Édition du 10 décembre 2019

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Débats

Le mot race

Dans les médias français se multiplient les couvertures et les articles, mais aussi les tribunes et les manifestes, au nom de l’antiracisme, non pas tant contre le racisme que contre le mot race, accusé d’en faire le jeu. Il importe donc à la fois de définir les usages actuels du mot, pour « l’antiracisme politique » comme pour les savoirs critiques, et de comprendre les enjeux de cette réaction.

Tiré du blogue de l’auteur.

« C’est très exactement la réalité de la “race”. Cela n’existe pas. Cela pourtant produit des morts. […] Non, la race n’existe pas. Si, la race existe. Non certes, elle n’est pas ce qu’on dit qu’elle est, mais elle est néanmoins la plus tangible, réelle, brutale, des réalités. »

Colette Guillaumin, « “Je sais bien mais quand même”, ou les avatars de la notion de race », Le Genre humain n°1, « La Science face au racisme » (Paris, éditions Fayard, automne 1981), p. 55-65 (citation p. 65).

Sexe ou race

À l’unanimité, les députés français ont voté le 12 juillet 2018 un amendement qui supprime le mot « race » dans le premier article de la Constitution. Celui-ci stipule en effet que la France « assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion ». L’expression remonte au Préambule de la Constitution de 1946 : « Au lendemain de la victoire remportée par les peuples libres sur les régimes qui ont tenté d’asservir et de dégrader la personne humaine, le peuple français proclame à nouveau que tout être humain, sans distinction de race, de religion ni de croyance, possède des droits inaliénables et sacrés. » Faisant fi de ce contexte historique, l’Assemblée nationale ne veut entendre aujourd’hui, dans le mot race, que le racisme.

Le Parti communiste est depuis longtemps engagé dans ce combat : après une première tentative qui a échoué en 2003 face à l’opposition de la majorité de droite, il a réussi en 2013, avec le Front de gauche, à faire adopter par l’Assemblée nationale une proposition de loi effaçant le mot race de la législation française – ou plus précisément le qualifiant (à la différence de l’amendement de 2018) : « la République combat le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie », stipule son premier article ; mais « elle ne reconnaît l’existence d’aucune prétendue race ». En tout cas, ce texte n’allait jamais être inscrit à l’ordre du jour du Sénat. Il n’est pas certain que le texte de 2018, porté par la droite, connaisse un sort différent. Du moins a-t-il une valeur symbolique forte, et d’autant plus qu’en l’absence des députés d’extrême droite, il a été adopté à l’unanimité.

Comment comprendre le nouveau consensus contre le mot race ? Rappelons d’abord que cet amendement a une double visée : il s’agit, non seulement de supprimer, mais aussi d’ajouter. Si la révision constitutionnelle aboutit, l’article proclamera désormais l’égalité « sans distinction de sexe », un mot remplaçant l’autre. Comme le rappelle Jean-Christophe Lagarde, député UDI porteur du texte, lors du débat parlementaire : « En commission, un très large consensus s’est dégagé, d’une part pour supprimer le mot “race” de notre Constitution, puisqu’il n’existe pas de races différentes au sein de l’humanité, et, d’autre part, pour intégrer le fait qu’il ne peut pas y avoir de distinction selon le sexe dans notre corpus législatif. » La « race » (avec guillemets) cède la place au sexe (sans guillemets).

Paradoxalement, c’est donc pour combattre le racisme que l’Assemblée nationale refuse de nommer la « distinction de race » (je renvoie sur ce point à l’analyse critique de Magali Bessone en 2013), et en même temps, c’est pour lutter contre le sexisme qu’elle choisit d’introduire la « distinction de sexe » : dans les deux cas, pourtant, distinguer reviendrait à discriminer. Qu’importe : d’un côté, comme l’explique la Garde des Sceaux, Nicole Belloubet, « l’espèce humaine est unique et indivisible » ; mais de l’autre, l’humanité est sexuée, comme l’atteste la loi sur la parité. Autrement dit, invoquer la vérité du sexe sert au premier chef à récuser la fausseté du terme race, « scientifiquement infondé ». La Constitution ne ferait donc que refléter un savoir biologique censé séparer le bon grain de l’ivraie – soit le vrai du faux.

