Édition du 8 octobre 2019

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Féminisme

Logement et pauvreté des femmes : les inégalités persistent !

À cinq jours de la Journée internationale des droits des femmes, le Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), le Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale (RMFVVC) et la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes (FMHF) unissent leurs voix pour dénoncer les problèmes de logement qui affligent les femmes locataires. Même si leur situation continue de s’améliorer, ce que démontre le 5ème dossier noir Femmes, logement et pauvreté publié par le FRAPRU, les inégalités restent tenaces.

À partir de chiffres souvent inédits du recensement mené en 2016 par Statistique Canada, le FRAPRU révèle que les femmes, alors qu’elles sont responsables de plus de la moitié des ménages locataires, ont un revenu annuel de 6078 $ de moins que celui des ménages sous la responsabilité d’un homme. Un écart qui atteint 8 443 $ au Saguenay-Lac-Saint-Jean, 8 628 $ en Abitibi-Témiscamingue et jusqu’à 11 338$ dans le cas de la région administrative de la Côte-Nord. Les femmes sont donc plus à risque de vivre des dénis du droit au logement. Par exemple, elles sont plus nombreuses (248 485) que les hommes (208 855) à devoir débourser plus de 30% de leur revenu pour le loyer. « C’est important de noter que le revenu médian de ces ménages est d’à peine 19 624 $ par an et qu’il descend à seulement 13 375 $ pour ceux qui engloutissent plus de la moitié de leur revenu pour se loger. On parle de 100 145 femmes là, c’est énorme ! », s’insurge Céline Magontier, responsable des dossiers Femmes, au FRAPRU.

Les plus durement touchées

Les ménages locataires dont le principal soutien financier est une femme, soit jeune, soit âgée, sont en proportion plus nombreux à payer une part démesurée de leur revenu pour leur logement. Dans le cas du groupe des 15 à 24 ans, ce sont 14,7% des femmes locataires qui n’ont d’autre choix que d’engloutir plus de 80% de leur revenu pour se loger. « Quand on sait qu’elles ont un revenu annuel dépassant à peine 5000 $, on peut se demander comment elles font pour manger à leur faim », ajoute Céline Magontier. Les locataires de 75 ans et plus ont, quant à elles, un revenu médian de 22 759 $ par an, soit 11 375 $ de moins que celui de leurs homologues masculins ; presque une sur cinq doit consacrer plus de la moitié de son revenu au loyer.

Selon le FRAPRU, les familles locataires, particulièrement celles ayant de bas revenus, sont très souvent victimes de discrimination lors de la recherche de logement, en raison de la présence d’enfants. La situation a tendance à s’aggraver lorsqu’il s’agit des familles monoparentales, qui sont aujourd’hui presque aussi nombreuses que les biparentales. Alors que 80% des ménages monoparentaux sont sous la responsabilité d’une femme, leur revenu est inférieur de 7019 $ à celui des ménages semblables sous responsabilité masculine. On ne s’étonnera pas, alors, que plus d’une femme sur trois dans cette situation doive dépenser plus de 30% de ses revenus pour se loger.

Pénurie de logements et violence vécue par les femmes dans leur foyer

Les trois regroupements soulignent par ailleurs que quelque soit le statut conjugal, familial, l’origine ethnique, ou l’âge, etc., aucune femme n’est à l’abri de vivre du harcèlement, des violences, ou encore des agressions sexuelles dans son foyer, que ce soit de la part de son conjoint, de son mari, de son propriétaire, son concierge ou encore son co-chambreur. Quand elles sont en situation de précarité, cela implique d’être prisonnières de leur logement, contraintes à se taire par peur de le perdre. « Les femmes victimes de violence conjugale qui fréquentent nos maisons ont souvent beaucoup de difficulté à trouver un logement qui correspond à leurs moyens. Celles qui ont des enfants vivent en plus beaucoup de discrimination lors de leurs recherches. Pour celles qui arrivent à se reloger, c’est trop souvent dans un endroit trop petit, insalubre ou non sécuritaire », explique Louise Riendeau, porte-parole du RMFVVC.

Selon les données colligées par le FRAPRU, le quart des femmes responsables de ménages locataires en situation d’immigration vivent dans un logement de taille insuffisante, alors que c’est le cas de 4 % des non immigrées. Les femmes locataires autochtones, racisées ou encore en situation de handicap sont aussi plus souvent victimes d’une grande précarité et de discrimination dans la recherche de logement.

Tout porte à croire que les conditions de logement des ménages les plus vulnérables vont se détériorer dans les prochains mois. En effet, les derniers rapports de la Société canadienne d’hypothèques et de logement établissent un manque important de logements dans la plupart des agglomérations québécoises de 50 000 habitants et plus. Une grave pénurie pourrait entraîner une nouvelle flambée des loyers et la hausse des cas de discrimination. « Les maisons membre de la FMHF débordent déjà et doivent refuser chaque année entre 6000 et 10 000 femmes violentées, aux prises avec des situations de plus en plus complexes : itinérance, traite, exploitation sexuelle, mariages forcés, etc. Nous n’avons pas de financement suffisant pour offrir plus de places et de services adaptés ; mais quand bien même ; si les femmes hébergées ne peuvent se trouver un logement pour sortir de nos maisons, comment en accueillir d’autres ? », s’inquiète Manon Monastesse, directrice de la FMHF.

Les responsabilités gouvernementales

À la lumière de ces constats, les trois regroupements demandent à Québec d’instaurer un réel contrôle des loyers, ainsi que des investissements accrus de Québec et d’Ottawa en faveur du logement social. Selon eux, les gouvernements de François Legault et de Justin Trudeau ne peuvent rester sourds à la situation des femmes locataires au Québec. Le FRAPRU, quant à lui, est convaincu qu’en finançant 50 000 nouveaux logements sociaux en 5 ans, la province pourrait éviter une deuxième grave pénurie de logements, comme celle du début des années 2000.

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