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Mardi 4 novembre 2025
1. Le fascisme rampant passe à la vitesse supérieure
Les formes du fascisme rampant sont les suivantes :
– la montée continue du parti raciste Reform UK de Farage ;
– cela recoupe, y compris au niveau des adhésions, les mobilisations de rue menées par Tommy Robison et les fascistes ;
– un parti conservateur en pleine désintégration qui adopte des politiques autoritaires de plus en plus radicales.
Le soutien au Reform continue de croître
L’élection partielle de Caerphilly, où le Reform n’a pas réussi à l’emporter mais est passé de 2 % lors de la précédente élection à 36 %, montre que les sondages nationaux, qui lui attribuent systématiquement plus de 30 %, sous-estiment plutôt son soutien. Si l’on prend en compte toutes les élections partielles municipales depuis les dernières élections générales, le Reform affiche la moyenne la plus élevée de tous les partis, avec 30 %. Ce chiffre ne dépend pas d’un taux de participation exceptionnellement faible. Les analystes ont expliqué comment le parti Reform incite les ancien·nes abstentionnistes à voter. Le taux de participation à Caerphilly a été plus élevé que lors de la plupart des élections au Senedd.
Le parti Reform vise à consolider sa position en créant des sections dans autant de circonscriptions que possible. Son objectif d’atteindre plus de 900 conseillères et conseillers locaux contribue à renforcer cette base. Les fonds sont abondants et le parti professionnalise son fonctionnement avec de nombreux collaborateurs et collaboratrices qui quittent les conservateurs. Il vise à briguer beaucoup plus de sièges que jamais lors des élections locales, écossaises et galloises de mai 2026. Le député conservateur Danny Kruger, qui était encore en pleine ascension au sein du parti de Badenoch, est la dernière recrue en date, et récemment, vingt conseillères et conseilers municipaux du Hampshire et du Dorset ont également changé de camp. Au sein du Parti conservateur, des voix s’élèvent ouvertement pour réclamer un accord électoral avec le Reform afin de sauver ce qui reste du parti.
Pour l’instant, les sondages montrent qu’une majorité reste opposée à l’idée de voir Farage devenir Premier ministre, et Caerphilly montre qu’il existe un potentiel de vote tactique pour bloquer la progression du Reform. Malheureusement pour Starmer, le Parti travailliste est tellement impopulaire qu’il pourrait ne pas être considéré comme le pivot autour duquel les forces anti-Farage vont se rallier. Les partis nationalistes, verts ou de gauche comme Your Party pourraient bien devenir ce pivot. Ce serait un désastre pour la gauche, et cela ne fonctionnerait même pas nécessairement, si la majorité du mouvement pensait que la seule façon d’arrêter le Reform était de se rallier au gouvernement en faillite de Starmer dans le cadre d’une alliance vaguement progressiste.
Le courant fasciste se renforce
Tommy Robinson a certainement réussi un coup politique avec la manifestation de plus de 100 000 personnes le 13 septembre, probablement la plus grande manifestation fasciste jamais organisée dans ce pays. Outre les slogans anti-immigré·es et anti-islamiques, nous avons également assisté à l’émergence d’un sentiment nationaliste chrétien similaire à celui que nous avons vu aux États-Unis. Lier tous les immigré·es et les demandeurs et demandeurs d’asile à la violence sexuelle et à la pédophilie était un autre mensonge réactionnaire qui a animé la mobilisation. Au cours des semaines qui ont précédé et suivi cette mobilisation, nous avons assisté à la campagne « Raising of the Flags » (Hisser les drapeaux) menée par les fascistes. Des drapeaux britanniques et le drapeau de Saint-Georges ont été hissés, à la manière des Six Comtés, sur des lampadaires. Les bordures de trottoirs et même les ronds-points ont été peints en rouge, blanc et bleu. Robinson se présente également comme un sioniste luttant contre l’antisémitisme et a été invité par des personnalités politiques de haut rang à se rendre en Israël. Lorsque la controverse sur les supporteurs du Maccabi Tel Aviv a éclaté, il a immédiatement déclaré qu’il appellerait ses partisan·es, dont beaucoup sont des fans de football, à manifester leur soutien.
