Édition du 31 janvier 2023

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Asie/Proche-Orient

Iran. « Le point sur des grèves et la dénonciation de l’attaque militaire contre les Kurdes »

Alors que nous entrons dans la 11e semaine de manifestations à l’échelle nationale en Iran, des rapports font état de grèves dans un certain nombre de centres de production, y compris dans des industries importantes, comme les usines de la firme Esfahan Steel [située à Ispahan, ville historique au centre de l’Iran].

Tiré de A l’Encontre
1 décembre 2022

Par Yassamine Mather

Manifestation revendicative de travailleurs

Selon le Syndicat libre des travailleurs iraniens, les travailleurs de l’usine Zob Ahan Esfahan Steel se sont mis en grève le 27 novembre, pour protester contre le fait que l’entreprise n’a pas tenu ses promesses antérieures. Le conflit précédent portait sur les bas salaires, qui, selon les travailleurs de l’usine, sont « inférieurs à ceux des autres entreprises sidérurgiques en Iran ». Ils réclament des augmentations de salaire substantielles.

Des informations ont également fait état d’une grève des travailleurs de l’entreprise d’électroménager Pars Khazar dans la zone industrielle d’Alborz, à Alvand [province de Qazvin]. Dans une courte vidéo publiée sur les médias sociaux, les travailleurs scandent : « Hurlez, travailleurs, hurlez pour vos droits ! »

Les travailleurs de l’entreprise Sarma Afarin, dans la cité industrielle d’Alborz à Qazvin, sont également en grève. L’entreprise produit des systèmes de chauffage et de climatisation, notamment des réfrigérateurs à compression. Et les travailleurs de l’entreprise automobile Mortab ont cessé le travail il y a neuf mois après le non-paiement de leurs salaires.

Bien sûr, en Iran, les protestations des travailleurs sont souvent réprimées et elles deviennent presque immédiatement politiques. En fait, il ressort clairement des slogans des travailleurs que leurs revendications vont au-delà des salaires et incluent des questions sociales plus générales. Dans la ville industrielle d’Ispahan, nous avons constaté un certain niveau de coordination entre les grèves des travailleurs et les protestations sur les campus universitaires et dans les rues. Toutefois, nous devons noter que cette coordination est rare.

Cependant, trois collectifs – les travailleurs de la canne à sucre de Haft Tappeh [province du Khouzistan ], le Comité de coordination pour la création d’organisations de travailleurs et le Syndicat des salarié·e·s retraités – ont publié une déclaration commune soutenant le « peuple opprimé du Kurdistan » [qui subit une attaque armée massive du pouvoir] et condamnant les meurtres dans les villes kurdes. La déclaration, qui s’adresse au « peuple libre d’Iran », affirme : « Disposer de la liberté dans divers domaines est un droit fondamental, et c’est la revendication de ceux qui se sont engagés dans divers secteurs de lutte au cours des quatre dernières décennies et ont travaillé dur dans cette perspective. » La déclaration note que les dirigeants de la République islamique d’Iran « non seulement n’écoutent pas nos revendications les plus fondamentales, mais ils ont répondu à chaque exigence et revendication par des balles ».

Les trois collectifs exigent également le retrait immédiat de toutes les forces armées répressives du Kurdistan [1], la libération inconditionnelle de tous les prisonniers politiques qui s’y trouvent et la fin des attaques par fusée dans toute la région du Kurdistan. (Article publié sur le site de Weekly Worker, le 1er décembre 2022 ; traduction rédaction A l’Encontre)


[1] Selon David S. Cloud dans le Wall Street Journal du 1er décembre : « Depuis la mi-novembre, les forces de sécurité iraniennes ont utilisé plus amplement des balles réelles pour disperser les manifestations dans les provinces kurdes, a déclaré Amnesty International la semaine dernière. L’organisation de défense des droits de l’homme a déclaré avoir des preuves que 42 personnes ont été tuées au Kurdistan en une seule semaine le mois dernier [novembre]. Le Corps des gardiens de la révolution islamique d’Iran a tiré sur des habitations civiles dans les villes kurdes de Burkan, Javanroud et Sanandaj, selon le groupe de défense des droits des Kurdes iraniens Hengaw… « Les membres des minorités ethniques opprimées en Iran, notamment les Baloutches et les Kurdes, ont été les plus touchés par la répression brutale des forces de sécurité », a déclaré Amnesty. (Réd. A l’Encontre)

Yassamine Mather

Yassamine Mather, militante de longue date contre le régime théocratique d’Iran, est corédactrice de la revue Critique initiée par le marxiste-révolutionnaire d’origine sud-africaine Hillel Ticktin et publiée par Taylor and Francis. Elle est spécialisée dans le domaine de l’informatique (computing) et travaille à ce propos dans le cadre d’Antony College ; elle est associée aux travaux du Middle East Center de l’Université d’Oxford.

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