Édition du 21 juin 2022

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Le mouvement des femmes dans le monde

Fusillades de masse aux États-Unis : questionner le virilisme

Plusieurs centaines de fusillades de masse se produisent chaque année aux États-Unis. En 2021, il y en a eu près de 700, soit quasiment deux par jour. Celles à motivation ouvertement raciste, ou touchant des institutions scolaires sont particulièrement médiatisées. Les massacres de l’école Sandy Hook, à Newtown en 2012, et du lycée de Parkland, en Floride en 2018, et plus récemment celui de l’école d’Uvalde au Texas et celui survenu dans un supermarché au sein d’un quartier noir de Buffalo, dans l’État de New York, ont beaucoup choqué.

Tiré de Entre les lignes et les mots

Le Congrès fédéral américain n’a toujours pas voté de loi significative pour restreindre le libre port d’armes et notamment interdire les fusils d’assaut. Si plusieurs États fédérés ont durci ou envisagent de durcir leur propre législation, d’autres, aux mains des républicains, ne changeront rien. Vingt millions d’armes à feu ont été vendues aux États-Unis en 2021, après l’année record de 2020 avec près de vingt-trois millions. Un business florissant.

Une majorité d’Américaines et d’Américains soutient cependant des mesures plus restrictives, comme les « background checks » (contrôles des antécédents judiciaires ou psychiatriques des acheteurs potentiels), ou des dispositifs de « red flags » (drapeaux rouges) permettant aux proches de signaler aux autorités la dangerosité d’un individu afin qu’il se voie retirer les armes à feu en sa possession. Du côté des pro-armes, les mêmes mots reviennent pour qualifier les tueurs : « malade mental », « individu isolé », « fanatique de jeux vidéo », « le diable », or « on ne peut pas légiférer contre le Mal ». Il s’agit, en d’autres termes, de dépolitiser un sujet dont ils n’ignorent pas la dimension hautement politique.

Plus de 90% des fusillades de masse dans le pays sont perpétrées par des hommes. Si c’étaient des femmes, le débat public questionnerait l’enjeu de genre mais ce n’est pas le cas, comme si cette violence masculine était normale. Les tueurs de masse ont très souvent un passif de violence conjugale ou familiale. Ils font montre, dans des lettres ou des messages laissés sur Internet, d’une frustration et d’une colère qui n’ont trouvé à s’exprimer que dans les coups et les meurtres. La masculinité toxique n’est pas une spécificité des États-Unis mais elle y est indissociable de la très grande disponibilité des pistolets et fusils, au cœur d’une guerre culturelle imposée par une droite, pour une pas dire une extrême droite nostalgique d’un âge d’or mythifié de l’Amérique, galvanisée par les années Trump et fétichiste des armes àfeu.

L’« auto-défense » contre des « ennemis » fantasmés et qu’il faut contrôler, et la volonté de revanche contre une société dont les normes traditionnelles s’effritent et qui est donc perçue comme insécure figurent toujours parmi les motivations des tueurs de masse. De leur côté, les pouvoirs publics, pour prendre ces sujets à bras le corps, gagneraient à s’appuyer sur les travaux des sciences sociales qui ont bien identifié la dimension fortement genrée de cette violence.

Marie-Cecile Naves

https://blogs.mediapart.fr/marie-cecile-naves/blog/100622/fusillades-de-masse-aux-etats-unis-questionner-le-virilisme

Marie-Cecile Naves

Docteure en Science politique de l’université Paris-Dauphine (2005), Marie-Cécile Naves a également effectué un post-doctorat en Sciences de l’Information et de la Communication à la Fondation Maison des Sciences de l’Homme (Paris) (2008).

Spécialiste des Etats-Unis (Trump, droites américaines, politique intérieure, géopolitique, néoconservateurs), des questions de genre, de féminisme et d’égalité femmes-hommes, des politiques d’éducation et de jeunesse, et des enjeux socio-politiques du sport.

Elle est chercheuse associée à l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS), cheffe de projet à la Conférence des Présidents d’Université sur la société apprenante et l’innovation pédagogique, et Vice-Présidente du think tank européen Sport et Citoyenneté.

Elle enseigne à l’université et en business school depuis 1999.

De 2015-2017, elle a été conseillère au cabinet de la ministre de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Najat Vallaud-Belkacem.

De 2010-2015, elle a occupé le poste de responsable de projets à France Stratégie (ex-Commissariat Général au Plan), où elle a co-dirigé et rédigé plusieurs rapports pour l’Elysée ou le gouvernement, dont « Quelle France dans 10 ans ? » pour le Président de la République (2014), « Lutter contre les stéréotypes filles-garçons : un enjeu d’égalité et de mixité dès l’enfance » pour la ministre des Droits des femmes (2014), « Reconnaître, valoriser, encourager l’engagement des jeunes » pour le ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports (2015), « Quelle action publique pour demain ? » pour le sécrétaire d’Etat à la Réforme de l’Etat et à la Simplification (2015)

Depuis 2001, elle participe à des projets européens de recherche-action sous contrat (PCRD, Inter-Rég, Erasmus+), sur la diversité culturelle, la lutte contre les discriminations « raciales » dans l’emploi, les processus de démocratie locale, l’égalité femmes-hommes, l’extrême droite en Europe, les femmes dans le sport.

http://mariececilenaves.com/mcn/biographie/

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