Libéralisme et démocratie : voici deux termes souvent plus ou moins confondus, ce qui entraîne bien des malentendus et des confusions intellectuelles sur le fonctionnement réel des régimes libéralo-électoraux. Cela fait l’affaire des maîtres du régime politique en place. Pour y voir plus clair, il faut d’abord s’entendre sur les termes en question.
La démocratie tout d’abord. Dans l’idéal, il s’agit du gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple. En théorie, le régime repose sur la légitimité électorale, il garantit la liberté des droits, le pluralisme politique et promeut la séparation des pouvoirs.
Mais cette définition générale et assez vague gomme complètement la réalité des inégalités de fortune, des pouvoirs d’influence et la réalité des classes sociales. Si aujourd’hui, sur le plan des droits formels, tous et toutes se trouvent sur un pied d’égalité, dans la réalité, il en va tout autrement. La question des revenus, la position sociale des individus et la capacité considérable d’influence dont certains bénéficient au détriment de beaucoup d’autres consacrent la vulnérabilité de bien des travailleurs devant les pouvoirs économiques. Ceux-ci ont l’oreille des décideurs et décideuses politiques, alors que les autres... Évidemment, si on est syndiqué, on est moins vulnérable que dans le cas contraire, mais quand même une certaine vulnérabilité demeure. L’égalité formelle de tous et toutes en termes strictement politiques, même si elle constitue un acquis non négligeable, ne peut compenser pour des inégalités sociales aigues, comme Marx et ses successeurs l’ont bien constaté. On est plutôt en présence d’un régime ploutocratique, c’est-à-dire celui où le pouvoir politique est exercé surtout par plus riches au détriment de la masse de la population laborieuse.
Dans ce contexte, peut-on encore parler vraiment de démocratie ? En tout cas, on est loin du danger de la dictature de la majorité, un risque qui inquiétait Alexis de Tocqueville dans son essai classique « De la démocratie en Amérique ». Les profondes et virulentes divisions de la société américaine le prouvent bien.
Venons en au libéralisme à présent. On le définit comme étant une doctrine philosophique et politique qui place la liberté individuelle, les droits fondamentaux et la limitation du pouvoir de l’État au coeur de l’organisation sociale. Fondé sur le pluralisme et l’égalité en droit, il prône un régime représentatif (fondé sur l’électoralisme) qui garantit les libertés civiles (expression, culte et surtout peut-être, propriété) contre l’arbitraire. Il mise sur le jugement de l’individu, laissé en principe libre de ses choix face à la collectivité.
Il canalise bien des frustrations face aux différents pouvoirs en place grâce à la liberté d’expression qu’il permet.
Poussé à sa limite, le libéralisme se transforme en libertarisme, soit le droit réclamé par certains de faire tout ce qui leur plaît, même au détriment des intérêts de leurs compatriotes. À la limite, il s’agit d’une morale de la force. Le libertarisme prône une liberté individuelle maximale comme un droit naturel et une valeur suprême ; il cherche à minimiser, voire à supprimer l’intervention de l’État dans les sphères économiques et sociales au profit d’une liberté maximale d’action et du libre marché. Il prétend dépasser le clivage traditionnel gauche/droite. Que les meilleurs gagnent, telle pourrait être sa devise.
On en rencontre dans tous les milieux : chez des entrepreneurs, des financiers et des politiciens, pour ne nommer que ces catégories. S’ils ne sont pas majoritaires chez les tenants du libéralisme (lesquels acceptent un certain encadrement de leur liberté d’initiative), leur influence se fait quand même sentir.
Nous vivons dans une société capitaliste, où le droit d’entreprendre est présenté comme un absolu, puisqu’il relève du libéralisme économique. Certes, le droit d’expression est garanti par la Constitution, mais nos « élites » politiques dans l’ensemble sont bien plus attachées au libéralisme qu’à la démocratie, qu’elles contournent de diverses manières, au gré des variations de leurs intérêts et de ceux de leurs alliés capitalistes, le tout au détriment souvent des faibles et des démunis.
La démocratie ne se limite pas à l’électoralisme. Elle vient d’une maîtrise aussi accomplie que possible des gens sur le cours de leur vie, sur la capacité de se réaliser soi-même et sur la meilleure redistribution possible de la richesse produite par la société, richesse non seulement matérielle mais aussi culturelle.
C’est peut-être là la façon la meilleure d’améliorer la condition humaine.
Jean-François Delisle
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