Jim Thomas, The Breach, 18 novembre 2025
Traduction, Alexandra Cyr
Les multimillionnaires font confiance à l’IA. Mais même les géants de la technologie se préparent pour une correction (à la bourse) qui pourrait ébranler les marchés et les fonds de pension publics et privés.
La fin de semaine dernière, on a su que Peter Thiel, le multimillionnaire fondateur de la firme de logiciel Palentir a retiré tous ses investissements dans Nvidia, le fabricant de puces dont les produits pourraient rendre possible l’IA générative.
En misant tellement sur les ventes de puces de cette compagnie à Google, Meta, Amazon et OpenAI, les investisseurs ont rendu Nvidia le seul responsable de plus du quart de tous les gains de ce marché depuis plus de trois ans.
Nvidia est maintenant la première compagnie dans le monde à être cotée d’une valeur de cinq milliards de dollars. C’est une surévaluation stupéfiante qui annonce une correction boursière probablement dramatique.
La nouvelle que P. Thiel, qui a été qualifié d’homme de l’ombre de la Silicone Valley, ait décidé de se débarrasser de la totalité de ses actions Nvidia qui constituaient probablement 40% de son portefeuille, peut être un des indices qu’une correction est maintenant inévitable.
Ce geste de P. Thiel arrive quelques jours seulement après que le géant japonais Softbank annonce publiquement qu’il a retiré tous ses investissements dans Nvidia soit 5 milliards 83 millions de dollars. Il y a environ deux semaines, le charismatiques investisseur Michael Burry a déplacé ses propres milliards de dollars investis dans Nividia et Palentir. Il est connu pour avoir fait 800 millions de dollars en misant contre le marché immobilier durant la récession de 2008. C’est ce qui a inspiré l’intrigue du film The Big Short. Il est maintenant silencieux en attendant le crash.
Deutch Bank qui semble aussi examiner de possibles ventes d’actions d’IA, signale que sans les masses de fonds dépensés par les compagnies de ce secteur pour construire des centres de données pleins des puces très chères de la compagnie Nvidia, l’économie américaine serait déjà en récession.
En fait, quelques géants de la technologie investissant dans les centres de données, l’électricité et les puces, dépensent plus que toute la population américaine qui consomme.
Malheureusement, pour nous les Canadiens.nes qui n’avons pas de société d’investissement lourdes de milliards de dollars et plus pour jouer le jeu des achats et ventes en bourse, la perspective d’une énorme implosion du marché de l’IA pourrait avoir de profondes conséquences.
Ottawa en remet plutôt que se retirer
Fin septembre, le Conseil d’administration du Fonds de pension canadien auquel tous les Canadiens.nes contribuent hors Québec, possédait 8 milliards de dollars d’actions de Nvidia, son plus important investissement. C’était son huitième plus important blocs d’actions dans tout ce secteur. Avec 33 milliards de valeur combinée, ces investissements représentent le quart de toute la valeur de ce fond de pension.
Le fond de pension le plus important de Québec, la Caisse de dépôts et placements du Québe, affichait aussi ses investissements les plus importants chez Nvidia à la fin septembre. Les actions de Nvidia et d’autres entreprises du secteur de l’IA dominent complètement les investissements de presque tous les huit plus grands fonds de pension canadiens. Il arrive aussi qu’ils soient actionnaires de fonds indiciels qui sont chargés en actions de Nvidia et d’autres compagnies du secteur.
Qu’en est-il alors de la sécurité financière de tout un chacun si la valeur de ces actions s’effondre du jour au lendemain ? Selon Deutch Bank, il n’existe pas de mode d’emploi pour faire face à une possible implosion du marché de l’IA. La Banque du Canada de son côté déclare ne pas savoir ce que pourraient être les impacts plus larges d’une telle correction.
Malheureusement, le gouvernement libéral, obnubilé par le battage médiatique de l’IA, se dirige du mauvais côté. Dans le récent budget fédéral du Premier ministre Carney, un million de dollars seront affectés à l’expansion des infrastructures de l’IA. Et les ministères ont instruction comme n’importe qui d’autre de s’engager à fond dans l’IA générative.
Et c’est sans compter les fonds supplémentaires injectés dans les industries fossiles et nucléaires pour fournir l’électricité aux centres de données. Il y a aussi des fonds dédiés à l’extraction de minéraux critiques nécessaires à la fabrication des puces et des lignes de transmission pour assurer le fonctionnement de ces centres.
Notre Premier ministre et les géants de la technologie
On connait M. Carny comme un ancien banquier. Ce qui est moins connu, c’est qu’il était aussi un dirigeant de grandes industries technologiques. Il agit encore comme s’il y était. À titre de vice- président de Brookfield Asset Management, il a aidé cette compagnie à devenir un investisseur majeur dans les centres de données de l’IA. La compagnie a doublé sa valeur depuis, avec des dizaines de millions de dollars investit dans de nouvelles infrastructures pour l’IA en plus de ce qu’elle possédait déjà.
