Édition du 16 juin 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

L’Indépendance, la gouvernance souverainiste et la lutte pour un changement social au Québec

Les attaques dont a fait l’objet Gilles Duceppe dans La Presse l’ont semble-t-il obligé à renoncer à toute possibilité de remplacer Pauline Marois à la direction du PQ. Même s’il n’avait pas formellement annoncé ses intentions le tapis rouge avait déjà commencé à se dérouler pour annoncer son arrivée prochaine.La sortie publique de Bernard Landry dans les médias, juste avant la tenue du Conseil national du PQ, devait s’en prendre aux fondements de la stratégie politique de Pauline Marois afin de favoriser l’entrée en scène de Gilles Duceppe.

Assurés du changement de garde, les deux dirigeants du SPQ libre, Pierre Dubuc et Marc Laviolette se sont aventurés en terrain découvert, en s’en prenant de façon fort maladroite et très méprisante d’ailleurs à Pauline Marois. Mal leur en prit, ils ont aussitôt réintégré les rangs et réaffirmé pour une énième fois leur serment d’allégeance, allant même jusqu’à dire que Daniel Breton était finalement une acquisition de choix pour le PQ alors qu’ils avaient accusé Pauline Marois d’avoir recruté un fédéraliste quelques jours plus tôt.

L’ancien premier ministre Bernard Landry avait quant à lui choisi un terrain plus politique. Sa sortie publique dans les médias, juste avant la tenue du Conseil national du PQ, devait s’en prendre aux fondements de la stratégie politique de Pauline Marois afin de favoriser l’entrée en scène de Gilles Duceppe. Sa lettre étant déjà annoncée, il a probablement jugé inopportun de la retirer.

« Mettre le cap sur l’indépendance » s’en prend, à juste titre, à la gouvernance souverainiste, concept avancé par la direction Marois et adopté lors du congrès de 2006. Selon lui, « On ne peut pas faire comme si on était souverain quand on est une simple province… Une telle doctrine envoie le message que si l’on peut agir en État souverain sans l’être, la souveraineté n’est donc pas indispensable. »

Mais là s’arrête l’essentiel de la réflexion. Quant aux perspectives elles se limitent à un crédo pour l’indépendance. Son texte est visiblement trop centré sur Pauline Marois et ce faisant il omet de faire un bilan d’ensemble. Madame Marois n’a pas inventé la gouvernance souverainiste. Après l’élection de Mulroney, René Lévesque avait lancé l’idée du « beau risque » qui avait amené à la démission de plusieurs figures prestigieuses dont Jacques Parizeau. À cette époque Bernard Landry l’avait qualifié d’aventurier.

Le Bloc Québécois a également été pris dans cette contradiction. Défendre les intérêts du Québec à Ottawa, n’a-t-il pas rendu le fédéralisme plus acceptable aux yeux des québécois ? À certains moments même, par exemple lorsque Pierre Paquette a revendiqué au nom du BQ la présence du Canada au conseil de sécurité des nations unies, on se trouvait en pleine confusion des genres.

Nous sommes donc devant un questionnement beaucoup plus profond que le simple leadership de Pauline Marois. Il est dommage que Gilles Duceppe ait fait l’objet d’un coup bas médiatique parce que cela a coupé court artificiellement à la poursuite d’un débat, si tant est qu’un réel débat aurait pu avoir lieu sur ces questions. Mais il aurait été intéressant de confronter l’affirmation de Bernard Landry selon laquelle nous serions hors d’Afghanistan sous un Québec Indépendant alors que le BQ sous Gilles Duceppe a accepté à deux reprises le prolongement de la mission militaire canadienne.

Quelles perspectives pour un Québec souverain ?

Il ne suffit pas de « …regarder le peuple droit dans les yeux et aller au pas de charge vers cet idéal… » comme le mentionne Bernard Landry.
Il faut définir le contenu du Québec que nous voulons. Il faut permettre à la population d’exprimer ses revendications et d’avancer ses idées. Quel contrôle voulons-nous sur nos richesses naturelles ? Quel type d’exploitation devons-nous développer pour respecter l’environnement ? Comment conserver nos emplois au Québec ? Comment développer et améliorer les services de santé, comment donner un accès égal à l’éducation ? Comment développer un Québec sans pauvreté ? Comment s’assurer que tout le monde ait un logement décent ? Comment transformer nos institutions parlementaires pour qu’elles reflètent véritablement la volonté populaire ?

L’accession à la souveraineté ne pourra se réaliser qu’en mettant en place un processus de consultation populaire qui débouchera sur un référendum. Il faut que la population puisse construire la constitution d’un Québec souverain. Pour y arriver il faut qu’une assemblée constituante soit élue au suffrage universel afin que l’ensemble de la société puisse définir le projet de société de tous ceux et celles qui aspirent à un Québec de justice et d’équité. Par ailleurs, seule la mobilisation populaire pourra surmonter une intrusion anti démocratique de l’establishment fédéral comme celle qui a donné lieu au vol du référendum de 1995.

André Frappier

Militant impliqué dans la solidarité avec le peuple Chilien contre le coup d’état de 1973, son parcours syndical au STTP et à la FTQ durant 35 ans a été marqué par la nécessaire solidarité internationale. Il est impliqué dans la gauche québécoise et canadienne et milite au sein de Québec solidaire depuis sa création. Co-auteur du Printemps des carrés rouges pubié en 2013, il fait partie du comité de rédaction de Presse-toi à gauche et signe une chronique dans la revue Canadian Dimension.

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