Vérité ou pouvoir

Reste que la suppression du mot race est ainsi, pour la première fois, articulée à l’introduction du mot sexe. Il est certes paradoxal d’affirmer la vérité biologique du sexe pour défendre l’égalité entre les sexes au moment même où les opposants à la (supposée) « théorie-du-genre » en font un argument contre la remise en cause des stéréotypes qui fondent un ordre sexuel inégalitaire. Serait-ce le prix à payer pour écarter la race ? En tout cas, cette opération revient à dépolitiser la question raciale : le discours sur la vérité occulte un régime de pouvoir. Comme le déclarait en 2015 un député communiste, André Chassaigne, pour convaincre la droite de soutenir la démarche du Front de gauche : supprimer le mot race, « ce n’est pas politique, c’est scientifique. »

Pareil argument soulève d’emblée deux questions. En premier lieu, peut-on réduire le racisme à une thèse scientifique erronée ? De fait, il s’agit là d’un biais intellectualiste dont il faut se garder : la race n’est pas tant fausse que dangereuse. Car cette « erreur » est efficace ; elle valide ce qu’il faut bien appeler la domination raciale. S’il faut la combattre, ce n’est pas par amour de la vérité, mais par haine de l’injustice. Certes, le racisme scientifique a pu, dans le passé, être utilisé pour légitimer un racisme juridique. Toutefois, après la Seconde Guerre mondiale, le discrédit de l’un et de l’autre n’a manifestement pas permis d’en finir avec le racisme ; et si l’éducation contre le racisme demeure nécessaire, il s’avère qu’elle n’est jamais suffisante. En outre, si l’extrême droite a évité de voter l’amendement, n’est-ce pas la preuve que l’enjeu est bien politique ? Si le racisme peut effectivement s’autoriser de la science, il convient donc de penser ce savoir, inséparablement, comme une forme de pouvoir.

En second lieu, le droit peut-il être défini par la science ? Et si demain la science devait changer de discours, faudrait-il réviser la Constitution, soit pour rétablir la race, soit pour supprimer le sexe ? Cette hypothèse n’a rien d’absurde. Les études de genre contre lesquelles se déchaînent, un peu partout dans le monde, les ennemis (religieux ou non) de la « démocratie sexuelle », ont effectivement accompagné, voire contribué à un « trouble », non seulement dans le genre, mais aussi dans le sexe. Bien sûr, il ne s’agit pas de nier le fait biologique, comme le prétendent ses détracteurs ; l’enjeu, c’est de rappeler avec la biologiste Anne Fausto-Sterling que le sexe est une catégorie du savoir (et non de la réalité elle-même). D’ailleurs, inscrit dans l’état civil, n’est-il pas institué par l’État ? Celui-ci a le pouvoir de le redéfinir en reconnaissant d’un côté la possibilité du changement de sexe, de l’autre l’existence de personnes intersexuées, soit deux manières de remettre en cause l’évidence d’un ordre binaire réputé « naturel ». Autrement dit, dans le champ scientifique, le sexe peut désormais être appréhendé comme une construction – non seulement sociale mais aussi politique.

Racisme scientifique vs. savoirs critiques de la race

Symétriquement, loin d’avoir été définitivement écartée par la science, la race revient en force – mais dans d’autres disciplines, et avec un sens radicalement différent. C’est qu’on est passé des sciences de la nature à celles de la société. Lorsque, dans le monde universitaire, on parle aujourd’hui de race, ce n’est pas, bien entendu, pour revenir à la race biologique ; c’est pour nommer une pratique de pouvoir : la racialisation. Ce concept résume l’ensemble des mécanismes, sociaux et politiques, qui ont pour effet de trier et classer les populations en assignant certains groupes à des places inférieures.

Dire de personnes qu’elles sont « blanches » (ou « non-blanches »), ce n’est donc nullement revenir à la race biologique. Au contraire, c’est les caractériser, non par leur couleur de peau, mais par leur position sociale. Ainsi, quand on étudie la « blanchité », l’abstraction du concept protège d’une vision substantialiste (« les Blancs ») : la question centrale de ce champ d’études n’est-elle pas « comment on devient blanc » ? De même, parler de personnes « racisées » signifie que leur condition résulte d’un processus social, et non d’une donnée physiologique. Le racisme ne présuppose donc pas une réalité empirique de la race : il la produit. Aussi la racialisation peut-elle concerner des groupes définis au premier chef, non par la couleur de peau, mais par la religion (comme les juifs ou les musulmans). C’est l’altérité naturalisée (et non pas naturelle) qui est principe de hiérarchisation.

Bref, le discours actuel des sciences sociales, internationales davantage que françaises d’ailleurs, plutôt que d’opposer le sexe à la race comme le vrai au faux, les rapproche dans une même logique de construction sociale. Par exemple, l’historienne et anthropologue Ann Laura Stoler a bien montré comment le monde colonial utilise le sexe pour tracer des frontières raciales. Car la race n’est pas donnée a priori. Le contrôle obsessionnel de l’intimité dans le dispositif colonial révèle la précarité d’un ordre racial qu’on ne peut produire et reproduire qu’à la condition d’un travail social permanent. C’est ce rapprochement entre sexe et race qui rend possibles les analyses qu’on regroupe communément sous le nom d’intersectionnalité – terme emprunté à Kimberlé Crenshaw, juriste qui s’inscrit dans la mouvance du « féminisme noir ». Au lieu d’enfermer les personnes dans des cases identitaires, au risque de les essentialiser, les approches intersectionnelles partent du fait que les catégories sociales sont le produit d’une catégorisation politique pour mieux analyser l’articulation de formes de domination plurielles – en particulier sexe et race, au même titre que classe.

