Édition du 3 mars 2026

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Canada

Le nouveau conseil de direction de Pierre Poilievre noyauté par des lobbyistes d’entreprises

Des lobbyistes et des militant·e·s anti-avortement siégeant à un organe influent contrastent avec le discours public du Parti conservateur. Alors que le chef conservateur Pierre Poilievre promettait de se battre pour les « gens ordinaires » du Canada lors d’un congrès national tenu le week-end dernier à Calgary, son parti a élu un conseil de direction rempli de lobbyistes travaillant pour certaines des plus puissantes entreprises du pays.

4 février 2026 | tiré et traduit de Breach.media

La moitié de son nouveau conseil de 20 personnes — un organe influent qui supervise les affaires internes du parti, notamment les investitures et la préparation électorale — sont des lobbyistes d’entreprises actuels ou récents, révèle une analyse des registres de lobbyisme effectuée par The Breach.

Cela n’a pas empêché le député conservateur Aaron Gunn de décrire les conservateurs comme le « parti des travailleurs canadiens ». « Nous sommes le parti des gens de métier, des travailleurs des ressources et de celles et ceux qui jettent les bases de la prospérité et du succès futurs du Canada », a-t-il déclaré dans un discours au congrès.

Mais si la composition du conseil de direction est un indicateur fiable, les conservateurs ressemblent davantage au parti des PDG, des entreprises extractives et de ceux qui pavent la voie à l’accaparement des profits et à l’explosion des inégalités.

Des membres du conseil ont fait du lobbyisme pour des entreprises pétrolières, gazières et minières, pour les grandes entreprises technologiques, les géants des télécommunications, les associations pharmaceutiques et le secteur financier.

Plusieurs des membres réélus ont continué à faire du lobbyisme auprès du gouvernement fédéral pendant leur précédent mandat de trois ans au sein du conseil, tout en bénéficiant de leur proximité avec Pierre Poilievre.

Le chef du Parti conservateur est membre de droit du conseil national et est censé assister à ses réunions, mais il a délégué sa plus proche confidente et ancienne directrice de campagne, Jenni Byrne, pour le représenter.

Byrne est elle-même à la tête d’un cabinet de lobbyisme qui a représenté des entreprises comme Loblaw et un promoteur immobilier.

Plusieurs membres nouvellement élus du conseil sont également alignés sur le mouvement fondamentaliste chrétien anti-avortement.

Cela rappelle que, malgré les efforts de Poilievre pour rebrander les conservateurs en champions anti-élites de la classe ouvrière, la machinerie interne du parti demeure profondément imbriquée dans la classe capitaliste canadienne, ainsi que dans le conservatisme social organisé.

Une porte tournante de lobbyistes d’entreprises

Parmi les membres nouvellement élus et reconduits au conseil figurent de nombreuses personnes ayant des liens étroits avec le monde des affaires canadien.

Plusieurs membres du conseil sont liés à Capital Hill Group, un important cabinet de lobbyisme d’Ottawa qui a représenté des clients allant de X Corp. (anciennement Twitter) à une entreprise européenne d’armement. Aaron Scheewe est aujourd’hui directeur général du cabinet. Wes McLean, un autre consultant de l’entreprise, continue de faire du lobbyisme aux niveaux fédéral et provincial après un passage comme député provincial au Nouveau-Brunswick (il a été déchu de ses fonctions à la suite d’une accusation de conduite avec facultés affaiblies en 2013).

Matthew Conway a auparavant travaillé pour Maple Leaf Strategies, un cabinet de lobbyisme qui a représenté des clients comme Enbridge, d’importants intérêts miniers et bancaires, ainsi que Facebook. Selon les registres fédéraux, Conway a lui-même fait du lobbyisme pour le fabricant d’armes General Dynamics aussi récemment qu’en 2024.

Anthony Matar, consultant chez Crestview Strategy, a fait du lobbyisme pour des entreprises extractives, ainsi que pour McDonald’s.

D’autres entretiennent des liens tout aussi étroits avec le secteur de l’énergie. Heather Feldbusch est une ancienne lobbyiste de l’Association canadienne du gaz et est associée à Alberta Counsel, une firme qui représente des compagnies pétrolières et des promoteurs immobiliers.

Amber Ruddy, vice-présidente chez Counsel Public Affairs, continue de faire du lobbyisme pour Telus ainsi que pour des entreprises pétrolières et gazières, et compte parmi ses clients les principaux groupes de pression des secteurs technologique et pharmaceutique.

Christina Mitas, ancienne députée provinciale ontarienne, lobbyiste active et participante à des rassemblements anti-avortement, a été élue au conseil de direction du Parti conservateur.
Crédit : Christina Mitas/Instagram

Les militant·e·s anti-avortement gagnent en influence

Aux côtés des lobbyistes d’entreprises, un second bloc est devenu plus visible après le congrès de Calgary : les militant·e·s socialement conservateurs, en particulier ceux et celles liés au mouvement fondamentaliste chrétien anti-avortement.

Parmi les nouveaux membres du conseil figure Colette Stang, ancienne présidente de la Saskatchewan Pro-Life Association, qui a soutenu une législation imposant l’implication parentale lorsque des mineures demandent un avortement.

Stang a également été appuyée par RightNow, une organisation anti-avortement qui a exhorté ses partisan·e·s à « s’assurer que des pro-vie siègent aux conseils nationaux » en raison de leur « incroyable influence sur le fonctionnement du parti ».

Kinsey Schurm et Dheeraj Jha ont tous deux reçu l’appui du président de la Campaign Life Coalition, Jack Fonseca, avant le congrès.

Si ces militant·e·s ont été élus au conseil national, d’autres tentatives de l’aile anti-avortement du Parti conservateur ont échoué lors du congrès.

Une résolution visant à revenir sur l’engagement figurant dans le programme du parti selon lequel celui-ci « ne soutiendra aucune législation visant à réglementer l’avortement » n’a pas été soumise au vote à Calgary.

Lors de l’élection de 2025, Poilievre avait réaffirmé cette position, promettant qu’un gouvernement conservateur n’introduirait pas de « lois ou autres restrictions » portant atteinte « au droit d’une femme de décider de ce qu’elle souhaite faire de son corps ».

Lors de son dernier congrès, en 2023 à Québec, des membres conservateurs avaient organisé une résolution issue de la base qui aurait interdit aux lobbyistes de siéger au conseil. Elle n’a pas été adoptée, et aucune résolution de ce type n’a été présentée cette fois-ci.

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