Les conservateurs continuent de glisser vers la droite
Au sein du Parti conservateur, le discours et les politiques en cours d’élaboration marquent une rupture totale avec la trajectoire historique de ce courant politique extrêmement populaire. Des conservateurs de la vieille école comme Michael Heseltine l’ont ouvertement condamné. Robert Jenrick, candidat malheureux à la direction du parti, s’est quant à lui rallié avec enthousiasme aux fascistes qui brandissent les drapeaux et a réalisé une vidéo à Handsworth, près de Birmingham, dans laquelle il se plaint de ne voir aucun visage blanc. La semaine dernière, une ministre déléguée, Katie Lam, a appelé à l’expulsion rétroactive de millions de personnes qui ont déjà le droit de rester indéfiniment dans ce pays, au motif que nous avons besoin d’une « culture cohérente ». Ce virage à droite n’a pas profité aux conservateurs, qui ont perdu leur caution avec seulement 2 % des voix à Caerphilly.
Nous ne pouvons exclure un accord électoral entre les conservateurs et le Parti réformiste, ni une absorption ou une reconfiguration des deux courants en un seul parti d’ici les prochaines élections. Comme Starmer, Badenoch pourrait ne pas rester à la tête du parti jusqu’à cette date.
Une tendance croissante à la droite au niveau international
La montée insidieuse du fascisme ici est intimement liée à la tendance à la droite au niveau international. Trump mène cette tendance avec son attaque contre les institutions démocratiques bourgeoises, utilisant et manipulant la loi pour attaquer ses ennemi·es politiques, menant une chasse aux sorcières contre la gauche et même les progressistes dans les universités, les médias et d’autres institutions. Il a envoyé l’armée et l’ICE (force de contrôle des migrant·es) dans les villes pour harceler et expulser principalement les Noir·es, les Latinos et les migrant·es. Selon certaines informations, de nombreux fascistes issus de groupes tels que les Proud Boys auraient été recrutés par l’ICE.
Pendant ce temps, le Rassemblement national de Le Pen semble bien placé pour remporter les prochaines élections présidentielles françaises, Meloni consolide sa coalition électorale en Italie et Orban continue de diriger la Hongrie. Partout dans le monde, les courants d’extrême droite ou néofascistes, comme Modi en Inde, sont en pleine expansion.
Les secteurs clés des États impérialistes et de la classe dirigeante ont conclu que les démocraties relativement ouvertes qui ont accompagné l’essor de l’après-guerre ne peuvent plus être tolérées. Pour rétablir leurs taux de profit, il faut maintenir les salaires à un niveau bas et réduire encore plus radicalement les dépenses sociales.
Ils refusent également de financer des solutions concrètes à la crise climatique et écologique. le Reform et Badenoch ont suivi l’exemple de Trump en abandonnant les objectifs sérieux de zéro émission nette de carbone. Ils soutiennent de plus en plus les partis politiques autoritaires et radicaux pour mener cette offensive contre les travailleuses et le travailleurs. Les hauts fonctionnaires sont déjà en contact avec le Reform et les lobbyistes des entreprises accordent beaucoup plus d’attention à Farage.
2. Le centre ne tient pas
Le gouvernement travailliste de Starmer, élu avec une victoire parlementaire creuse avec à peine 33 % des suffrages populaires, est en pleine crise. Il a perdu 35 % de ses voix à Caerphilly et ses résultats nationaux sont inférieurs d’environ 12 points de pourcentage à ceux des élections générales. Un sondage récent – sans doute atypique – le plaçait au coude à coude avec les Verts de Zack Polanski. Comme l’ont montré les élections partielles, il perd du soutien à sa droite – au profit du parti Reform – et à sa gauche – au profit du Plaid. Ailleurs, les nationalistes écossais·es, les Verts, les indépendant·es de gauche et potentiellement le parti Your Party gagnent du terrain à gauche du Labour.