L’approche critique de la race, qui caractérise aujourd’hui ce champ d’études au sein des sciences sociales, est ainsi la figure inversée du racisme scientifique. C’est d’ailleurs pourquoi elle connaît un écho important dans les milieux militants d’un antiracisme qui se revendique « politique ». Beaucoup s’inquiètent cependant, y compris dans d’autres cercles antiracistes – les uns et les autres s’accusant mutuellement de racisme : utiliser le même mot, même si c’est à des fins opposées, n’est-ce pas entretenir une équivoque dangereuse ? On sait pourtant que le racisme actuel est d’ordinaire un « racisme sans race » : comme l’avait montré Pierre-André Taguieff dès 1988, dans La force du préjugé. Essai sur le racisme et ses doubles, pour naturaliser des différences et les constituer en hiérarchie, la culture fait fort bien l’affaire.

Certes, le racisme continue parfois de mobiliser la race, mais nulle confusion n’est possible avec les savoirs critiques. Ainsi, quand le polémiste Éric Zemmour utilise l’expression « dolichocéphales blonds », il ne fait que reprendre le vocabulaire d’un Vacher de Lapouge dans L’Aryen. En réalité, les racistes d’aujourd’hui sont des ennemis déclarés des approches critiques : on le voit par exemple lorsque s’agit d’accréditer l’existence d’un « racisme anti-blanc », notion fondée sur le déni des rapports de domination racialisés. Dans son essai de 2018 justement intitulé Le mot race, Renaud Camus, qui alimente les fantasmes de la droite identitaire sur le « Grand remplacement », illustre bien l’incompatibilité radicale entre les discours critique et raciste sur la race : « Le mot “race” a été introduit dans la Constitution en 1946 en réaction au génocide. Quand l’antiracisme est devenu lui-même génocidaire, comme le portait son nom, très logiquement il le supprime. »

La race vs. les races

Si l’équivoque n’est guère possible, cette objection n’en est pas moins l’occasion de clarifier un point de vocabulaire. Le racisme scientifique, d’une part, et l’antiracisme critique des sciences sociales, d’autre part, ont en commun le mot race ; mais ils l’utilisent de manière radicalement différente. Le racisme traite des races, et l’antiracisme de la race. Pour le premier, il existe des races au pluriel, définies par des adjectifs comme « noir » ou « blanc », « juif » ou « aryen ». Pour le second, il y a de la race, au singulier – et sans qualificatif. Autrement dit, il s’agit de la différence entre une réalité empirique (telle ou telle race) et un concept (le dispositif de racialisation). C’est une distinction que suggérait déjà Étienne Balibar en 2007 : « Je parle du retour de la race et non pas des races. Autrement dit, ce qui m’intéresse, plutôt que des groupes “concrets” (ou supposés tels, comme les « races » de l’anthropologie physique et culturelle du XIXe siècle), c’est une idée, derrière laquelle se profile une structure. »

Pourquoi, malgré les malentendus possibles, s’exposer encore à utiliser le mot race aujourd’hui ? C’est que l’antiracisme ne peut plus se définir seulement dans les termes des années 1980 : à l’époque de la montée du Front national, on appréhendait le racisme comme une idéologie revendiquée, autrement dit, à partir des racistes. Or, dès les années 1990, il a bien fallu prendre conscience d’une autre forme de racisme, non moins grave dans ses conséquences : les discriminations raciales. Celles-ci procèdent de logiques systémiques ; il s’agit d’un racisme structurel, qui dépasse le racisme intentionnel. Cet élargissement de la définition, du racisme idéologique au racisme sociologique, implique un changement de perspective : partir des effets, plutôt que des intentions (bonnes ou mauvaises), c’est adopter le point de vue des personnes qui subissent la domination raciale, et non de celles qui en sont, fût-ce à leur corps défendant, les bénéficiaires. C’est la même démarche qui amène les études féministes à rompre avec une vision masculine pour appréhender les violences de genre dont les femmes sont victimes du point de vue des femmes.

On peut donc être confronté, non seulement à un « racisme sans race » (comme on l’a déjà vu), mais aussi à un « racisme sans racistes » : au-delà des intentions individuelles ou des idéologies politiques, c’est un mécanisme social qui est à l’œuvre. Or c’est justement cette reformulation, où le sujet raciste n’est plus central, qui nous invite à penser en termes de race, autant voire plus que de racisme. Il s’agit moins de pointer des coupables que d’analyser, avec le concept de race, un fonctionnement. Et le déplacement de perspective, vers les victimes du racisme, permet également de penser la racialisation, en termes foucaldiens, à la fois comme assujettissement et comme subjectivation : c’est en ce double sens d’assignation et d’identification qu’on utilise le mot « racisé ».

