Édition du 27 septembre 2022

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Le mouvement des femmes dans le monde

Les femmes à la télé : stratégies pour diffuser le féminisme au Ghana

Ama Pratt partage son expérience chez Pan African télévision lors du webinaire sur féminisme et communication de Capire

Tiré de Entre les lignes et les mots

Le mot « féminisme » au Ghana – et, j’oserais dire, dans la majeure partie de l’Afrique – porte une certaine connotation négative. Beaucoup de gens refusent de s’identifier comme féministes, et c’est notre premier défi en communication.

Vous ne pouvez pas communiquer une idée correctement si les gens ne s’identifient pas à elle. C’est pourquoi notre stratégie est de situer le féminisme dans un contexte politique pertinent. Situer notre lutte pour l’idéal d’un monde avec une répartition égale des richesses, avec des droits égaux, où nous pouvons vivre notre vie de la meilleure façon. Nous devons présenter cela comme quelque chose qui profite aux deux sexes. C’est une façon de dire que notre combat est basé sur la construction d’un monde égalitaire en unifiant les luttes. Pour ce faire, nous plaçons les personnes les plus faibles au centre de toutes nos activités. Il s’agit d’une valorisation des luttes liées à la question du genre comme étant peut-être la lutte centrale de tout ce que nous faisons. Par conséquent, l’autonomisation des femmes est une question de départ à la base.

Tout cela a de nombreuses couches. Nous examinons des questions telles que les droits reproductifs, la marchandisation de notre nature, la violence sexiste, la privatisation de la santé et de l’éducation. Mais comment communiquer ces choses d’une manière qui favorise la transformation ? Je le vois de deux manières : la sensibilisation et l’influence. Nous voulons sensibiliser – et peut-être que je tiens pour acquis l’appréciation de tous les contextes très culturels et très traditionnels, le fait que beaucoup de nos citoyens africains et citoyennes africaines sont profondément lié(e)s à la culture et aux traditions.

Alors, comment sensibiliser afin d’avoir une influence pour que cette transformation soit possible ? La perception est tout dans ce sens. Dans Pan African TV, nous avons décidé que la programmation et le contenu télévisuel sont notre chemin. Nous créons du contenu délibérément et consciemment pour répondre à ce grand « comment ».

La deuxième stratégie est celle des événements. Il ne s’agit pas de grands événements prestigieux, mais de trouver des moyens d’accéder aux espaces informels. La catégorisation des femmes est là, nous avons nos étudiantes, nos marchés, nos coopératives. Il faut aller dans ces espaces informels, les écouter et considérer leur perspective, de leur point de vue. Certains de nos contenus impliquent même d’aller dans ces lieux pour avoir un contact direct. Notre objectif avec ce genre de stratégie serait l’action. Inspirer les gens à faire quelque chose, à prendre une initiative, à bouger, à parler. Aller à des événements serait l’une de ces choses, car les gens viennent de chez eux pour donner leur compte, et cela conduit à des transformations.

En ce qui concerne la programmation, nous avons des histoires sur les marchés : nous entrons dans ces marchés, nous parlons à ces femmes et nous comprenons quels sont leurs défis et les propositions qu’elles ont pour les résoudre, les façons dont elles attendent que les pouvoirs en place les résolvent. Le dialogue est la clé. Et la représentativité est importante pour nous, car nous avons besoin de voir des femmes s’asseoir à ces tables et s’impliquer. Mais la représentativité ne résout pas tous nos problèmes. Pour nous, la représentativité serait la cerise sur le gâteau, ce gâteau étant un monde où toutes les femmes – et par extension tous les êtres humains – vivent au mieux de leur potentiel. La représentativité devient ainsi une facette, une façon plus progressiste de faire les choses. Nos activités et notre stratégie doivent aller dans le sens de l’ensemble. Nous recherchons un monde où les femmes ont accès aux moyens de production et de distribution, avec une égalité réelle et effective. Et puis la représentativité devient un bonus, car c’est une façon de voir nos femmes.

