Édition du 27 septembre 2022

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Europe

Mobiliser pour « gouverner autrement » : le discours offensif de Jean-Luc Mélenchon

En conclusion de l’université d’été de La France insoumise, l’ancien candidat à la présidentielle a livré un discours écologiste sur une base de rupture, condition de l’union selon lui. « Je n’ai cessé de croire que nous aurons bientôt à gouverner ce pays », affirme-t-il.

28 août 2022 | tiré de mediapart.fr-20220828&M_BT=733272004833]

ChâteauneufChâteauneuf-sur-Isère (Drôme).– Cette année, l’université d’été de La France insoumise (LFI), près de Valence (Drôme), avait un parfum d’union. Dans la foule de plusieurs milliers de personnes réunies devant le lac de Châteauneuf-sur-Isère, le 28 août, pour le meeting de clôture de Jean-Luc Mélenchon, des drapeaux multicolores de la Nouvelle Union populaire, écologiste et sociale (Nupes) s’agitent.

Quand Pierre Jouvet, porte-parole du Parti socialiste (PS), ex-candidat aux législatives dans la Drôme, intervient après Léon Deffontaines (Parti communiste) et Léa Balage El Mariky (Europe Écologie-Les Verts), une joie éclate. « Quel accueil pour un socialiste, mes amis ! [...] Pendant des années, le PS était plutôt habitué à conclure les universités d’été du Medef. La rupture, elle est là !  », lance le bras droit d’Olivier Faure, ravi.

L’anecdote permet de mesurer le chemin parcouru depuis qu’en une dizaine de jours, avant les élections législatives de 2022, la gauche et les écologistes ont scellé l’accord qui leur a permis de présenter des candidats et candidates uniques dans toutes les circonscriptions, privant in fine Emmanuel Macron de majorité absolue à l’Assemblée nationale.

Consolider l’union sur la base d’une écologie de rupture

Accueilli par les traditionnels slogans « Résistance ! » et « Union populaire ! », Jean-Luc Mélenchon a parfaitement intégré cette nouvelle donne politique, qu’il a lui-même contribué à provoquer en tendant la main aux organisations de gauche après l’échec de la présidentielle.

L’ancien député continue d’exercer un rôle de « guide », de l’avis des militant·es à LFI rencontré·es lors de ces Amfis (le nom de l’université d’été de LFI). Il a d’ailleurs passé une tête à certains débats – sur l’inflation notamment – pour fixer le cap, et déambulé avec certains partenaires de la Nupes pour réaffirmer la recomposition en cours.

L’objectif, en filigrane : consolider l’union, en vue d’un possible retour aux urnes en cas de dissolution de l’Assemblée nationale.

Cette recomposition est apparue clairement dans son discours, moins cabotin, plus grave et rassembleur que ses précédents (il a rendu hommage au maire écologiste de Lyon, Grégory Doucet, et au premier secrétaire du PS, Olivier Faure), exposant une ligne à la fois résolument écologiste et anticapitaliste. « Je le dis : l’union n’est possible dans notre famille qu’à la condition de se déployer dans l’imagination d’une rupture complète avec le système capitaliste », déclare-t-il notamment, avec des accents mitterrandiens.

Bifurcation, planification écologique, « harmonie des êtres humains entre eux et avec la planète » : l’ancien député a lié les mots d’ordre de son mouvement avec l’été de tous les désastres écologiques que nous venons de traverser. « Il faut prévenir, réparer, et ne pas accepter l’idée que la nature aurait un prix, et qu’on pourrait payer le prix de la réparation. Il faut entrer en empathie », affirme-t-il, ajoutant qu’au « moment où nous venons de vivre la plus grande sécheresse depuis 500 ans, nous avons vu que ce n’est pas la forêt qui brûle, c’est nous qui brûlons avec ».

Pour le tribun, les défis climatiques sont inconciliables avec le système capitaliste, car « les profits se font contre l’intérêt général humain », a-t-il déclaré, quand la ministre Olivia Grégoire se félicitait la veille aux Amfis de la progression des dividendes des actionnaires. « À quoi bon faire le petit Mélenchon de contrebande en parlant de planification écologique quand il ne fait rien du tout ? », a-t-il lancé, attaquant Emmanuel Macron.

Ce dernier a récemment affirmé que nous avions atteint « la fin de l’abondance ». L’expression est raillée par Jean-Luc Mélenchon : « Qui a eu de l’abondance dans ce pays ? Ça fait trente ans que vous nous rabâchez que c’est la crise. Les ressources de la planète ont toujours été limitées. Ce qu’il y a eu, c’est de l’irresponsabilité, du pillage, du saccage. »

Une rentrée sur le front des luttes

L’Insoumis n’oublie pas le volet social, alors que la rentrée s’annonce chargée, entre l’inflation galopante, les réformes des bourses étudiantes, des retraites ou encore de l’assurance-chômage. « Macron a choisi l’affrontement », dit-il, prônant pour sa part le partage des richesses, l’augmentation du Smic et la mise à contribution du capital pour affronter la crise climatique.

Les mouvements de grève et de révolte contre la hausse des prix de l’énergie au Royaume-Uni semblent conforter les Insoumis dans l’idée que l’explosion sociale n’est qu’une question de temps en France. Aussi Jean-Luc Mélenchon encourage-t-il ses soutiens à s’investir dans les luttes. Les groupes locaux de la Nupes seront ranimés ces prochains jours dans les circonscriptions, comme nous l’ont confié plusieurs députés ou anciens candidats, avec des initiatives à la clé.

Pétition pour taxer les superprofits, marche contre la vie chère en octobre et soutien aux luttes locales à travers des comités sont déjà au programme. L’initiative d’Olivier Faure de proposer un référendum d’initiative partagée (qui exige d’obtenir 4,5 millions de signatures) sur la taxation des profiteurs de crise est également approuvée par Jean-Luc Mélenchon. L’occasion de resserrer les liens avec ses partenaires de gauche. Car, dans l’esprit de l’Insoumis, la Nupes pourrait être amenée prochainement à « gouverner autrement ».

Il y a quelques jours, la présidente du groupe insoumis à l’Assemblée, Mathilde Panot, affirmait que la vie politique française était un « compte à rebours de la dissolution ». L’ancien député la rejoint et espère que les mouvements sociaux peuvent précipiter les choses : « Si le mouvement populaire se mobilise, c’est nous qui dirons à Macron : il est temps de retourner aux urnes. »

Et d’appeler les jeunes – en particulier celles et ceux de moins de 26 ans qui l’ont plébiscité, mais dont beaucoup s’abstiennent – à s’investir. S’en remettant à l’optimisme de l’action, il conclut : « Je n’ai cessé de croire que nous aurons bientôt à gouverner ce pays. »

Mathieu Dejean

Journaliste Les Inrocks (France).

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