La « matrice de la race », pour reprendre le titre d’Elsa Dorlin, s’entend aussi de deux manières complémentaires, conjuguant les génitifs objectif et subjectif : la race a une matrice, et en même temps elle en est une. C’est ainsi qu’on peut comprendre la Critique de la raison nègre d’Achille Mbembe. Dans cet essai théorique, l’historien et politiste ne traite pas tant des Noirs ou des Blancs que, plus largement, d’un « devenir-nègre du monde ». En effet, « la critique de la modernité demeurera inachevée tant que nous n’aurons pas compris que son avènement coïncide avec l’apparition du principe de race et la lente transformation de ce principe en matrice privilégiée des techniques de domination, hier comme aujourd’hui. » Certes, les races n’ont pas d’existence scientifique, mais « le principe de race », c’est-à-dire la race, « cela existe », comme disait la sociologue féministe Colette Guillaumin.

Le mot et la chose

Dans l’espace public en France, il y a aujourd’hui un paradoxe fondamental. D’un côté, il n’est question que de racisme ; de l’autre, il n’est pas question de parler de race. Autrement dit, on a la chose mais pas le mot pour la penser. Mais le paradoxe redouble : quiconque utilise le mot race, même en revendiquant des fins antiracistes, serait, sinon coupable, du moins comptable de cette poussée raciste. Autrement dit, c’est opposer le mot à la chose. On peut dès lors s’interroger : pour échapper à ce piège, pourquoi ne pas, tout simplement, remplacer race par racisme ? En réalité, force est d’admettre que le problème tient à la définition de la chose plus qu’à l’usage du mot. Partons d’un syllogisme. Dans le monde universitaire, comme dans les médias, tout le monde (ou presque) est antiraciste ; et pourtant, tout le monde (ou presque) est blanc. Comment conclure au racisme, sans contredire la prémisse majeure d’antiracisme ? C’est ici qu’on voit l’utilité du concept de race. Il sert à penser la contradiction inscrite, non pas dans ce raisonnement, mais dans notre société.

On comprend dès lors la difficulté actuellement rencontrée pour s’accorder à juger raciste, ou non, telle pratique, tel discours ou telle représentation, selon qu’on aborde la question en termes de race, ou pas. Dans l’actualité, songeons par exemple aux controverses récurrentes sur le blackface. Dans le débat public, la plupart reconnaissent désormais que cette pratique relève du racisme – mais en ajoutant : si et seulement si l’intention en est raciste. Autrement dit, c’est continuer d’écarter la définition du racisme par ses conséquences, dans une société où l’on peut jouer au Noir quand on est blanc, mais pas jouer au Blanc quand on est noir. Les protestations des activistes sont alors récusées comme le signe de leur inculture (« ils ne comprennent pas l’art ! ») ou d’une intolérance qui menace la liberté d’expression (« ils ne respectent pas l’art ! »). Tout se passe comme si, jusque dans les rangs des sciences sociales françaises, le racisme restait un fait individuel plutôt qu’un fait social.

Prenons un second exemple, au cœur des débats sur l’identité nationale : le football. Il y a bien sûr consensus pour dénoncer le racisme des cris de singes dans les tribunes des stades ; et beaucoup se rejoignent encore pour s’opposer aux attaques récurrentes contre des joueurs racisés de l’équipe de France de football, accusés de ne pas chanter l’hymne national. Les réactions sont en revanche partagées lorsque l’humoriste sud-africain Trevor Noah, le 16 juillet 2018, s’amuse à crier dans le Daily Show : « L’Afrique a gagné la Coupe du Monde ! » Nombre de sportifs français de couleur ont vivement réagi, et jusqu’à l’ambassadeur de France aux États-Unis : le chantre du Grand remplacement, Renaud Camus, n’avait-il pas ironisé en miroir sur la finale : « J’aime bien les Africains mais pour le match Afrique-Europe, dimanche, ils ne m’en voudront pas de soutenir l’équipe de mon peuple, les Européens », soit la Croatie plutôt que la France ? La plaisanterie du présentateur du soir serait-elle raciste de la même manière, ou bien plutôt n’est-elle pas une façon de retourner le discours de la race en France, en soulignant son histoire coloniale ?

