Édition du 10 décembre 2019

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Point de mire du 8 octobre 2019

Multiplication des luttes antisystémiques

Dans ces points de mire, Presse-toi à gauche présente synthétiquement des éléments d’analyses d’articles publiés dans l’édition de la semaine et explicite ses partis-pris sur les points d’actualité et les débats en cours. Points de mire, pour bien marquer où nous voulons en venir !

 
Cette semaine, André Frappier aborde la progression dans les sondages du Bloc québecois dans le cadre de l’élection fédérale du 21 octobre et il s’attaque au virage à droite de la formation qui s’incarne dans un suivisme envers la CAQ, pourtant un parti fédéraliste. Benoit Gaulin et Philippe Boudreau soulignent la pauvreté du débat politique que proposent les partis politiques canadiens. Ils dénoncent une campagne qui n’en est pas une, les slogans vides et la gestion à court terme ce qui prive les citoyen.ne.s d’une véritable conversation démocratique. Pierre Beaudet nous fait part des échanges qui se sont tenus dans le cadre de la rencontre des Ami.e.s du Monde diplomatique à Montréal à propos de la situation politique aux États-Unis. Une puissance en déclin, des partis pour qui les classes ouvrières et populaires ne sont que urnes à remplir de faux espoirs et une gauche qui se développe par le biais des luttes des africains-américain.ne.s (Black lives matter), des femmes (#metoo) et des enseignant.e.s, cette gauche qui s’incarne notamment dans les DSA (Democratic socialist of America).
 
Par ailleurs, Pierre Mouterde s’inscrit dans le débat qui anime Québec solidaire alors qu’il reproche aux autorités du parti et au courant « oniste » de faire l’impasse sur une série de débats non résolus, notamment en réintroduisant en douce le rapatriement de la LIT (lois, impôts, traités) dans la démarche d’accession à l’indépendance tel que proposé par QS avec deux textes (ici et ). La campagne électorale fédérale se poursuit et les groupes de femmes de la région de Québec avertissent de ne pas toucher au droit à l’avortement qui s’est invité dans le débat suite aux tergiversations d’Andrew Scheer. André Jacob quant à lui déplore l’absence de débat sur les conflits et les ressources que le Canada consacre à son appareil militaire (le budget est passé de 19 milliards$ en 2010 à près de 25 milliards$ en 2017).

Sur la scène internationale

Pour susciter votre intérêt à la situation internationale, nous avons sélectionné deux articles de fonds sur dette et immigration et écoféminisme.

Ensuite, nous avons retenu trois luttes ouvrières qui sont passées sous le radar mais qui sont intéressantes à connaître pour leurs spécificités.

Concernant des analyses

Dette coloniale et migrations

Dès le départ, l’article parle de pillage des pays du sud, pillage qui se perpétue encore de nos jours. « Le pillage des pays du Sud ne s’est pas limité aux ressources primaires. La colonisation a également pillé la force de travail, sous des formes extrêmes : épuisement de la main d’œuvre, traite et esclavage, massacres, génocides…...La colonisation a laissé derrière elle une dette colossale, démographique, économique, écologique et culturelle. »

En plus de la dette et du pillage, l’article fait le lien avec l’immigration. Pour l’auteur il y a plusieurs formes d’immigrations : « Il y a les colons partis exploiter les pays colonisés, 60 à 65 millions de personnes en quatre siècles et demi. Leurs descendants repartiront au moment de la décolonisation, entraînant avec eux une partie de la population non-Européenne (5,4 millions à 6,8 millions entre 1945 et le début des années 1990) » … « Il y a la traite négrière et l’esclavage colonial, qui a déplacé de 11 à 14 millions de personnes, selon les sources, auxquelles il faut d’ajouter les déplacements de main d’œuvre opérés d’une colonie à l’autre. » … « Les guerres coloniales ont induit des déplacements massifs de soldats français. »

L’article aborde aussi la question du racisme et des deux poids, deux mesures et l’illustre avec l’exemple d’une personne française qui décide d’aller en Afrique. Cette personne ne rencontre aucun problème. Par contre une personne africaine qui voudrait faire pareil se heurte à pleins d’embûches. L’article conclut en parlant de la nécessaire réparation des métropoles envers les colonies.

Écoféminismes : une réponse holistique à un système en crise

L’article pose les liens entre capitalisme et patriarcat, ces liens étant basés sur la dévalorisation du travail des femmes. L’évolution historique de ces deux systèmes a créé une séparation entre le productif et l’improductif entre les revenus et la gratuité et a genré cette division. « L’avènement du capitalisme a donc renforcé, transformé le patriarcat et a participé à la création de la division sexuelle du travail telle qu’on la connaît aujourd’hui. » L’auteure analyse ensuite tout le travail gratuit des femmes « Mais il y a aussi le travail gratuit, de soins aux autres, de soutien, le travail domestique... qui rend possible la reproduction sociale et les conditions de vie. Les femmes, prenant en charge plus de la moitié du travail mondial pour moins de 10 % des revenus sont en vérité « le vrai prolétariat ». »

