Édition du 7 décembre 2021

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Canada

La guerre de Harper contre les réfugiés

Jason Kenny, présentement ministre de la défense, a été l’architecte de la politique sur l’immigration du gouvernement conservateur depuis 2007. Il est devenu depuis une « star » du gouvernement (la rumeur veut qu’il succède à Harper éventuellement). Au départ, Kenny a restructuré les politiques d’immigration pour répondre aux besoins économiques des entreprises. Orientée pour recruter de jeunes travailleurs, l’idée était d’offrir aux employeurs la possibilité de sélectionner eux-mêmes les candidats à l’immigration pour choisir les gens « compétents » et « prêts à travailler » au lieu des d’accepter des « fainéants » selon les dires du ministre. Dans le même sens, les conservateurs ont privilégié au début de leur mandat le programme des travailleurs étrangers temporaires au point où en 2013, le nombre de ces travailleurs sous contrat et attachés à des employeurs particuliers dépassait celui des immigrants reçus, encore une fois sous le prétexte de l’efficacité économique et de l’employabilité. Finalement, le gouvernement a du reculé sur cela lorsqu’un scandale a éclaté parce que la Banque Royale embauchait ces travailleurs temporaires en même temps qu’elle licenciait des employés permanents.

Punir et sanctionner

Le gouvernement Harper a cependant continué ses politiques régressives. La politique traditionnelle de réunification familiale a été mise de côté, sous prétexte que cela coûtait trop cher au gouvernement canadien pour les soins de santé, une allégation pourtant démentie par le ministère de la santé de l’Ontario, qui est pourtant responsable dans ce domaine. En 2012, le gouvernement a rayé du revers de la main 250 000 candidats à l’immigration, sans explication sauf celle de dire que cela coûtait trop cher de s’occuper de tous ces dossiers.

La chasse aux réfugiés

Mais c’est sur la question des réfugiés que le gouvernement a réellement montré ses couleurs. D’emblée, le vocabulaire a changé, les demandeurs de statut de réfugiés devenant des « tricheurs » et des « fraudeurs » dans le langage (néo)conservateur. Ajoutant l’insulte à l’injure, le gouvernement a supprimé l’accès aux soins de santé pour les demandeurs de statuts venant de pays « sûrs ». Cette mesure a été plus tard vertement dénoncée par le juge Anna Mactavish de la Cour fédérale supérieure.

Parallèlement une politique carrément discriminatoire a été mise en place contre certains groupes de populations, un peu comme ce qui avait été le cas entre les deux guerres mondiales alors que le Canada refusait des Juifs fuyant le régime nazi. Au lieu des Juifs européens, ce sont les Roms qui sont maintenant visés. Les Roms sont un groupe minoritaire venant des anciens satellites de l’URSS, et qui sont victimes de diverses discriminations et violences. Après la chute du Mur de Berlin, les Roms ont commencé à affluer au Canada (les ressortissants de Tchécoslovaquie et de Hongrie pouvaient alors venir au Canada sans visa). D’abord, le Canada a nié le fait que ces populations fuyaient la persécution. Ensuite, il a imposé de nouvelles règlementations pour permettre la détention et l’expulsion de réfugiés, en dehors du processus établi, ce qui s’est également imposé contre les Mexicains. Désormais, c’est le ministre qui a le pouvoir absolu et arbitraire de désigner la liste des pays desquels on accepte des réfugiés, et donc par le fait même, d’éliminer des Roms et des Mexicains, notamment, soit disant parce que leurs pays d’origine sont « démocratiques ». Les personnes à qui on nie le statut de réfugiés ne peuvent faire appel. Ils peuvent être détenus avant leur expulsion. En fin de compte, les réfugiés sont devenus une sorte de bouc émissaire. Ce sont ceux qui veulent « ruiner le Canada » et qui représentent même une menace à la sécurité. 

[1] Extrait d’un article paru dans Canadian Dimension, « Unwelcome to Canada », vol. 49, no.4 septembre=octobre 2015

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