Édition du 18 juin 2019

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Élections américaines

Le grand gagnant : Bernie Sanders, l’unique socialiste au Sénat américain

La politique américaine peut être perçue comme une lutte à deux grands partis représentant chacun des secteurs d’une même oligarchie et un tel portrait est à peu près juste. Toutefois, comme au Québec avec Amir Khadir, un élu américain monte aux barricades pour défendre les intérêts des classes ouvrières et populaires, des femmes et de l’écologie. Il s’agit du sénateur du Vermont Bernie Sanders. Ré-élu avec plus de 70% des voix lors de la soirée électorale d’hier, Sanders incarne ce que la gauche américaine fait de mieux actuellement. Un article du journal The Capital Time nous brosse un portrait du seul socialiste au Sénat américain.

Tiré du journal Capital Time du 7 novembre 20121. Traduction Yves Bergeron.

Le discours des élites politiques et des médias à l’issue des élections américaines de 2012 portait tous sur le rôle de l’argent et de la télévision, des sondages et des personnalités dans la campagne. Les deux grands partis ont porté leurs campagnes sur un nombre restreint de questions, et un ensemble encore plus étroit des solutions néolibérales à la crise que, selon eux les Américains, voulaient entendre comme l’ont démontré Barack Obama et Mitt Romney lors de leur dernier débat. Mais dans le Vermont, l’un des politiciens les plus rafraîchissants et non conventionnels en Amérique a été vers une réélection dans une campagne qui a enfreint toutes les règles.

Une semaine avant l’élection, le sénateur Bernie Sanders du Vermont n’avait pas diffusé de publicité consistant en des attaques personnelles. En fait, il n’avait pas diffusé de publicités télévisées. Il utilisait des phrases complètes, et non des extraits sonores, et il invitait les électeurs et électrices à poser des questions complexes sur des questions controversées - et il répondait avec des propositions audacieuses pour lutter contre le changement climatique, la réforme des soins de santé et d’assurance-maladie pour tous, la réorientation de l’argent de l’État vers des initiatives d’emplois locaux, et l’opposition à la la menace de la ploutocratie de Citizens United, en modifiant la Constitution.

Rejetant le sectarisme de la frénésie pré-électorale, Sanders a été à contre-courant de l’ordre du jour prônant l’austérité de Romney et Paul Ryan, tout en avertissant qu’Obama et les démocrates penchent vers une austérité à peine moins sauvage que les Républicains, un « grand marchandage » qui ferait de la réduction de la dette une priorité plus importante que de sauver la Sécurité sociale, Medicare et Medicaid.

Et Sanders a gagné – et avec une marge énorme. Un sondage mené par le Parti démocrate du Vermont donnait au sénateur indépendant un score de 69% contre 21% pour son rival républicain, un homme d’affaires qui fut élu à quatre reprises dans l’État du Massachusetts et dont l’unique objectif de campagne était de remplacer « le seul socialiste au Sénat américain".

« Je deviens fou avec tous ces démocrates qui me disent que je dois m’adapter aux idées conservatrices pour gagner, vous devez être prudents pour gagner. Ces damnés consultants viennent me dire : « C’est comme ça que vous devez faire campagne », et c’est toujours le même plan : amasser de l’argent, le dépenser dans des publicités à la télévision, ne dites rien qui pourrait offenser quiconque. Et les démocrates appliquent ce plan et puis ils finissent dans des courses serrées, inquiets de savoir s’ils vont l‘emporter », a dit Sanders, qui participe au caucus avec les démocrates au Sénat, mais rarement prend conseil auprès des personnes de Washington. "Je n’arrive pas à comprendre pourquoi les progressistes écoutent les consultants. Pour construire des mouvements, des mobilisations sur les enjeux progressistes, vous devez parler aux gens, éduquer les gens, organiser les gens "

Donc, Sanders a utilisé l’argent ce qu’il a amassé pour sa campagne de réélection et l’a investi dans un dynamique projet de consultation populaire qui a commencé bien avant que les autres candidats aient lancé leurs campagnes de publicités télévisées. L’objectif n’était pas de mousser la popularité du candidat, après plus de 40 ans de défaites puis de victoires électorales, Sanders a visité presque toutes les villes du Vermont. Sanders et son équipe de bénévoles ont frappé à plus de 20 000 portes. Les électeurs et les électrices du Vermont ont été invités à sortir et à passer quelques heures - oui, quelques heures - avec Sanders à leurs mairies. « Nous avons organisé des réunions dans des villes de 300 personnes, et plus de 100 personnes se sont présentées. Elles restent pour la soirée et elles parlent de sauver les bureaux de poste et obtenir des soins dentaires pour les personnes et ramener des troupes d’Afghanistan. "

