Édition du 12 novembre 2019

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Québec

Immigrer et s'intégrer, pas si simple

Le gouvernement de la CAQ pense permettre une meilleure et plus rapide intégration s’il fait passer un test aux futurs immigrants, aux nouveaux arrivants. Excusez-moi mais quelle belle absurdité ! Les sciences sociales pourraient prouver au gouvernement et à Monsieur Legault les défis d’une intégration, d’une adaptation à un nouveau milieu de vie.

Même si la langue est identique (le français dans ce cas), cela ne présuppose pas une intégration plus rapide. Certes, c’est un plus mais pas un gage de réussite d’intégration. Que recherche alors ce gouvernement avec ce test des valeurs ? Pouvoir se vanter d’avoir respecté ses promesses électorales et ce, même au risque de prendre des décisions absurdes, coûteuses et sans réel impact (sauf d’ajouter des frais probablement aux demandeurs, donc de l’argent dans la caisse étatique).

Immigrer prend du temps, cela nécessite des mois ou même des années pour retrouver ses traces. Avoir sa place dans la société prend une période d’adaptation variable de tout à chacun. Cela dépend de plusieurs facteurs et de la capacité adaptative de chacun. Chaque individu a une capacité adaptative différente mais il finit par devenir membre de la société, de la communauté dans laquelle il vit, réside, respire et agit. Quand nous parlons d’adaptation, beaucoup de spécialistes s’entendent pour dire qu’il se produit en trois étapes : rompre avec le passé, explorer les nouvelles façons d’agir et enfin, commencer les changements. Ces trois étapes vont de pairs avec des émotions vécues, des périodes de doutes, de questionnements, de recherches, de mise en question de la décision initiale et des moments de stagnation dans le processus. Pour toutes ces raisons, nous comprenons alors que le temps est un facteur déterminant.

Laissez-moi alors douter sérieusement des décisions du gouvernement dans la mise en place de ce test. Celui-ci sert essentiellement, selon moi, à faire plaisir à quelques électeurs frileux de l’immigration et des étrangers arrivants au Québec. Quelques-uns espèrent que ces étrangers puissent être éliminé via ces questions. D’autres estiment, comme vu dans les réseaux sociaux, que des hommes arrêteront de battre leurs femmes comme ils font dans leurs pays. C’est d’une absurdité déconcertante et d’une tristesse lamentable.

Mettre en place ce genre de test démontre aussi d’une méconnaissance de ce qui existe déjà aujourd’hui. En effet, étant immigrant, je peux témoigner que le Québec fournit aux demandeurs des documents informatifs sur les valeurs, les principes, la vie au Québec. De plus, nous devons également signer des documents dans lesquels nous attestons souscrire aux principes démocratiques et aux valeurs québécoises. Nous nous engageons également de résider au Québec. Faudrait-il donner des cours sur l’histoire, la culture et la géographie du Québec ? Oui assurément. Cela serait plus efficace et utile que des tests bidons, qui peuvent être refait plusieurs fois et ne garantissant aucunement le partage des valeurs du pays d’accueil. Pourquoi ne pas utiliser les outils actuels pour les moderniser, les modifier si nécessaire au lieu de créer un nouvel outil nécessitant de plus grands besoins financiers ? Est-ce cela être un gouvernement différent et responsable ? Laissez-moi en rire.

Le gouvernement s’amuse et défend des idées sans avoir, je pense, regardé réellement ce qui se faisait déjà. Des mesures devraient être prises concrètement pour que les immigrants se sentent directement partie intégrante de la nation québécoise. L’une de ces mesures serait la reconnaissance des diplômes et l’accès à certaines professions sans devoir travailler bénévolement pendant un ou deux ans, certains psychologue ou médecin sous supervision, afin de prouver sa compétence.

Est-il normal de refuser des médecins Ukrainiens, Français à l’Ordre des Médecins sous prétexte qu’ils devraient donner du temps bénévolement afin de prouver leurs compétences ? Le corps humain est-il différent d’un continent à un autre ? Un Français est-il biologiquement différent d’un Québécois ?

Si le gouvernement désire que les nouveaux arrivants s’intègrent dans la société québécoise, il devrait notamment insister sur la connaissance du français tout en défendant le français dans sa population présente (combien de québécois ne savent pas conjuguer correctement des verbes, combien de professeurs font des erreurs en français alors qu’ils sont sensés instruire nos enfants), il devrait reconnaître les expériences et les qualifications des nouveaux arrivants afin qu’ils puissent exercer dans leurs métiers au lieu de devenir chauffeur de taxi, commis d’épicerie ou effectuer d’autres emplois par dépit et nécessités alimentaires ; il devrait également laisser du temps aux gens de s’adapter et s’intégrer ; il devrait défendre les minorités des attaques racistes, xénophobes et discriminatoires ; il devrait cesser ses campagnes de propagande et angélique du Québec idéal auprès d’aspirants venant de d’autres pays (personnellement, je fus surpris de la différence entre ce qui me fut énoncé en Belgique versus ce que je vis ici au Québec en arrivant, surtout en matière de reconnaissance des diplômes).

Immigrer, s’intégrer et devenir un membre à part entière prend du temps Monsieur Legault. Laissez alors les immigrants avoir un diplôme ouvrant sur un emploi décent et à la mesure des compétences. Luttez contre les entreprises du ’’cheap labor’’ offrant des salaires de misères aux immigrants. Si un immigrant ne se sent pas accueillis pleinement dès le début, le processus s’en trouvera plus périlleux, long et parfois échoué.

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