Édition du 9 avril 2024

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Le mouvement des femmes dans le monde

L’inégalité entre les femmes et les hommes ; une construction du systeme d’exploitation

Depuis un certain temps, nous sommes témoins d’une guerre, d’une lutte émergente entre la Russie et les États-Unis sur la scène internationale. Cette lutte d’intérêt entraîne des répercussions sur tous les aspects de la vie humaine. Cela nous amène à nous questionner sur la place que le capitalisme patriarcal a accordé aux femmes ainsi qu’à la nature dans leur représentation concrète du monde.


Le régime patriarcal et la domination des femmes

Le patriarcat se réfère à une formation sociale où les hommes détiennent le pouvoir ou tout simplement, il s’agit du pouvoir des hommes (Delphy, 2000, p. 141). Ce terme est aussi employé pour signifier une domination idéologique et culturelle assurée par les institutions sociales. Cette domination s’exerce à deux niveaux : dans un premier temps, sur l’homme et dans un second temps, sur la nature. Voilà comment se tisse le lien entre le patriarcat et le capitalisme : deux modes de réglementation qui engendrent des inégalités sociales pour en tirer profits. Face à ce mode d’exploitation, le féminisme s’en prend au capitalisme aussi bien qu’au patriarcat dont les deux modes d’exploitation sont intimement liés.
Partant de cette réflexion, nous nous demandons : dans quelle mesure le système patriarcal capitaliste risque-t-il d’assujettir la femme ? Est-il juste d’affirmer que l’homme est supérieur à la femme ? Ne sont-ils pas de préférence différents ? Si les deux sont différents, pourquoi soulever la question des inégalités ? Autrement dit, l’inégalité ne serait-elle pas un moyen d’exploiter la femme ? Cette dernière question représente le problème que nous allons traiter dans le cadre de cet article. Pour ce faire, nous allons démontrer d’une part, que le système patriarcal est source d’exploitation et de domination (A), et, d’autre part que même la nature subit cette forme d’inégalité (B).

A) Le système patriarcal et la domination de la femme

Le système patriarcal est un système politico-social qui insiste sur le fait que les mâles sont intrinsèquement dominants, supérieurs à tous ceux qu’il considère faibles, en particulier les femelles, et qu’il leur est comme attribué le droit de dominer, de gouverner les faibles et de maintenir cette domination par le biais de diverses formes de terrorisme psychologique et de violence (LAFF, 2019, p. 1).

Ce système était déjà bel et bien présent dans la religion lorsqu’on soutient l’idée selon laquelle, l’homme serait né pour diriger le monde, tandis que la femme, aurait uniquement pour rôle de l’aider à accomplir sa tâche. Ce qui est inadmissible, car c’est au nom d’une telle idéologie que bon nombre de femmes ont été malmenées, déshonorées et humiliées. Ce système ne vise qu’à les instrumentaliser, les exploiter afin d’en tirer profits.

Le système patriarcal est, en ce sens, le reflet du système capitaliste moderne, traversé par toute forme de domination en vue d’accroître ses profits, mais qui selon le féministe Eaubonne, touche à son stade ultime : « le capitalisme est au dernier stade du patriarcat » (D’Eaubonne, 1960, p. 9). L’auteur continue en ces termes : « Le féminin comme la nature, tout ce qui est autre ou authentiquement masculin, ont été construits par le système mâle comme des catégories inférieures à l’authentique culture masculine » (D’Eaubonne, 1960).
Cette position de l’auteur explique clairement combien l’infériorité de la femme n’est pas naturelle. Elle est plutôt une construction sociale. En d’autres termes, c’est un concept forgé par des acteurs de la socialisation contre lesquels les femmes doivent s’émanciper. Elles doivent combattre ce système de représentation pour conquérir le plein exercice de leurs droits civil, politique et socio-économique. Les femmes seraient-elles donc considérées comme des victimes du capitalisme ?

B) La nature et la femme, toutes deux victimes du système capitaliste

La femme et la nature auraient comme point commun d’être considérées comme des ressources de production au service des systèmes productivistes (D’Eaubonne, 1960, p. 82). Autrement dit, les deux seraient des potentielles victimes du système capitaliste, comme quoi il y aurait un lien étroit, une certaine similitude entre la domination de l’humain par rapport à la nature et celle de l’homme vis-à-vis de la femme. Ainsi, on peut mettre en parallèle l’expérience de l’injustice née des formes d’oppression des hommes envers les femmes et les injustices faites à la nature à travers les actes de destruction et l’exploitation de ces ressources (Jeune, 1960, p. 7). Selon l’auteur, ces deux types de logique de domination ont pour fondement le système patriarcal. En témoigne le lien qui s’établit entre la domination de l’homme et la domination de la nature. C’est la raison pour laquelle les femmes et les écologistes s’inscrivent dans la même lutte. Il faut combattre à tout prix l’injustice, l’exploitation et la domination du système patriarcal. En effet, c’est une exploitation qui se fait sans contrepartie. Plus extrême même que le capitalisme, car celui-ci prend la force de travail en contrepartie d’une rémunération alors que le patriarcat, comme le décrit Guillaumin (1978), s’approprie le corps de la femme, son intégrité physique et morale. Selon l’anthropologue sexiste Helene Nicolas, les femmes sont exploitées à trois niveaux : leur force de travail, leur sexualité et leur fertilité (Nicolas, p. 15). Par conséquent, selon l’auteur, c’est un autre système de réexamen de l’humain (homme et femme) qui doit conduire le féminisme afin de protéger à la fois la nature et la femme. La défense de la nature apparaît donc comme une voie de réaffirmation du refus de la société patriarcale et du renversement de l’ordre établi. Est-ce que cet ordre ne devrait pas être pour le bien de toute action humaine ? Est-ce que l’homme, par son comportement patriarcal ne nuit pas au bien-être de l’humanité ? Les défenseurs du sexisme ne prouveraient-ils pas les conséquences du système patriarcal face à la catastrophe mondiale ? Bref, on peut dire que la domination des femmes n’est pas insignifiante et ne se produit pas du jour au lendemain. Cette domination se construit et se perpétue dans un processus de socialisation qui passe surtout par les institutions sociales. D’abord par l’éducation familiale à la fois avec le rôle différencié de la mère et du père, mais aussi des comportements différenciés des parents selon qu’il s’agit d’une fille ou d’un garçon (Coslin, 2007).

Le travail réservé à la femme que décrit Eaubonne s’inscrit dans une visée politique à travers laquelle, ce travail est dégagé petit à petit et ne dépasse forcément le cadre privé. De ce point de vue, l’homme évolue dans la sphère publique et les femmes dans la sphère privée. Ce rapport doit être interprété dans son sens littéral comme un rapport de production, c’est-à-dire que le travail est conçu comme la question des rapports sociaux entre les sexes (Clair, 2012, p. 18).

Il s’agit de savoir autour de quoi s’organise la domination de l’homme sur la femme. Ce qui fonde une condition commune à l’ensemble des femmes et structure les inégalités entre les sexes dans tous les milieux sociaux.

Par conséquent, le travail dans la vision du capitalisme est le fondement sur lequel repose la domination d’une classe sur une autre. Transposé dans le féminisme, le travail est le défi de la domination des deux sexes. De ce point de vue, il paraît difficile d’appréhender la domination des femmes en dehors du système capitaliste. En somme, la prédominance de la femme est construite et non naturelle.

Auteur Rodney SAINTIL
Master 2 en Droit International & Environnement Comparé/LimogesDoctorant en Droit international / ISTEAH.

Bibliographie

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