La stratégie est la valorisation réelle du contexte et de la perception culturelle. Une identification du féminisme dans un contexte spatial. Les femmes ici diraient qu’elles sont progressistes et veulent de l’avancement, mais qu’elles ne sont pas féministes. Nous devons donc d’abord valoriser cela, puis trouver un moyen de rendre le féminisme plus pertinent. La communication vise à positionner le féminisme d’une manière qui soit pertinente pour nous toutes, avec la définition de ce qu’est le féminisme et comment il est pertinent pour nous, en tant que peuples du monde, et pour notre lutte ultime pour un monde égalitaire pour tous les peuples.

Et comment ferions-nous cela ? Ici, en regardant le féminisme au centre de tout et en disant que nous commençons par le bas, cela devient la forme principale et donne plus de pertinence à la lutte. Nous apportons le féminisme dans tous les espaces. Pour les programmes et les contenus télévisés, mais aussi en visitant des espaces non officiels pour écouter et canaliser les activités de communication d’une manière qui soit pertinente pour ces espaces dans lesquels nous sommes engagées, en examinant les problèmes spécifiques auxquels nous sommes confrontées en tant que femmes. À la télévision, dans les vidéoclips, nous essayons de créer une représentativité plus progressive en ce qui concerne la façon dont les femmes sont positionnées et représentées. C’est notre stratégie, une approche plus holistique de la façon dont nous voyons les vertus hégémoniques, comme la force, par exemple. Nous parlons de force non seulement en termes de force physique, mais aussi en termes de force émotionnelle. En ce sens, je dis que nous pourrions considérer des valeurs telles que la bienveillance comme essentielles à notre identité, ce qui place les femmes et leur force dans une perspective positive. Ce que nous avons, ce que nous sommes et notre contribution ne sont pas laissés de côté. Les soins, l’entretien que nous promouvons sont au cœur de nos luttes. Et nous transmettons cela avec la valeur que ces choses ont.

L’essentiel vient de notre identification en tant que féministes. Si dans ce contexte culturel il y a un mauvais sentiment autour du nom, comment contourner cela et agir ? La réponse, pour nous, est de rester pertinent, car lorsque vous commencez à expliquer votre position, cela va au cœur de ce que nous avons en commun. Les gens se rendent compte qu’ils ont des histoires, des luttes et des défis similaires. Dans la communauté, lorsque nous partageons ce que nous avons en commun et comprenons l’unicité de nos histoires et de nos luttes, cela va au-delà du nom et de ce que nous choisissons d’appeler. Nos luttes sont les mêmes – nous sommes tous et toutes à la recherche d’un monde où nous sommes égaux.

Dans la lutte, il y a des sous-luttes, donc nous commençons par les personnes les plus faibles. Et puisque les femmes sont à la base de la base, cela signifie une compréhension et une appréciation de la pertinence de ce que nous faisons en tant que féministes, et de la pertinence de savoir qui et ce que nous sommes afin de construire notre agenda commun. Alors peut-être que plus de femmes s’identifieront à ce que nous faisons et s’identifieront comme féministes.

C’est pourquoi nos programmes et événements sont centrés sur la communauté. Nous allons sur les lieux et nous écoutons les femmes, voix en général marginalisées au sein de la communauté. Nous écoutons ces voix et perspectives car, en fin de compte, c’est ce qui nous mènera vers la transformation que nous recherchons. Et le destin est un monde égalitaire.

Ama Pratt
Ama Pratt est directrice exécutive de la Fondation OBAASIMA et directrice générale de Pan African TV. Elle est l’animatrice de l’émission « Sur le canapé avec Ama Pratt » [The Couch With Ama Pratt], dans laquelle elle discute des questions sociales, de la politique et des questions concernant les travailleurs et travailleuses et les marginalisé(e)s de la société. Cet article est une édition de la contribution d’Ama Pratt lors du webinaire de Capire « Stratégies politiques de communication féministe et populaire », tenu le 05 juillet 2022.
Édition par Bianca Pessoa
Traduit du portugais par Andréia Manfrin Alves
Langue originale : Anglais

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