Si les propos d’Alain Finkielkraut, en 2005, sur « l’équipe de France black-black-black », ne sont défendus que par l’extrême droite, les réactions ont été contrastées après les révélations par Mediapart, en 2011, d’un projet de quotas pour limiter le nombre, non seulement de binationaux, mais aussi de Noirs dans le football national : le but était de favoriser « les petits gabarits blancs », plutôt que « les grands, costaux, puissants » que seraient « les Blacks ». Pour Pap Ndiaye, historien de la « condition noire », « pas plus que n’importe quelle autre activité humaine, le football n’est intrinsèquement antiraciste ». La question n’est donc pas de condamner (ou d’absoudre) tel ou tel responsable (à commencer par Laurent Blanc), mais de combattre des discriminations explicites qui reposent sur des représentations raciales ordinaires.

En revanche, Stéphane Beaud et Gérard Noiriel, qui, en réaction contre les « porte-parole autoproclamés de la cause des Noirs », refusent de « hurler avec la meute », considèrent que le mot « Black », utilisé par les responsables du football national, « renvoie moins à une catégorie raciale qu’à une catégorie sociale ». Loin d’être raciste, ce sport serait, pour le sociologue et l’historien, « la pratique sociale qui contribue le plus à favoriser le “vivre ensemble” entre les jeunes des quartiers populaires, quelle que soit leur origine. » Racisme ou pas ? L’enjeu n’est-il pas, grâce au concept de race, de pouvoir penser, au-delà du racisme intentionnel, le « racisme en effet » ? En tout cas, les révélations sont restées… sans effet. C’est pourquoi, en 2018, on apprend sans surprise que le PSG, encore dans les années 2010, « a fiché et recruté des joueurs selon leur origine ethnique ». « Trop d’Africains et d’Antillais » ? Cette fois, les révélations n’en sont plus vraiment, et la controverse intellectuelle ne reprend même pas : la « meute » est réduite au silence.

Hégémonie minoritaire ou panique intellectuelle

On ne peut qu’être frappé par la multiplication récente, dans les médias français, des articles, des tribunes et des manifestes collectifs d’intellectuels, au nom de l’antiracisme, non pas tant contre le racisme lui-même que contre le mot race, accusé d’en faire le jeu, tant dans la militance de « l’antiracisme politique » que dans les savoirs critiques. Autour de ce vocable, c’est tout un champ lexical qui est en butte à des attaques répétées, en particulier dans le monde universitaire : race, racisé, racisation, racisme d’État, mais aussi décolonial et postcolonial, intersectionnalité, et d’autres termes encore, participeraient d’une « stratégie hégémonique », véritable « terrorisme intellectuel » dont le « communautarisme » serait incompatible avec « l’universalisme républicain ».

Il est notable que ces figures médiatiques et intellectuelles mobilisées contre le « politiquement correct » semblent moins soucieuses de liberté intellectuelle quand la censure frappe un colloque universitaire sur l’islamophobie, ou quand elle en menace un autre sur l’intersectionnalité. C’est dire de quel côté le danger leur paraît imminent : l’hégémonie aurait changé de camp. Tout se passe en effet, dans leur discours, comme si la France était à son tour soumise à ce que le philosophe Philippe Raynaud avait baptisé en 1992, à propos des États-Unis, la « tyrannie des minorités »… Bref, « on ne peut plus rien dire ! »…

Comment comprendre cette panique intellectuelle ? Pour Stanley Cohen, dans son ouvrage classique de 1972, il y a « panique morale » lorsqu’un phénomène ou un groupe apparaît comme « une menace pour les valeurs et les intérêts de la société ». On peut faire l’hypothèse que celle qui sévit aujourd’hui dans le monde intellectuel français est une réaction à l’irruption de « contre-publics minoritaires », soit une remise en cause des frontières de l’espace public dominant par celles et ceux qui en étaient exclus : c’était le cas, dans le monde de la culture, au moment de l’affaire Exhibit B. Les minorités raciales ne sont pas seulement objets de discours, artistique ou autre ; de plus en plus, elles prennent la parole, se constituant ainsi en sujets politiques. Elles s’engagent, selon le titre d’un documentaire d’Amandine Gay qui fait entendre les mots de femmes noires, à Ouvrir la voix. Et c’est très précisément pour cette raison que beaucoup s’emploient à leur… fermer la voix.

