Édition du 14 septembre 2021

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La déclaration du gouvernement Trudeau sur la Palestine : redondante et non pertinente

Montréal, le 18 mai 2021 - Une fois de plus, le gouvernement Trudeau a publié une réponse globale à la violence au Moyen-Orient pleine des contradictions habituelles. La déclaration, qui fait suite à une réunion des membres du Conseil de sécurité de l’ONU, déclare : « Le Canada réitère à quel point il est fondamental de protéger les journalistes et la liberté de la presse. Pierre angulaire de toute société équitable, forte et dynamique, les journalistes et les travailleurs du secteur des médias doivent être libres de faire leur travail sans crainte. »

La déclaration évite soigneusement toute mention au fait qu’Israël a délibérément détruit le bâtiment abritant les bureaux d’Al Jazeera et ceux des journalistes d’Associated Press afin de réduire la couverture du conflit ce qui équivaut à un crime de guerre qui s’ajoute la longue liste des crimes de guerre commis contre le peuple palestinien. Dans ce bâtiment, résidait également une soixantaine de familles palestiniennes qui sont maintenant sans abri et qui ont eu une heure pour ramasser tout ce qu’elles pouvaient emporter avant que le bâtiment ne soit détruit.

De plus, il ne s’agit là que de la dernière attaque d’Israël contre des journalistes couvrant la situation en Palestine occupée. La pratique de tirer sur des journalistes, même lorsque ceux-ci portent des vestes de presse facilement identifiables, a cours depuis des années. Pas moins de 17 journalistes ont été tués par des soldats israéliens et pas une seule fois le gouvernement Trudeau n’a dénoncé cette situation.

Tout en déclarant que : « Le barrage continu et indiscriminé de roquettes tirées par le Hamas et le Djihad islamique palestinien sur Israël contre des civils est totalement inacceptable et doit cesser immédiatement. Les entités étrangères qui soutiennent le Hamas et le Djihad islamique palestinien doivent cesser leur soutien matériel et financier à ces groupes… », la déclaration du gouvernement Trudeau ne fait aucune mention de la provocation de la part de colons juifs fanatiques et de la police israélienne qui ont attaqué des fidèles musulmans pacifiques dans l’enceinte de la mosquée d’Al Aqsa pendant la période du Ramadan. La référence à l’expulsion forcée de familles palestiniennes de leurs maisons dans le quartier de Sheikh Jarrah à Jérusalem-Est n’est que superficielle. Aucune mention des kahanistes juifs fascistes ayant promulgué un pogrom contre les Palestiniens à Jérusalem, y compris des lynchages, en errant dans les rues scandant « Mort aux Arabes ! »

Aucune référence au niveau disproportionné des attaques israéliennes contre Gaza par rapport aux dégâts et aux morts causés par les roquettes du Hamas. Aucune mention des centaines de frappes de l’armée de l’air israélienne contre la population civile de Gaza, qui compte maintenant plusieurs centaines de morts, dont 61 enfants et plus de 1 500 blessés. Le bombardement de Gaza, comme ce fut le cas en 2014, est tout simplement un massacre !

Aucune mention du blocus illégal de Gaza qui dure depuis 14 ans, un crime en soi. Juste la rhétorique politique habituelle basée sur la notion entièrement fausse d’un État palestinien indépendant et viable. Israël a rendu cela impossible il y a des années :

« Le Canada est déterminé à atteindre l’objectif d’une paix globale, juste et durable au Moyen-Orient, y compris la création d’un État palestinien vivant côte à côte dans la paix et la sécurité avec Israël. Nous serons toujours prêts à soutenir les efforts pour une solution à deux États. . ., »

La réalité « inconvenante » de la situation à Gaza, en Cisjordanie et à Jérusalem-Est (où se déroule une vicieuse campagne de nettoyage ethnique) est résumée succinctement dans l’extrait d’un article de The Intercept :

