Édition du 16 juin 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Le gouvernement Marois, un gouvernement minoritaire sous l'influence d'une forte opposition de droite !

Ce qui a surpris dans ces élections, ce n’est pas le fait que le PQ ait remporté la victoire. C’est le caractère poussif de cette victoire. Le Parti québécois obtient 32 % des suffrages soit moins qu’en 2008 où il avait obtenu 35 % des votes et il forme un gouvernement minoritaire avec 54 députéEs. Pauline Marois est la première femme première ministre. C’est le fruit de la longue lutte des femmes du Québec pour l’égalité sur une route où le travail à faire reste encore immense.

À la base de la force du PLQ

Le plus navrant, c’est l’importance des succès du PLQ. Ce dernier a réussi à faire élire 50 députéEs. Il se maintient comme l’opposition officielle avec 4 députéEs de moins que le PQ. La force du thème de la corruption dans cette campagne et l’ampleur historique du combat de la jeunesse québécoise contre le gouvernement Charest, nous laissaient espérer que le PLQ connaîtrait une dégelée de première grandeur. Les sondages indiquant la faiblesse du soutien à ce parti dans les comtés francophones confortaient nos espoirs à cet égard.

Nous avons visiblement surestimé l’importance de sa possible déconfiture. Pourquoi ? La bataille du printemps a moins miné que polarisé la population du Québec entre des secteurs conservateurs qui se sont collés derrière les libéraux et des secteurs de la jeunesse qui aspirent à des transformations importantes de la société québécoise. De plus, la peur du souverainisme est encore très importante. Et Charest n’a pas hésité à jouer sur ces peurs. C’est ainsi que l’ouest de Montréal, la région de Hull et les Cantons de l’Est fournissent l’essentiel des comtés gagnés par le PLQ. Au milieu des affaires, aux personnes âgées et isolées, aux personnes qui craignent tout changement, il a promis la stabilité, la reconduction du même et la prospérité.

La défaite de Jean Charest dans Sherbrooke a été une heureuse surprise. L’importance de la population étudiante dans cette ville a sans doute fait la différence et permis l’élection du péquiste Pierre Cardin. La démission de Jean Charest est un sous-produit de la lutte étudiante du printemps québécois que nous saluons avec satisfaction. Le PLQ n’est pas au bout de ses peines. Il doit maintenant trouver un nouveau chef et les rumeurs de corruption qui circulaient à son sujet pourront sans doute être transformées en faits avérés par les travaux de la commission Charbonneau. Et ce n’est pas son statut d’opposition officielle qui le placera au-dessus de projecteurs qui risquent de montrer l’ampleur des travaux de rénovation et de nettoyage à faire dans ce parti...

La CAQ, collaborer avec la balance du pouvoir en main

La Coalition Avenir Québec a fait élire 19 députéEs et recueilli 27,2% des voix. Elle n’a pas fait la percée attendue. Mais, ce n’est que la distorsion introduite par le système uninominal qui a réduit son avancée. Il n’en demeure pas moins que la CAQ dispose de la balance du pouvoir et que ce parti a promis d’être proactif afin de faire pression sur le Parti québécois pour l’amener à mettre en pratique une partie de sa plate-forme. Legault signalait d’ailleurs en conférence de presse le lendemain de l’élection qu’il était prêt à coopérer avec ses anciens amis du Parti québécois et il soulignait la convergence d’une partie de sa plate-forme avec les propositions du Parti québécois. Avec 19 députéEs la CAQ dispose maintenant d’un statut officiel au parlement avec les fonds qui viennent avec cette reconnaissance institutionnelle.

Un gouvernement minoritaire au coeur d’un approfondissement de la crise mondiale du capitalisme

La campagne électorale a fait peu référence à la situation internationale. L’ignorance de l’impact du renforcement de la crise du capitalisme sur la vie économique et politique du Québec a été générale. Pourtant, l’Europe s’enfonce dans la récession. Les pays émergents, la Chine, en particulier, vivent un ralentissement important de leur croissance. Les États-Unis non seulement ne sont pas sortis des difficultés économiques, mais ce pays va subir de plein fouet l’approfondissement de la crise économique internationale. Le Canada et le Québec n’échapperont pas à la détérioration de la situation. Les politiques d’austérité vont ici comme ailleurs être au centre des propositions avancées à l’oligarchie pour faire payer au peuple le coût de sa crise.

Nous entrons donc dans une période où la majorité populaire subira un approfondissement de l’offensive néolibérale. Le vernis keynésien du Parti québécois s’écaillera donc rapidement. On aura, encore une fois connu, un keynésianisme de campagne électorale. Devant une opposition parlementaire aussi massivement néolibérale, dans un contexte de crise au niveau international, les politiques d’austérité vont revenir rapidement au centre de l’agenda péquiste. Les attaques seront de plus en plus dures. Les mobilisations devront se faire plus amples et être capables d’identifier la réalité des fondements capitalistes de cette crise pour pouvoir assumer une résistance victorieuse.

Un gouvernement péquiste minoritaire, un gouvernement sous influence

Comme gouvernement minoritaire, madame Marois disposera d’une très faible marge de manœuvre. Le PLQ et la CAQ ont rassemblé 58% des voies et 69 députéEs. La priorité donnée à l’équilibre budgétaire et au paiement de la dette va servir de prétexte aux coupures dans les dépenses sociales. L’essentiel de l’opposition au gouvernement va se retrouver dans la rue. La tâche des parlementaires de Québec solidaire sera de relayer cette opposition extraparlementaire à l’Assemblée nationale, de défendre les revendications des mouvements sociaux et particulièrement celles du mouvement étudiant afin de pouvoir donner la réplique aux politiques de droite et aux discours qui servent à les justifier.

Pauline Marois promet aujourd’hui de livrer la marchandise : abrogation de la loi 78, suppression de l’augmentation des frais de scolarité imposée par le gouvernement précédent, indexation des frais de scolarité, abolition de la contribution santé... Sur l’ensemble de ces questions, Québec solidaire a des positions claires. La CAQ cherchera à pousser le gouvernement Marois à accepter certains accommodements, à composer avec ses politiques, à ménager la chèvre et le chou.

Québec solidaire et les mouvements sociaux doivent demander au gouvernement Marois de ne rien céder sur ces questions. Car des concessions à ce niveau risquent d’entraîner le gouvernement vers des reculs successifs sous les coups de boutoir de la CAQ, sans parler des pressions libérales qui tireront le gouvernement, jour après jour, vers l’application de politiques d’austérité.

Ces rapports de force expliquent que malgré le travail important que seront appelés à accomplir les éluEs de Québec solidaire au parlement, l’essentiel de l’opposition se retrouvera dans la rue. Le renforcement de cette opposition extraparlementaire sera une tâche incontournable de Québec solidaire et de ses éluEs.

Bernard Rioux

Militant socialiste depuis le début des années 70, il a été impliqué dans le processus d’unification de la gauche politique. Il a participé à la fondation du Parti de la démocratie socialiste et à celle de l’Union des Forces progressistes. Militant de Québec solidaire, il participe au collectif de Gauche socialiste où il a été longtemps responsable de son site, lagauche.com (maintenant la gauche.ca). Il est un membre fondateur de Presse-toi à gauche.

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