Partenariat stratégique avec le capital
La stratégie mal élaborée de Starmer consiste essentiellement à développer un partenariat avec le capital privé afin de construire davantage de logements, de maintenir le NHS et de parvenir à la croissance, de manière à être perçu comme fournissant certains services nécessaires, contrairement aux conservateurs, mais sans rompre avec le cadre fondamental de l’austérité. L’extension de la propriété publique ou la taxation de la richesse ont été écartées comme moyens alternatifs de financer la satisfaction des besoins de la population. Ce partenariat stratégique affaiblit encore davantage une stratégie environnementale déjà timide. Sa stratégie énergétique écologique de 28 milliards de livres sterling a été fortement réduite, les promoteurs immobiliers ont réussi à saboter les réglementations qui protègent la biodiversité et le capital fossile a déjà poussé le Parti travailliste à faire marche arrière sur son objectif de production d’électricité 100 % verte d’ici 2030. Il semble que le Parti travailliste va céder sur la poursuite de l’extraction de pétrole et de gaz dans le champ de Rosebank.
Le Guardian a révélé comment les grandes entreprises qui ont fait des dons au Parti travailliste ont été rapidement récompensées par de nombreux contrats :
L’Autonomy Institute a identifié un total de 125 entreprises qui ont obtenu des contrats du gouvernement central d’une valeur de 28,8 milliards de livres sterling après avoir fait des dons de 30,15 millions de livres sterling à un parti politique. Environ 2,5 milliards de livres sterling de ces contrats ont été attribués dans les deux ans suivant le don.
Parmi elles figure le cabinet de conseil Baringa Partners, qui a fait un don de 30 061,50 livres sterling au Parti travailliste en janvier 2024 et a obtenu des contrats gouvernementaux d’une valeur de 35 196 719 livres sterling entre juillet 2024 et mars de cette année. Grant Thornton a fait un don de 81 658,37 livres sterling entre mars 2023 et juillet 2024 et s’est vu attribuer depuis des contrats d’une valeur de 6 541 819 livres sterling.
Le Parti travailliste ne fonctionne pas
Certaines réformes positives limitées, telles que l’extension des services de garde d’enfants, l’augmentation du nombre de clubs de petit-déjeuner, l’octroi de quelques droits supplémentaires aux locataires et l’amélioration du droit du travail, visent à maintenir le soutien des député·es et des syndicats et à montrer aux électrices et électeurs que le gouvernement est capable d’apporter de réels changements. Cependant, ces miettes ne compensent en rien la crise persistante du coût de la vie, la crise dramatique du logement, la crise écologique, la pauvreté dévastatrice avec des banques alimentaires toujours florissantes, les lacunes du système de santé publique (NHS) ou l’effondrement des infrastructures telles que l’approvisionnement en eau.
La croissance reste faible, l’inflation alimentaire est toujours supérieure à 5 %, les eaux usées continuent d’être déversées dans nos rivières et nos mers tandis que les profits vont aux actionnaires, et bon nombre des autres propositions restent sans effet.
Les plans de logement sont dans un désordre complet, les spécialistes estimant que l’objectif de 1,5 million de logements construits d’ici la fin de la législature actuelle est une plaisanterie. Pire encore, la réponse à cet échec consiste à renforcer le partenariat stratégique avec les promoteurs privés. Ces derniers seront autorisés à construire encore moins de « logements abordables » et le nombre de logements sociaux ne fera guère baisser le nombre de sans-abri. Quoi qu’il en soit, la crise du logement n’est pas une crise d’offre ou de bureaucratie, mais fondamentalement une crise d’accessibilité financière et de suppression de la capacité des autorités locales à construire un nombre significatif de logements.
Le Parti travailliste surpasse le Parti réformiste en matière de réformes, mais avec peu de succès
Pendant la campagne électorale générale, la réponse du Parti travailliste à la menace que représentait le parti Reform a été de l’ignorer pratiquement, car celui-ci grignotait les voix des conservateurs. Depuis lors, il s’est désespérément efforcé de reproduire son discours anti-immigré·es. Chaque semaine, le ministre de l’Intérieur, d’abord Cooper, puis Shabana Mohammed, ont cherché de nouveaux moyens de montrer qu’il était aussi sévère que le Parti réformiste envers les personnes migrantes et les demandeuses d’asile. Ainsi, la période avant de pouvoir prétendre à un permis de séjour permanent a été doublée pour passer à dix ans et de nouvelles conditions réactionnaires ont été imposées, telles que le niveau A en anglais et le bénévolat. Comme on pouvait s’y attendre, rien de tout cela n’a stoppé la progression du Parti réformiste.
