain est un être subjectif, il jouira toujours de la chance d’hériter du charisme par lequel il s’élèvera en chef capable de transformer le monde.

Guylain Bernier

Yvan Perrier

3 décembre 2025

11h45

Notes

[1] Nous pouvons voir dans le charisme des chiffres une fausseté grossière. Nietzsche (1988[1878], p. 46) nous a éclairé sur ce point :

« L’invention des lois numériques s’est faite à partir de l’erreur qui régna dès les origines, savoir qu’il existerait plusieurs choses identiques (mais en fait il n’y a rien d’identique), que du moins il existerait des choses (mais il n’existe pas de ‘‘chose’’). Admettre une pluralité, c’est toujours postuler qu’il y a quelque chose qui se présente plusieurs fois : mais c’est là justement que l’erreur est déjà maîtresse, là que nous feignons entités et unités qui n’existent pas. — Nos perceptions de l’espace et du temps sont fausses parce qu’elles conduisent par un examen conséquent à des contradictions logiques. Toujours, dans toutes nos formules scientifiques, nous faisons inévitablement entrer quelques grandes fausse[té]s en ligne de compte ; mais ces grandeurs étant du moins constantes, comme par exemple notre perception de l’espace et du temps, les résultats de la science en reçoivent malgré tout une exactitude et une certitude parfaites dans leur enchaînement entre eux ; on peut continuer à bâtir sur eux — jusqu’à ce terme ultime où l’erreur du postulat fondamental, où ces fautes constantes entrent en contradiction avec les résultats […]  ».

[2] La prospérité représente ici une réussite qui dépasse l’idée de la seule richesse économique, afin de considérer le développement humain sur tous ses plans, d’assurer la satisfaction des besoins sans hypothéquer l’avenir, d’éviter donc la surabondance inutile et de consentir à l’harmonie humaine en respect des règles de la nature.

Références

Aristote. (1881). La Politique. Traduction française de Thurot. Nouvelle édition revue par A. Bastien et précédée d’une introduction par Ed. Laboulaye. Paris, France : Garnier Frères, Libraires-éditeurs.

Carlyle, T. (1888). Les Héros. Le culte des héros et l’héroïque dans l’histoire. Traduction et introduction par J. B. J. Izoulet-Loubatières. Paris, France : Armand Colin et Cie, Éditeurs.

Ellul, J. (2025). CHARISMATIQUE Pouvoir. Dans Encyclopaedia Universalis. Repéré à

https://www.universalis.fr/encyclopedie/pouvoir-charismatique/

Le Bon, G. (1895). Psychologie des foules. Paris, France : Ancienne Librairie Germer Baillière et Cie, Félix Alcan, Éditeur.

Morin, E. (1972). Les stars. Paris, France : Seuil.

Nietzsche, F. (1988[1878]). Humain, trop humain. Un livre pour esprits libres (Tome I). France, Paris : Gallimard.

Nietzsche. (2002). Dans Françoise Kinot (Dir.), Philosophie de l’existence. Nietzsche. Freud. Bergson (pp. 11-282). Paris, France : France Loisirs.

Platon. (1993). La République. Du régime politique. Paris, France : Gallimard.

Weber, M. (1995[1922]). Les catégories de la sociologie. Dans Économie et société (Tome I). Paris, France : Plon/Pocket.

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Yvan Perrier

Yvan Perrier est professeur de science politique depuis 1979. Il détient une maîtrise en science politique de l’Université Laval (Québec), un diplôme d’études approfondies (DEA) en sociologie politique de l’École des hautes études en sciences sociales (Paris) et un doctorat (Ph. D.) en science politique de l’Université du Québec à Montréal. Il est professeur au département des Sciences sociales du Cégep du Vieux Montréal (depuis 1990). Il a été chargé de cours en Relations industrielles à l’Université du Québec en Outaouais (de 2008 à 2016). Il a également été chercheur-associé au Centre de recherche en droit public à l’Université de Montréal.
Il est l’auteur de textes portant sur les sujets suivants : la question des jeunes ; la méthodologie du travail intellectuel et les méthodes de recherche en sciences sociales ; les Codes d’éthique dans les établissements de santé et de services sociaux ; la laïcité et la constitution canadienne ; les rapports collectifs de travail dans les secteurs public et parapublic au Québec ; l’État ; l’effectivité du droit et l’État de droit ; la constitutionnalisation de la liberté d’association ; l’historiographie ; la société moderne et finalement les arts (les arts visuels, le cinéma et la littérature).
Vous pouvez m’écrire à l’adresse suivante : yvan_perrier@hotmail.com

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