La mondialisation a renforcé l’utilisation du travail gratuit des femmes en utilisant les femmes du Sud appauvrit pour les mettre au service de femmes du Nord. L’auteure poursuit sa réflexion en abordant l’écoféminisme : « En une phrase, ce qu’apporte l’écoféminisme – même si on l’associe souvent à quelque chose d’un peu mystique qui dirait que les femmes et nature sont liées par essence – c’est de faire le lien entre l’exploitation des femmes et de la nature. Ces deux modes de domination s’appliquent avec une logique et des discours similaires, et sont le résultat du complexe hétéro-patriarcal capitaliste et extractiviste. En d’autres termes, le drame écologique n’est pas seulement le résultat du capitalisme, mais aussi d’une logique patriarcale qui justifie la dévalorisation et l’exploitation de ce qui est considéré comme « féminin ». »

Avant de terminer, l’article fait des liens avec la notion de dettes. Dettes des métropoles pour avoir pillé les terres et les ressources. Dettes aussi envers les femmes pour les violences conséquences des projets extractivistes et destructeurs de l’agriculture locale. En conclusion, l’auteur réaffirme « En remettant d’autres valeurs comme la vie, le care, les capacités régénératrices en avant dans l’organisation de la société, on remet en cause notre compréhension de l’économie, et donc de la dette, de ce qui compte vraiment, de qui doit quoi à qui, et cela amène à se tourner vers d’autres types de solutions. »

Concernant les luttes ouvrières passées sous le radar

Irak : la rue s’embrase contre la corruption, au moins 28 morts

Ce sont les jeunes qui ont pris la rue en Irak au prix de leur vie : déjà plus de 28 morts et plusieurs milliers de personnes blessées. Ces mobilisations sont le symbole d’un ras-le-bol généralisé. « Les revendications de la contestation vont des services publics de base dans un pays en pénurie d’électricité et d’eau potable depuis des décennies jusqu’aux emplois pour les jeunes alors qu’un sur quatre est au chômage. » Toute ces revendications sont chapeautées par une exigence première soit la lutte à la corruption. « En effet, selon les chiffres officiels, l’équivalent de quelque 410 milliards d’euros d’argent public a été englouti depuis 2004, disparu dans les poches des hommes politiques de tous bords, des chefs de tribus ou d’affairistes. Une somme vertigineuse qui représente quatre fois le budget annuel de l’État. »

De plus le chômage est aussi pour les jeunes un enjeu de taille. Avant l’Irak fabriquait toutes ses utilités ; maintenant avec la mondialisation, l’Irak est devenu un peuple de consommation venue d’ailleurs.Et en conclusion « Le mouvement spontané des jeunes Irakiens ne semble dicté par aucun parti ou leader politique ou religieux, tous également rejetés. Il pourrait s’agir de la version irakienne des contestations récentes qu’ont connues d’autres pays arabes comme en Algérie, au Soudan ou en Egypte, contre des systèmes de gouvernement prédateurs et verrouillés depuis des années. »

Guadeloupe : un gros planteur cherche à se venger

Un gros planteur Tinos Tambas porte plainte contre un ancien travailleur pour avoir rendu public le sort d’un autre travailleur souffrant du cancer et qui a dû transporter des kilos de bananes jusqu’à en mourir et sans bénéficier de compassion. Mais en fait, ce fait divers met en évidence toute la surexploitation des personnes travaillant dans les plantations de bananes. Et cet ignoble planteur « cherche à se venger de la grève générale victorieuse de 2017 dans les plantations. Il a licencié la majorité des travailleurs grévistes et ose réclamer devant les Prud’hommes 60 000 euros de dédommagement pour avoir fait de grève ! Il cherche à briser le syndicat CGTG des ouvriers agricoles ... » Une lutte à mener contre l’exploitation et pour la justice sociale.

Equateur : Coordination unitaire des travailleurs des paysans et des organisations populaires-CUTCOP

L’Équateur petit pays mais qui vit une grève nationale pour lutter contre « contre la politique de terrorisme économique du gouvernement, l’oligarchie et les banquiers impérialistes du FMI. » Si la Bolivie connaît un tel bouleversement, c’est que la situation pour les travailleurs et travailleuses est critique « L’augmentation du coût des carburants augmentera de 20 à 30% du coût de la vie (nourriture, transport, médicaments et services). L’augmentation de 100% (deux fois) du diesel fera de la consommation de poisson et de crustacés un luxe. Dans le même temps, ils bloquent les salaires et les réduisent dans le secteur public. » Les conséquences des politiques actuelles ne peuvent mener qu’à la faim, la malnutrition, la mortalité évitable en bonnes conditions sociales. « Si nous n’arrêtons pas la politique de terrorisme économique maintenant, la TVA augmentera le plus tôt possible, l’éducation, la santé, l’IESS et toutes les entreprises publiques seront privati-sées et les fonds des crédits internationaux seront empochés. C’est-à-dire qu’ils nous laisseront sans présent et sans avenir. » Là aussi surexploitation et nécessaire justice sociale.

Bonne lecture

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