Porte-parole ou universitaires

Or la question posée à propos de l’espace public et des contre-publics minoritaires fait aujourd’hui retour dans le monde universitaire. C’est à nouveau une intervention polémique de Gérard Noiriel, sur le blog qu’il venait d’ouvrir fin 2018, qui l’illustre au mieux, et d’autant plus qu’elle a rencontré un écho important, et souvent favorable, dans la profession. Si ses « réflexions sur la “gauche identitaire” » visent nommément un chercheur blanc (en l’occurrence, l’auteur de ces lignes), le plus remarquable, c’est l’attaque, en ouverture, contre d’autres qui ne sont pas nommés, sinon, à nouveau, par la fonction qui découlerait de leur racisation, en tant que « porte-parole des minorités » : « Dans l’introduction de mon livre sur l’Histoire populaire de la France, j’ai affirmé que “le projet d’écrire une histoire populaire du point de vue des vaincus a été accaparé par des porte-parole des minorités […] qui ont contribué à marginaliser l’histoire des classes populaires”. Il suffit de consulter la bibliographie des articles et des ouvrages publiés en histoire ces dernières années ou de regarder les recrutements sur des postes universitaires pour être convaincu du bien fondé de cette remarque. »

S’il faut bien admettre que l’on éprouve quelque difficulté à partager « l’optimisme » affiché par ce socio-historien concernant l’hégémonie supposée de la « gauche identitaire », dans ou hors de l’université, il ne s’agit pas ici d’entrer dans une polémique qui ne ferait que redoubler l’effacement des collègues minoritaires mis en cause. En revanche, il importe de relever un fait social significatif. Des chercheuses et chercheurs, pour la plupart minoritaires, ont pris la parole en réponse, sans pour autant se reconnaître dans le rôle de « porte-parole » qui leur était assigné : ce n’était pas pour contester la démarche scientifique au nom d’une posture politique, mais au contraire en se plaçant sur le terrain scientifique. Quand Gérard Noiriel déclare que le concept d’intersectionnalité « est à mes yeux une régression par rapport aux principes fondateurs de la sociologie », leur réplique savante, c’est le dossier « Intersectionnalité », publié sur le site de la revue Mouvements : sous la direction d’Abdellali Hajjat et Silyane Larcher, après leur introduction, il comprend cinq articles regroupant au total onze autrices et auteurs.

Ces textes ne se contentent pas de contester l’affirmation non étayée de Gérard Noiriel sur la présence et le rôle des questions minoritaires dans la recherche en France ; ils développent des analyses précises : « N’existe-t-il pas une littérature abondante qui depuis plusieurs décennies articule une analyse de classe, de genre et de race ? C’est dans l’optique de tordre le coup à cette fausse opposition que Sarah Mazouz et Éléonore Lépinard rappellent les apports, les limites et les résistances au concept d’intersectionnalité, que Silyane Larcher revient sur l’histoire des rapports ambigus entre républicanisme français et question raciale, et que Lila Belkacem, Lucia Direnberger, Karim Hammou et Zacharias Zoubir déconstruisent les arguments souvent utilisés pour délégitimer toute analyse des rapports sociaux de race. » Bref, c’est tout un panorama scientifique.

Enfin, pour citer encore ce texte introductif, le billet de blog de Gérard Noiriel « pose la question des relations de pouvoir au sein du champ académique, du rôle des intellectuels dans l’espace public et de leurs relations avec de prétendus “porte-parole des minorités”. C’est dans la perspective d’une meilleure compréhension des enjeux de la controverse sur la question raciale qu’Inès Bouzelmat propose une analyse sociologique fine de l’espace des positions et des prises de position des chercheur.e.s concerné.e.s, et qu’Audrey Célestine, Abdellali Hajjat et Lionel Zevounou analysent la tension entre disputatio académique et prises de position politiques. »

Gageons que certains verront dans cette riposte organisée la confirmation de ce qu’ils dénoncent (au risque de l’oxymore) comme une hégémonie minoritaire. Pour ma part, je dirais plutôt qu’il y a du trouble dans ce qu’on peut continuer d’appeler (au risque de la redondance) l’hégémonie majoritaire. Je ferai donc l’hypothèse que la virulence de l’opposition universitaire aux savoirs critiques de la race traduit une inquiétude : et si l’aveuglement à la race aveuglait au racisme structurel qui a permis à l’université, jusqu’à présent, de rester blanche sans le voir et sans vouloir le savoir ? Quelle serait alors notre responsabilité d’universitaires, forcément antiracistes ? N’est-ce pas la remise en cause, sinon de notre vocation, du moins de notre bonne conscience de porte-parole de l’universel ?

La République et la race

La bataille politique de la race (à la fois autour du mot et de la chose, comme on s’est employé à le démontrer) ne s’arrête pas aux mondes médiatique et universitaire ; elle est présente aussi dans le champ politique lui-même. On voudrait donc, dans un dernier temps, souligner l’implication des responsables politiques dans les débats sur la race, et singulièrement de l’État dans la controverse autour du « racisme d’État ». Il convient d’abord de rappeler deux scènes qui se sont déroulées (comme le vote unanime qui ouvre ce texte) à l’Assemblée nationale.

