Édition du 16 avril 2019

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Environnement

Montréal 15 mars 2019 : Journée de grève pour la Terre

Vendredi le 15 mars 2019, je décide de m’installer au-devant du cortège des manifestantEs. Je me retrouve là où il y a des journalistes de la presse écrite et électronique, des photographes et des caméramen. Je ne suis pas réellement habitué à me mêler à ces personnes durant les manifestations. Dans mon for intérieur je me dis : "Une fois n’est pas coutume ».

Je cherche à connaître l’itinéraire qui sera emprunté par les manifestantEs. Une responsable du service d’ordre m’informe du parcours envisagé. Sur la base des informations gentiment transmises, je décide, une fois arrivé au coin des rues Parc et Sherbrooke ouest, de m’immobiliser. De cet endroit stratégique, j’ai pu admirer pendant plus de 35 à 40 minutes les étudiantEs défiler. Je demande à un policier à bicyclette à combien il évalue la foule qui prend part à la manifestation ? Il me répond : « Entre 25 000 et 100 000 personnes ». Ce sont ses chiffres. Je vous le concède, la marge entre 25 000 et 100 000 participantEs est grande, mais il semble qu’il s’agit bel et bien d’une manifestation imposante et importante surtout compte-tenu de l’enjeu : l’avenir de la Terre. 

Deux petites observations


Première observation : il y a une participation impressionnante de jeunes venant surtout des Polyvalentes et des Cégeps (anglophone et francophone) de l’Île de Montréal. Deuxième observation : je distingue ici et là, sous les bannières syndicales ou de partis politiques, quelques têtes blanches ou grises. Bref, les baby-boomers ne sont pas trop nombreux dans le cortège qui défile sous mes yeux. Il y a surtout des personnes qui ont vu le jour vers la fin du dernier siècle ou durant le présent millénaire. Pour un certain nombre, de la « Gen Z », c’est probablement leur première manifestation à vie et surtout pas la dernière.

De prolétaires de tous les pays…

Conclusion : cela fait au moins 50 ans que j’entends parler de pollution (de l’air et de l’eau). Cela fait depuis le milieu des années soixante-dix que j’entends dire qu’il faut mettre un terme au mode de production productiviste à l’origine de la croissance capitaliste destructrice des ressources de la planète Terre (1). Le 15 mars 2019, les jeunes étudiantEs étaient là en grand nombre à participer à cette journée de grève. Cela m’a rappelé, mémoire intérieure oblige, plusieurs journées de protestation auxquelles j’ai pris part dans ma vie. 

La manifestation du 15 mars 2019 m’a surtout fait penser à la gigantesque manifestation du 22 avril 2012. À cette grande différence près, il n’y avait pas, cette fois-ci, de Jean Charest et de Line Beauchamp pour parler d’un « Boycott » des cours.  Le 15 mars 2019, plusieurs étudiantEs ont décidé de prendre la rue autour d’un enjeu réellement incontournable : la survie de la planète. Elles et ils ont participé à un mouvement planétaire en vue de faire pression sur les dirigeantEs politiques. Le 15 mars 2019, des étudiantEs, de très jeunes étudiantEs surtout, ont fait la grève et pas de n’importe quel type de grève, une grève éminemment politique. Ce mouvement social de protestation est à suivre car il a à inventer de nouvelles façons de penser (de nouveaux paradigmes) et de nouvelles façons de faire. Les personnes qui prenaient part à la manifestation de vendredi dernier ont une vaste tâche qui les attendent, elles et ils ont un monde nouveau à inventer. Dans ma tête j’entendais un nouveau slogan : « Propriéterres de tous les pays, unissez-vous ! »...

Yvan Perrier
(!) Vous souvenez-vous du livre du Club de Rome intitulé : Halte à la croissance ? Ce livre a été publié en 1974.

Yvan Perrier

Yvan Perrier est professeur de science politique depuis 1979. Il détient une maîtrise en science politique de l’Université Laval (Québec), un diplôme d’études approfondies (DEA) en sociologie politique de l’École des hautes études en sciences sociales (Paris) et un doctorat (Ph. D.) en science politique de l’Université du Québec à Montréal. Il est professeur au département des Sciences sociales du Cégep du Vieux Montréal (depuis 1990). Il a été chargé de cours en Relations industrielles à l’Université du Québec en Outaouais (de 2008 à 2016). Il a également été chercheur-associé au Centre de recherche en droit public à l’Université de Montréal.
Il est l’auteur de textes portant sur les sujets suivants : la question des jeunes ; la méthodologie du travail intellectuel et les méthodes de recherche en sciences sociales ; les Codes d’éthique dans les établissements de santé et de services sociaux ; la laïcité et la constitution canadienne ; les rapports collectifs de travail dans les secteurs public et parapublic au Québec ; l’État ; l’effectivité du droit et l’État de droit ; la constitutionnalisation de la liberté d’association ; l’historiographie ; la société moderne et finalement les arts (les arts visuels, le cinéma et la littérature).

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