Édition du 31 mars 2020

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Québec

La course à la chefferie du PQ, l’arc-en-ciel avant l’orage

La course à la chefferie du PQ amorcée en octobre dernier n’a pas seulement comme particularité de voir un millionnaire contrôlant un empire médiatique et avec un passé des plus antisyndical devenir selon toutes vraisemblances chef de ce parti. Cette campagne porte en même temps le paradoxe « on est aussi un parti de la classe moyenne » comme tente de nous faire avaler Martine Ouellet avec l’appui de quatre dirigeants et dirigeante de la FTQ.

En effet cette course à la chefferie qui se voulait aussi une opération publique, à la fois de gain de popularité et de recrutement n’a pas atteint selon toute vraisemblance ses objectifs. Le PQ qui, dans les sondages, paraissait devancer les Libéraux avec Péladeau tombe maintenant au deuxième rang avec 30%, une baisse de sept points en deux mois. En ce qui concerne le membership, il y avait quelque 50 000 membres en règle en février, en comptant ceux qui n’ont pas renouvelé leur carte d’adhésion depuis moins d’un an, le parti arrivait toutefois à afficher officiellement 76 300 membres [1]. Mais entre la mi-février et la mi-mars à peine plus de 2000 personnes ont joint les rangs portant le total officiel à 52 500. [2]. En 2005, quelque 105 000 personnes avaient exercé leur droit de vote. Le parti comptait alors 140 000 membres.

On comprend alors toute l’importance que peut prendre dans ces circonstances des candidatures comme celles de Martine Ouellet et Alexandre Cloutier avec un discours qui se veut populiste afin de séduire un électorat qui n’adhère pas nécessairement à l’idée de voir Péladeau diriger le PQ, même si cette option est pratiquement inévitable. Ces candidatures représentent certainement une bouée de sauvetage pour les directions syndicales qui ne pourront défendre devant leurs troupes l’adhésion au PQ avec PKP à sa tête.

Mais les lendemains risquent d’être douloureux. En jouant la question des valeurs identitaires lors de la dernière élection, le PQ a provoqué des fractures profondes dans la société québécoise qui ne se résorberont pas de sitôt. Ce faisant, il a enterré toute possibilité de gagner un référendum, à tout le moins sous sa gouverne. Pourtant chacun et chacune y va de son scénario en jouant à qui est le plus souverainiste comme si rien ne s’était passé. À ce chapitre ceux qui voient en Péladeau le sauveur de la souveraineté devront constater qu’il ne fait que reprendre la vielle recette, attendre les conditions gagnantes. Il continuera comme ses prédécesseurEs à gérer la société à la façon néolibérale tout en faisant miroiter la souveraineté. La réflexion concernant la crise politique du PQ s’est donc résumée comme c’est l’habitude, à une course à la direction où les protagonistes ont rivalisé dans les formules de renouveau mais en continuant à appliquer dans les faits les mêmes recettes.

Sur le terrain social, Martine Ouellet joue quant à elle la carte de la candidate qui va défendre les valeurs progressistes et faire que le PQ « redevienne un parti des travailleurs ». Mais ce ne sont pas les visées de ce parti. Durant toutes ses années au pouvoir le PQ a appliqué une politique néolibérale, de coupures dans les services publics et de réductions de salaires. Dans son épisode le plus récent, le budget Marceau avait mis en place les mêmes paramètres de déficit zéro que lors de la période de Lucien Bouchard avec les conséquences de démantèlement des services publics. Plus encore, le PQ s’est prononcé en faveur du projet de libre-échange Canada-Europe qui vient retirer le contrôle souverain du Québec sur bon nombre de ressources dont l’eau et l’industrie des fromages au profit de l’expansion des marchés européens pour le bœuf de l’ouest. Il a accepté le passage du pétrole sale de l’Alberta par voie ferroviaire sur le territoire québécois sans même demander une évaluation du BAPE auquel il avait droit. Malgré tous les dangers pour l’environnement et malgré les études scientifiques il s’est prononcé en faveur de l’exploitation du pétrole de schiste dans l’Ile d’Anticosti et pour le projet hautement dangereux Old Harry dans le golfe du St-Laurent.

Il a également sous le gouvernement Marois reproduit le projet d’exploitation du Plan nord de Jean Charest qui aurait permis aux multinationales de profiter d’investissements de 868 millions de dollars en cinq ans des fonds publics soit seulement 21 millions de moins que le plan Charest , le tout sans création d’emplois à long terme. Le Secrétariat au développement nordique qui a remplacé la Société du Plan Nord des libéraux était piloté par la ministre des ressources naturelles Martine Ouellet. Dans le dossier du secteur minier nous ne sommes pas plus avancés, il n’y a toujours pas de transformation au Québec et les redevances demeurent minimes.

Le projet de ce parti ne correspond en rien aux aspirations des travailleurs et travailleuses et de l’ensemble de la population mais bien celui des grandes sociétés et c’est pour cette raison que PKP y fait son nid.

La structure même de la course à la direction du PQ ne correspond pas à un parti qui se prétend proche de la classe moyenne. Elle est formatée de façon à privilégier les mieux nantis en contradiction même de l’idée de la loi électorale. Il faut d’abord verser un montant de $20 000 non remboursable pour être candidat ou candidate. Il faut bénéficier aussi d’une équipe importante pour réussir à obtenir les 2000 signatures nécessaires au dépôt de la candidature, lesquelles doivent provenir de 9 régions et 50 circonscriptions. Évidemment une campagne qui se déroule sur cinq mois partout au Québec sera plus efficace si on peut disposer du montant maximum permis de $400 000, ce qui n’est certainement pas à la portée de tout le monde mais convient sur mesure à des gens comme PKP.

Pour résoudre la question des inégalités sociales dans une société basée sur le profit où les compagnies financières et les industries possèdent une influence indue et un contrôle économique au-dessus de la population, il est essentiel de soutenir les revendications et les mouvements qui apportent une vision égalitaire de la société et participent à changer le rapport de force. La lutte pour la justice sociale et la souveraineté du Québec ne se fera pas sans créer un rapport de force et sans mobilisation importante. À ce chapitre le Parti québécois a agi comme fossoyeur des aspirations sociales.

À nous la rue, à nous les urnes, soyons solidaires !


[1Le Soleil 18 février 2015

[2Le Devoir 14 mars 2015

André Frappier

Militant impliqué dans la solidarité avec le peuple Chilien contre le coup d’état de 1973, son parcours syndical au STTP et à la FTQ durant 35 ans a été marqué par la nécessaire solidarité internationale. Il est impliqué dans la gauche québécoise et canadienne et milite au sein de Québec solidaire depuis sa création. Co-auteur du Printemps des carrés rouges pubié en 2013, il fait partie du comité de rédaction de Presse-toi à gauche et signe une chronique dans la revue Canadian Dimension.

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