La première a eu lieu lors de la séance de questions au gouvernement du 27 avril 2016 : Bernard Debré interpelle la ministre socialiste de l’Éducation nationale sur « la montée en puissance du racisme antiblanc et de l’antisémitisme dans notre pays ». « J’en veux pour preuve », continue le député Les Républicains, « la récente tenue, dans l’enceinte de l’université Paris 8, d’une manifestation intitulée “Paroles non blanches” ». En effet, ses organisateurs « défendent la non-mixité ». Najat Vallaud-Belkacem lui répond alors : « je condamne absolument la tenue de ces réunions […]. Ces initiatives sont inacceptables car, bien loin de l’objectif qu’elles prétendent poursuivre, elles confortent une vision racialiste et raciste de la société qui n’est pas la nôtre. » Pour la ministre, « la seule réponse à apporter au racisme et à l’antisémitisme », « c’est évidemment les valeurs de la République dans toute leur universalité, et la loi qui combat sans faille les discriminations. » Le gouvernement tombe d’accord avec son opposition : la République et la race s’excluent mutuellement.

Or une seconde scène, qui se déroule également lors des questions au gouvernement, le 21 novembre 2017, vient éclairer d’un autre jour ce qui s’est joué en 2016. Cécile Rilhac, députée LREM, interroge le ministre de l’Éducation nationale : « un syndicat a programmé un stage de formation destiné aux enseignants avec deux ateliers “en non-mixité raciale”, c’est-à-dire réservés aux non-Blancs. Cette formation propose de débattre de problématiques autour du racisme au sein de l’Éducation nationale. » Jean-Michel Blanquer déplore « l’initiative d’un syndicat d’organiser ces ateliers qualifiés, j’ouvre les guillemets, de “non-racialisés”… et de “racialisés” aussi – je ferme les guillemets. » (sic) « On parle de « non-mixité raciale », de « blanchité », de « racisé » : les mots les plus épouvantables du vocabulaire politique sont utilisés au nom d’un prétendu antiracisme alors qu’ils véhiculent évidemment un racisme. »

Mais le propos rebondit : « C’est pourquoi, et parce que le syndicat en question a également employé les termes de “racisme d’État”, j’ai décidé de porter plainte pour diffamation à l’encontre de SUD éducation 93. » Autrement dit, le problème, ce n’est pas seulement le racisme présumé des défenseurs de la non-mixité et de l’antiracisme politique ; c’est aussi, et surtout, l’accusation portée contre l’État : opposer la race à la République apparaît ainsi comme un moyen d’occulter le racisme de l’État. Et le ministre de conclure : « Nous devons avoir l’unanimité de la représentation nationale contre cette vision de l’homme. » L’ovation qui vient saluer cette conclusion est d’autant plus remarquable que les images montrent Marine Le Pen se levant parmi les premiers pour mieux applaudir le ministre (sur le site de LCP, ces images ont disparu ; heureusement, elles restent visibles sur le compte Twitter de la chaîne). Et voilà, contre « l’antiracisme politique », le Front national au cœur du pacte républicain.

Le racisme et l’État

Cette unanimité politique interroge à nouveau : si la dépolitisation de l’antiracisme conduit à un nouveau (et paradoxal !) front républicain, avec l’extrême droite, et contre les discours critiques de la race, n’est-ce pas, une fois encore, pour mieux s’aveugler à la responsabilité des responsables de politiques d’État qui contribuent à la racialisation de la société ? Or, du traitement réservé aux migrants en Méditerranée, à la frontière franco-italienne, à Calais ou à la Chapelle, à la hausse des frais d’inscription universitaires qui visent explicitement les étudiantes et étudiants venus des anciennes colonies, sans parler du sort réservé aux outre-mer, force est de le constater, la question postcoloniale concerne au premier chef l’État français.

S’agit-il seulement du racisme de l’État, ou bien peut-on parler d’un racisme d’État en France ? Beaucoup diraient que cette dernière formulation renvoie à des États qui ont institué des lois raciales, de l’Allemagne nazie à l’Afrique du Sud de l’apartheid. Ne convient-il pas plutôt de renouer ici avec le critère d’intentionnalité, qui redouble la responsabilité ? Sans doute dira-t-on qu’il ne faut pas confondre « racisme institutionnel » et « racisme d’État », soit le racisme dans l’État et le racisme de l’État : le racisme dans l’État existerait malgré l’État. Mais qu’en est-il quand l’État revendique son action ? Refusera-t-on cette fois de nommer ce racisme pour ne retenir que le racisme structurel ? Ne faut-il pas plutôt prendre en compte les différentes logiques, intentionnelles ou non, de la race – qu’elles soient idéologiques, systémiques ou politiques ?