Le gouvernement d’extrême droite de Benjamin Netanyahu, soutenu et armé par les États-Unis est actuellement engagé dans une campagne de punition collective systémique contre le peuple de Gaza. Plus de deux millions d’entre eux sont pris au piège dans un camp de prisonniers en plein air n’ayant nulle part où fuir ou se cacher de cette opération de terre brûlée. Des enfants sont massacrés. Les bâtiments résidentiels civils sont rasés. Pendant ce temps, les milices ethno-nationalistes se déchaînent dans les rues d’Israël et terrorisent leurs voisins arabes dans une campagne d’une violence organisée. Nous devons être clairs : ce qui a déclenché cette horreur immédiate a été l’intensification de la campagne israélienne de nettoyage ethnique contre les Palestiniens à Jérusalem-Est, expulsant de force les gens de leurs maisons pour les remettre à des colons israéliens. La situation incendiaire a ensuite été exacerbée au cours du Ramadan lors du siège des forces israéliennes sur l’un des sites les plus sacrés de l’Islam, la mosquée Al Aqsa à Jérusalem.

Les votes du Canada sur la Palestine-Israël à l’ONU sont prévisibles, systématiques et ancrés en faveur de l’impunité israélienne et contre les droits fondamentaux des Palestiniens. Notons qu’au cours des 18 derniers mois, le gouvernement Trudeau a voté contre 16 résolutions de l’ONU critiquant Israël.

Le 24 novembre 2015, le gouvernement Trudeau a même voté contre la résolution 70/15 de l’Assemblée générale des Nations Unies, qui réaffirmait « l’illégalité des colonies israéliennes dans le territoire palestinien occupé depuis 1967, y compris Jérusalem-Est ». Ce vote allait même à l’encontre de la position officielle du Canada sur les colonies juives illégales.

Le 30 novembre 2018, le Canada s’est joint à une infime minorité d’États, dont Israël, les États-Unis, l’Australie et les Îles Marshall, pour voter « non » contre une résolution de l’Assemblée générale des Nations Unies intitulée « Règlement pacifique sur la question de Palestine ».

Le 6 mai 2021, le gouvernement Trudeau a annoncé qu’il boycottait la commémoration de la 20e année d’une conférence antiraciste des Nations Unies en Afrique du Sud, citant l’héritage de la critique d’Israël. Le porte-parole du gouvernement Trudeau a déclaré ce qui suit :

« Le Canada demeure déterminé, au pays et à l’étranger, y compris à l’ONU, à faire progresser les droits de la personne, l’inclusion et à combattre l’antisémitisme, l’islamophobie et le racisme systémique sous toutes ses formes. Le Canada s’oppose aux initiatives des Nations Unies et d’autres forums multilatéraux qui dénoncent injustement et ciblent Israël pour la critiquer », a déclaré le porte-parole.

C’est la réponse de base, redondante et cynique que donne le gouvernement Trudeau chaque fois qu’il s’agit de critiquer Israël pour ses violations des droits de la personne. Il est ironique que Trudeau et al, qui vantent continuellement l’exceptionnalisme canadien, à propos de sa position contre l’antisémitisme et l’islamophobie, promeuvent activement ces deux maux : d’abord, en soutenant inconditionnellement le régime d’apartheid d’Israël qui détruit les biens palestiniens et le fait au nom de la communauté juive mondiale (un geste particulièrement odieux ), le gouvernement Trudeau contribue à assurer la montée du sentiment anti-juif à l’échelle internationale ; enfin, son échec à condamner les attaques des fanatiques juifs contre les fidèles musulmans à la mosquée Al Aqsa pendant le Ramadan est une preuve flagrante du fait que le gouvernement Trudeau apporte un soutien tacite à l’islamophobie !

Il devrait être suffisamment clair pour tout observateur rationnel que la politique étrangère canadienne concernant le Moyen-Orient est dirigée depuis Washington (et Tel Aviv) et est incontestablement anti-palestinienne. De plus, cela rend le gouvernement du Canada complice des crimes commis par Israël contre les Palestiniens et les Bédouins.

Le fait est que le gouvernement Trudeau, peut-être plus que le précédent gouvernement Harper, est complice des crimes commis par l’État d’Israël contre les Palestiniens et les Bédouins. En vertu du droit international tel qu’amendé par le Statut de Rome qui a créé la Cour pénale internationale, l’apartheid est un crime contre l’humanité. Le Canada est signataire du Statut de Rome.

Il n’y a pas de prescription pour les crimes de guerre ou les crimes contre l’humanité. Donc, des accusations pourraient être portées en temps voulu contre les individus qui ont aidé et encouragé les crimes d’Israël.

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