Sanders se hérisse lorsque des experts qui ne connaissent pas le Vermont rejettent son approche de la campagne comme un cas particulier dans ce qui est souvent décrit comme un bizarre état socialiste qui ne pourrait pas s’appliquer dans le reste du pays. « Il n’y a pas si longtemps, le Vermont était l’un des états les plus républicains dans le pays. Jusqu’il y a deux ans, le gouverneur était un républicain, le lieutenant-gouverneur était républicain. Il s’agit d’un état très rural. Il s’agit d’un état dont certaines régions sont très conservatrices. "

Les sondages donnent Sanders gagnant par de larges marges, même dans les zones où les Démocrates récoltent peu de votes. Pourquoi ? Parce que le sénateur ne gaspille pas d’argent sur des publicités télévisées destinées à effrayer ou à tromper les électeurs ou pour en faire une vedette. Au contraire, il va là où les électeurs vivent. La responsable des médias pour les démocrates Micah Sifry, qui a suivi Sanders au Vermont et couvre sa vie politique depuis des années, se souvient : « La visite des pavillons de chasse pour parler de la protection des ressources naturelles pour l’avenir de la chasse et de la pêche et l’établissement d’un lien avec (les chasseurs) fut l’un des moyens que Sanders a utilisé pour gagner la confiance de la section majoritairement conservatrice de la classe ouvrière, membres de la Northeast Kingdom of Vermont, qui donnent régulièrement à Sanders, un socialiste autoproclamé, son soutien chaleureux. "

Si les démocrates faisaient de même, Sanders affirme qu’il pourrait y avoir de nombreux démocrates parmi les plus progressistes représentant les états ruraux. Il devient furieux à propos de "la stratégie centrée sur les swing-states » qui ciblent quelques États et districts non alignés tout en négligeant le travail à long terme pour apporter une réponse au "Que veut le Kansas ?"

Quand la campagne 2012 fut lancée, il y a eu beaucoup de discussions sur la possibilité que le Vermontois devienne la cible de Karl Rove et de la machine à argent de la droite. Après tout, dit le sénateur, « il n’y a personne Wall Street qui m’aime". L’ancien Gouverneur républicain Jim Douglas a pesé le pour et le contre sérieusement avant de décider de ne pas se présenter contre Sanders.

« Pourquoi ont-ils constaté qu’ils ne pourraient venir et crier« socialiste » et « radical » et me faire sortir ?" Demande Sanders. "Je pense qu’ils ont réalisé qu’ils ne peuvent pas vaincre quelqu’un qui a construit des liens réels avec les gens, pas avec des annonces de 30 secondes, mais en tenant des réunions dans les villes, à l’aide de bulletins, en parlant des questions économiques, en appuyant la population lorsque les mobilisations se mettent en branle."

Ce qui inquiète le plus Sanders, c’est que les démocrates interprètent les résultats serrés d’hier comme prétexte à poursuivre la même politique que depuis 2008. Il craint que le bilan post-électoral soit un appel à plus de la même politique. « Qu’est-ce qui fait, nom de Dieu, dans une course serrée, que Barack Obama soit incapable de dire six mots :« Je ne couperai jamais la Sécurité sociale ? Pourquoi les démocrates ne disent-ils pas : « Nous ne couperons jamais la sécurité sociale » se demande Sanders. « S’ils ne peuvent pas dire cela, comment pourront-ils se tenir debout face à Wall Street ?"

Le peuple américain a des réponses à ces questions, il dit : « Les gens pensent que cela a beaucoup à voir avec le rôle de l’argent dans la campagne."

Si les démocrates font des compromis, beaucoup d’électeurs vont croire qu’ils ont été indûment influencés par la puissance de l’argent. C’est pourquoi les démocrates progressistes en particulier, ont beaucoup plus à apprendre sur la façon de gagner les élections sans compter sur l’argent et les stratégies de l’emporte-pièce de consultants. C’est une leçon qu’ils pourraient apprendre de Bernie Sanders.

Les résultats d’hier :

Sanders (Ind) : 197 461 votes – 71,2%

John MacGovern (Rep) : 68 839 votes - 24,8%

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