Édition du 8 juin 2021

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Amérique centrale et du sud

Les crises du Brésil

Le congrès (parlement) brésilien veut imposer le renvoi (impeachment) de la présidente Dilma Roussef sur des questions de corruption. Forte des sondages, la droite brésilienne se relance à l’assaut. Il faut dire que le gouvernement fédéral, contrôlé depuis 2002 par le Parti des travailleurs (PT) est dans une mauvaise passe et en apparence incapable de faire face aux nombreuses crises actuelles. Depuis le début de 2015 en effet, l’économie brésilienne connaît sa pire performance depuis 25 ans. Parmi les facteurs importants expliquant ce déclin, il y a la baisse des exportations de ressources naturelles vers la Chine, le gros client depuis une dizaine d’années. La chute du prix du pétrole n’aide pas non plus.

Une deuxième crise est sociale. Depuis l’élection du PT en 2012, 35 millions de personnes, parmi les plus pauvres, ont été sorties de la pauvreté grâce aux programmes de redistribution mis en place par le gouvernement. Ce sont surtout les exclus de la société brésilienne, notamment dans la région la plus pauvre du pays, le Nordeste. Pour d’autres catégories de la population, y compris la classe ouvrière du secteur industriel et la fonction publique, la gestion économique est davantage contestée. Ce qui explique les grandes manifestations récentes dans les grandes villes comme Sao Paulo et Rio de Janeiro où les gens se sont mobilisés contre la hausse des frais de transport et le manque d’accès à l’éducation. À l’heure actuelle, plusieurs dizaines d’écoles publiques de Sao Paulo sont occupées par les professeurs, parents et élèves

À ces deux crises s’ajoute la crise politique. La corruption est demeurée endémique malgré les promesses du PT à cet égard. Beaucoup de gens ont perdu confiance dans les institutions politiques, y compris la gauche. Il faut dire que cette situation a été héritée par le PT, qui a eu cependant la mauvaise idée de reporter à plus tard les réformes qui avaient été promises. À titre d’illustration, sachons que 95 % du financement des campagnes électorales vient des entreprises privées. Cela ouvre la porte aux manipulations du processus politique et au blocage des lois et mesures qui auraient pu améliorer la vie des gens.

La montée des colères contre Dilma et le PT résulte également du monopole médiatique de la droite, notamment via l’empire médiatique Globo, qui possède une grande partie des médias écrits et électroniques et qui systématiquement reproduit les idées et les valeurs élitistes, réactionnaires et xénophobes.

Tous ces facteurs s’additionnent et produisent la crise actuelle, qui interpelle durement les mouvements populaires. Traditionnels alliés du PT, ces mouvements sont désemparés. Non seulement ils ne peuvent plus fermer les yeux sur les pratiques douteuses au niveau de la gouvernance, mais aussi ils constatent qu’il faut revenir aux principes et aux idéaux qui avaient été au centre de la montée du PT dans les années 1990-2000 : réforme politique des institutions, réinvestissement dans les programmes sociaux et les services publics, réforme agraire en défense de l’environnement et de la petite paysannerie contre l’agrobusiness, réforme urbaine pour lutter contre le manque de logement et l’appauvrissement des villes. Le débat est présentement ouvert, certains argumentant ouvertement pour la mise en place d’une alternative au PT, tout en évitant que la crise actuelle ne ramène au pouvoir une droite agressive et répressive.

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