Prenons l’exemple des contrôles au faciès, dont l’enquête du Défenseur des droits a démontré en 2018 qu’ils touchent vingt fois plus les jeunes hommes arabes ou noirs, ils impliquent bien sûr l’État, et d’autant plus que, non content de laisser faire, celui-ci les justifie. Condamné en 2015 pour « faute lourde », il a fait appel ; sans remettre en cause les faits établis, l’État explique que la législation sur les étrangers suppose de contrôler « les personnes d’apparence étrangères », voire « la seule population dont il apparaît qu’elle peut être étrangère ». On voit bien ici comment, en confondant l’origine et la nationalité, c’est l’État lui-même qui introduit le « principe de race » : s’il distingue des « faciès d’étrangers » et des « faciès de Français », alors, on est bien dans une logique de racialisation de la nation.

Un second exemple concerne la politique menée par la France à l’égard des Roms roumains et bulgares, autrement dit, européens. La question s’est déjà posée en 2010, sous Nicolas Sarkozy, après le discours de Grenoble. La commissaire européenne Viviane Reding en charge des droits fondamentaux, en protestation contre une circulaire française contre les « campements » visant en priorité « ceux des Roms », se déclarait « choquée » quand « des personnes sont renvoyées d’un État membre juste parce qu’elles appartiennent à une certaine minorité ethnique. Je pensais que l’Europe ne serait plus le témoin de ce genre de situation après la Seconde Guerre mondiale. » On sait que c’est elle qui s’est retrouvée sur le banc des accusés : c’est la comparaison qui faisait scandale, et non l’antitsiganisme politique de la France.

La politique raciale menée par la France à l’égard de ces populations a donc continué sous François Hollande. Et les propos de son ministre de l’Intérieur, en 2013, ont été encore plus brutaux : les Roms « ne souhaitent pas s’intégrer dans notre pays pour des raisons culturelles ou parce qu’ils sont entre les mains de réseaux versés dans la mendicité ou la prostitution » ; ils « ont des modes de vie extrêmement différents des nôtres et qui sont évidemment en confrontation » ; ou encore : « nous le savons tous, la proximité de ces campements provoque de la mendicité et aussi des vols, et donc de la délinquance. » Et d’en conclure : « les Roms ont vocation à revenir en Roumanie ou en Bulgarie ». Poursuivi pour incitation à la haine raciale, le Premier ministre s’est défendu : il ne faisait qu’énoncer la politique de la France. Faut-il en conclure que la politique de la France ne saurait être raciste, ou bien qu’en France on n’aurait le droit de tenir des propos racistes qu’à condition qu’ils expriment la politique de l’État ?

On comprend dès lors pourquoi il est si important de rejeter le mot, qui permettrait de nommer ce que fait l’État. De quoi le mot race est-il aujourd’hui le nom ? Notons d’abord que cette bataille, qui a lieu en France, porte sur la France. Une des caractéristiques des réactions contre la race, c’est qu’elles se placent dans une perspective résolument nationale : que ce soit dans le registre de l’universalisme républicain ou de la classe et du peuple, il s’agit encore et toujours de la France (hexagonale). Les discussions états-uniennes, comme la conversation animée par le réseau des spécialistes de l’histoire de France sur « race et racisme », n’y figurent même plus à titre d’épouvantail. L’enjeu premier est en effet la reconfiguration de l’espace public national, et singulièrement du champ intellectuel français.

On conclura en réitérant l’hypothèse que le rejet virulent de ce lexique, militant ou savant, est le signe d’un trouble dans l’ordre racial. On l’a vu, on assiste à une triple réaction, qui résonne à grand bruit dans l’espace public en France – face à l’irruption de contre-publics minoritaires, face à l’émergence d’universitaires minoritaires, et face à la poussée d’une contestation des politiques de racialisation menées par l’État. Cette forte réaction est le signe ambigu du renouveau de la question raciale aujourd’hui : d’un côté, elle s’inscrit dans la continuité d’une domination raciale ; de l’autre, elle signifie que celle-ci ne va plus tout à fait de soi. De fait, quelque chose a bougé dans l’ordre racial. C’est pourquoi le discours majoritaire, dans un moment de panique raciale, se déchaîne contre une supposée « hégémonie minoritaire ». Les personnes racisées ont-elles le droit de se qualifier ainsi, c’est-à-dire de nommer ce qu’on leur fait, de dire ce qu’on fait d’elles ? Ces objets des discours antiracistes peuvent-ils en devenir aussi les sujets ? Qui a voix au chapitre pour parler de racisme, c’est-à-dire aussi de race ?


Ce texte a été lu en ouverture de la journée d’études sur « Le mot race » que j’ai organisée avec Achille Mbembe à l’Université Paris 8 le 10 avril 2019. Il a été publié simultanément, en deux parties, sur le site AOC : Le mot race (1/2) : cela existe, le 10 avril même ; et Le mot race (2/2) : le mot et la chose, le 11 avril. Je reproduis sur mon blog cette analyse qui me paraît toujours autant d’actualité.

Eric Fassin

Sociologue, Université Paris-VIII

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