Édition du 14 septembre 2021

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Le sondage d’opinion comme mode de légitimation d’une mesure gouvernementale odieuse et liberticide

Négociation dans les secteurs public et parapublic

En septembre 2019, François Legault annonçait que les salariéEs syndiquéEs des secteurs public et parapublic ne devaient pas s’attendre à des augmentations salariales supérieures à l’inflation.

À la fin du mois d’octobre et au début du mois novembre, les organisations syndicales déposaient leurs demandes en vue d’améliorer les conditions de travail et de rémunération des 550 000 salariéEs, qui sont à 75% des femmes, de ces deux secteurs importants de notre développement social, culturel et économique. Chaque année, le ou vers le 30 novembre, l’Institut de la statistique du Québec nous apprend que la rémunération des salariéEs des services publics du Québec accuse un retard face aux autres salariéEs syndiquéEs. Le 12 décembre 2019, Christian Dubé communiquait aux organisations syndicales et à la population les offres du gouvernement Legault à ces personnes mal-payées et qui soutiennent à bout de bras depuis des décennies les services publics.

https://www.tresor.gouv.qc.ca/fileadmin/PDF/Nouvelles/cadre-finacier-negociation_20-25_16x9.pdf . Consulté le 12 décembre 2019.

Cette première offre prévoyait pour les employéEs ayant atteint le maximum de l’échelle un montant forfaitaire de 1000,00$ en 2020-2021 et ensuite pour l’ensemble du personnel concerné par la négociation les pourcentages d’augmentation suivants : 1,75% pour 2020-2021, 1,75% pour 2021-2022 et 1,5% pour 2022-2023. Le gouvernement Legault incluait également des mesures sectorielles pour des groupes prioritaires (préposéEs aux bénéficiaires et enseignantEs) dont le coût devait s’établir à 0,25% pour 2020-2021, 0,25% pour 2021-2022 et 0,5% pour 2022-2023. Au final, l’addition du forfaitaire, des paramètres salariaux et des mesures dédiées aux groupes prioritaires devaient permettre et nous citons « au gouvernement de faire un dépôt dont les impacts sur la masse salariale du gouvernement sont similaires à l’inflation ». En clair : pas plus de 2% d’augmentation annuelle de la masse monétaire totale. Remarquez le choix des mots : «  les impacts sur la masse salariale du gouvernement sont similaires à l’inflation » Rien donc pour remédier à la sous-rémunération dont sont victimes les salariéEs syndiquéEs des secteurs public et parapublic du Québec depuis la grande offensive néolibérale qui remonte au début des années quatre-vingt du siècle dernier.

Depuis le mois de décembre 2019, nous assistons, de la part du gouvernement Legault, à une similinégociation. Les négociatrices et les négociateurs du Conseil du trésor sont à la recherche de l’organisation syndicale qui va accepter le cadre de règlement gouvernemental qui sera ensuite imposé par « acceptation volontaire » ou « unilatéralement » aux autres groupes. Voilà pourquoi le gouvernement sonde en ce moment la population au sujet de certains aspects de sa gouverne : la question nationale, la crise sociosanitaire et les négociations dans les secteurs public et parapublic. Les questions qui sont posées au sujet de ce dernier enjeu sont particulièrement tendancieuses :

CE QUE LE GOUVERNEMENT VEUT SAVOIR

Exemples de questions posées dans le sondage de la firme SOM réalisé à la mi-mai pour le compte du gouvernement (Conseil exécutif) au sujet des négociations dans les secteurs public et parapublic

Au meilleur de votre connaissance, comment décririez-vous les demandes des syndicats qui représentent les demandes les employés des services publics ?

Exagérées
Correctes
Insuffisantes
Je ne sais pas/Je préfère ne pas répondre
Dans quelles mesures êtes-vous en accord avec les énoncés suivants :

Après un an, les négociations ont assez duré :

Totalement en désaccord
Plutôt en désaccord
Plutôt d’accord
Totalement d’accord
Les syndicats devraient accepter les offres du gouvernement :

Totalement en désaccord
Plutôt en désaccord
Plutôt d’accord
Totalement d’accord
Le gouvernement Legault propose d’augmenter le nombre d’infirmiers, de préposés en CHSLD et d’enseignants, et aussi d’augmenter leur salaire de façon plus importante que l’inflation. Dans quelle mesure êtes-vous d’accord que le gouvernement de François Legault donne la priorité à ces mesures dans le cadre des négociations ?

Totalement en désaccord
Plutôt en désaccord
Plutôt d’accord
Totalement d’accord
« Je ne sais pas/Je préfère ne pas répondre »

https://www.journaldequebec.com/2021/05/26/legault-sonde-t-il-pour-une-loi-speciale. Consulté le 26 mai 2021.

Il n’y a rien dans ce sondage pour éclairer la pensée des personnes qui sont sondées. Il s’agit tout simplement de mesurer le pourcentage de la population qui appuie les choix du gouvernement Legault. Il est pourtant de notoriété publique que les salariéEs syndiquéEs des secteurs public et parapublic sont sous-rémunéréEs et précisons-le, ce ne sont pas les offres actuelles du gouvernement qui vont permettre de mettre un terme à cette situation insoutenable et indéfendable.

Que dire de cette nouvelle offensive gouvernementale sur le terrain de l’opinion publique ? Le gouvernement Legault est rendu au moment décisif qu’il envisage depuis le tout début de la présente ronde de négociation : à défaut de trouver un groupe qui va accepter à la fois ses offres sectorielles et sa politique salariale (qu’il peut encore probablement légèrement bonifier) le tout se terminera par le recours à la solution autoritaire : c’est-à-dire l’imposition d’une loi spéciale (un ukase).

Pour conclure

Voilà pourquoi nous voyons dans le présent sondage d’opinion le signe annonciateur de l’adoption à venir d’une mesure gouvernementale odieuse et liberticide. La session parlementaire tire à sa fin, les salariéEs syndiquéEs du réseau de la santé annoncent le déclenchement de journées de grève pour le début du mois de juin, le moment semble idéal pour le gouvernement Legault, qui va bientôt entrer dans la dernière année de son mandat avant la prochaine élection générale, de tourner la page sur cette négociation qu’il a volontairement fait traîner en longueur…

Yvan Perrier

26 mai 2021

9h20

yvan_perrier@hotmail.com

Yvan Perrier

Yvan Perrier est professeur de science politique depuis 1979. Il détient une maîtrise en science politique de l’Université Laval (Québec), un diplôme d’études approfondies (DEA) en sociologie politique de l’École des hautes études en sciences sociales (Paris) et un doctorat (Ph. D.) en science politique de l’Université du Québec à Montréal. Il est professeur au département des Sciences sociales du Cégep du Vieux Montréal (depuis 1990). Il a été chargé de cours en Relations industrielles à l’Université du Québec en Outaouais (de 2008 à 2016). Il a également été chercheur-associé au Centre de recherche en droit public à l’Université de Montréal.
Il est l’auteur de textes portant sur les sujets suivants : la question des jeunes ; la méthodologie du travail intellectuel et les méthodes de recherche en sciences sociales ; les Codes d’éthique dans les établissements de santé et de services sociaux ; la laïcité et la constitution canadienne ; les rapports collectifs de travail dans les secteurs public et parapublic au Québec ; l’État ; l’effectivité du droit et l’État de droit ; la constitutionnalisation de la liberté d’association ; l’historiographie ; la société moderne et finalement les arts (les arts visuels, le cinéma et la littérature).
Vous pouvez m’écrire à l’adresse suivante : yvan_perrier@hotmail.com

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