L’appétit vorace des centres de données en énergie, eau et minéraux soulève la résistance des communautés et groupes environnementaux partout dans le monde. Cela provoque déjà des difficultés économiques même avant que la bulle de l’IA menace nos fonds de pension. La plupart des centres de données sont installés près des grandes villes. Plusieurs devraient mobiliser des centaines de mégawatts d’électricité ; les fournisseurs tentent d’augmenter leur production tout en offrant des prix compétitifs aux opérateurs.
Il en résulte une hausse des prix pour les ménages qui finissent pas subventionner certaines des plus riches compagnies de la technologie du monde. Comme le note Daily Kos, quand il est question du coût de la vie, « nous détestons tous et toutes les centres de données ». En Alberta, au Québec, dans le grand Toronto et en Colombie Britannique, qui sont les endroits qui subissent le plus de pressions agressives, (de la part des compagnies IA), nous devrions être en alerte maximales.
Dans son rôle avec les compagnies technologiques, M. Carney a aussi siégé au conseil d’administration du géant des paiements électroniques, Stripe. Cette compagnie est proche du leadership de P. Thiel qui l’a fondée. P. Thiel et Patrick Collison, fondateur de Stripe, sont tous les deux attachés à un concept connu sous le vocable de : « capacité libertarienne étatique » qui plaide pour que les gouvernements assument le coût des infrastructures nécessaires aux technologies émergentes de façon à ce que les entreprises spécialistes des prises de risques soient moins embarrassées quand vient le temps de spéculer en vue de profits, privés, bien sûr. Autrement dit, on socialise les risques et privatise les profits.
Au cours des quelques dernières semaines, plusieurs dirigeants.es de l’IA dont le P.D.G. de OpenAi, Sam Altaman, ont commencé à dire s’attendre à ce que les gouvernements s’impliquent en les soutenant financièrement si et quand la bulle éclatera. Est-ce que le gouvernement américain n’a pas fait cela en mars 2023 quand P. Thiel avec son dernier gros retrait de fonds de la Silicon Valley Bank a précipité une série de faillite de banques ?
Avec autant d’argent des fonds de pension et d’autres fonds publics investit dans l’IA, M. Carney pourrait aussi décider de soutenir financièrement les géants du secteur et les constructeurs de centres de données avec l’argent public. (Il devrait) plutôt prendre quelques précautions tactiques et retirer des investissements des entreprises de l’IA gonflées à bloc.
Protéger la population canadienne du crash de l’IA
Si le gouvernement se précipite pour sauver les compagnies de l’IA, ce serait manquer l’essentiel et punir la classe travailleuse du pays. Toute la foi aveugle et parfois l’excitation enfantine que M. Carney et d’autres politciens.nes vouent à l’IA générative ne tient qu’à l’illusion de gains financiers en même temps qu’au malentendu grossier à l’effet que l’IA serait en quelque sorte « intelligente » et donc socialement valable. M. Evan Solomon, le ministre de l’IA et de l’innovation technologique, est un de ceux-là.
Les remous financiers qui secouent les fondations de la bulle de l’IA est un signal d’alarme fort qui s’adresse à la stabilité de l’économie canadienne et à la sécurité du gros de la population canadienne. En se laissant séduire sans sens critique par le battage publicitaire (autour de l’IA), nos législateurs.trices s’avancent comme des somnambules dans la dangereuse fragilité du secteur, une vulnérabilité qui dépasse de loin nos fonds de pension et se rend au cœur de notre économie, de notre environnement et de nos services publics.
Ignorer cette menace financière imminente et ce qu’elle entraine de pressions sur l’énergie, l’eau et le contrat social, n’est plus une option. Le premier point à l’ordre du jour doit être une mobilisation nationale pour protéger notre pays de la probabilité qui se prépare d’un effondrement boursier tôt ou tard. Et cela passe par une bonne évaluation des valeurs et de mesures de leur isolement.
Pour passer du déni à la défense, le gouvernement doit immédiatement introduire et défendre des législations pour protéger nos fonds de pension, les fonds et les services publics des risques systémiques (en cours). Il doit aussi inviter la Banque du Canada et les gestionnaires de fonds à se préparer à un crash du secteur économique rattaché à l’IA.
Dès maintenant il doit commencer une évaluation nationale en commençant par les cinq secteurs les plus fragiles, soit, la finance, l’économie, l’environnement, la démocratie et le bien-être psychologique. Il devrait aussi immédiatement introduire une pause dans les dépenses dans les infrastructures, retarder l’approbation de construction de nouveaux centres de données et faire cesser les dépenses des ministères en matière d’IA tant que les évaluations ne seront pas complétées et leurs recommandations présentées.
Les enjeux sont si importants qu’ils commandent des délais de précaution. Nos dirigeants.es doivent cesser d’agir comme les promoteurs des spéculateurs.trices de la grande industrie technologique et prendre des positions protectrices immédiates envers la sécurité financière de plus de 40 millions de Canadiens.nes face aux retombées d’un éclatement de la bulle boursière spéculative.
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