Le Parti travailliste a poursuivi l’offensive des conservateurs contre le droit de manifester et les droits démocratiques. Les arrestations massives de personnes brandissant des pancartes en carton se poursuivent. Starmer envisagerait d’interdire certains slogans lors des marches pro-palestiniennes. Malgré cela, des centaines de milliers de personnes, pour la plupart susceptibles de voter pour le Parti travailliste, continuent de descendre régulièrement dans la rue. Le Parti travailliste ne reconnaît toujours pas qu’Israël commet un génocide et soutient pleinement le plan Trump, qui est un mandat colonial plutôt qu’un petit pas vers l’autodétermination palestinienne.
Incompétence de Starmer et de son équipe
Une autre raison expliquant la mauvaise cote de popularité de Starmer est son leadership politique défaillant et sa mauvaise gestion de son équipe, même dans la mise en œuvre de ses propres politiques :
– le fait de ne pas avoir vérifié les liens entre Mandelson et le pédophile Epstein
– la perte régulière de ministres tels que Rayner et d’autres pour violation du code de conduite ministériel
– l’échec du lancement des cartes d’identité numériques
– l’exagération de l’impact de la lutte contre les gangs ou du plan « one in, one out »
– la tentative de diffamer un député du parti Your Party en l’accusant d’antisémitisme pour avoir interdit les hooligans racistes du club de football Maccabi.
Bien sûr, une semaine après que Starmer en ait fait une controverse nationale, ces supporteurs islamophobes, qu’il a défendus contre l’opposition des communautés locales de Birmingham, ont provoqué des émeutes en Israël lors d’un autre match. Le club n’organise même plus de billets pour les matchs à l’extérieur. Comme le dit le chant, tout est devenu calme là-bas. Il semble maintenant que Starmer ne se donne même plus la peine de renverser l’interdiction imposée par la police, le conseil municipal et les groupes de sécurité.
La réponse de Starmer à l’impopularité du gouvernement, telle qu’elle est présentée à la conférence du Parti travailliste, consiste à intensifier les attaques verbales contre le Reform tout en poursuivant son message anti-immigré·es et en effectuant quelques légers ajustements vers la gauche. Le Parti travailliste semble vouloir mettre fin (en partie ?) à l’écart entre les allocations familiales pour deux enfants et prendre certaines mesures fiscales qui toucheront légèrement les poches des riches. Mais tout cela est relatif, car les projets visant à réduire davantage les droits des personnes handicapées aux prestations sociales, à diminuer les allocations de mobilité et à « réformer » l’aide aux personnes ayant des besoins spéciaux montrent que les coupes dans les dépenses publiques vont se poursuivre.
Powell remporte la vice-présidence
Comme prévu, la candidate de l’opposition loyale et « constructive », Lucy Powell, a remporté la vice-présidence avec huit points d’avance, obtenant 54 % des voix. Étant donné qu’elle était la candidate officielle de Starmer, Phillipson a obtenu un meilleur résultat que ne le laissaient présager les sondages.
Bien que le Parti travailliste s’abstienne délibérément de fournir une ventilation entre les votes des membres des sections locales et ceux des membres des syndicats affiliés qui ont pris la peine de voter, les instituts de sondage ont estimé que 43 % des premiers avaient voté. Survation estime à 280 000 le nombre de membres du parti, ce qui est bien inférieur à la dernière déclaration officielle et probablement une surestimation.
Pour celles et ceux de gauche qui sont encore membres du Parti travailliste, cela a été un petit encouragement. Beaucoup misent sur le fait que cela pourrait être le signe qu’une personne comme Andy Burnham pourrait remporter la course à la direction du parti après le désastre électoral prévu pour les élections de mai 2026.
Une chose est sûre après ce vote : le chef de cabinet de Downing Street, Morgan McSweeney, et son équipe vont tout mettre en œuvre pour empêcher Burnham d’obtenir un siège avant mai prochain. Plus discrètement, ils évalueront quel candidat de la droite et du centre du parti serait le mieux placé pour remplacer Starmer s’il ne peut être sauvé.
La gauche travailliste affaiblie
Le faible nombre de réunions et de participations aux meetings électoraux pendant les campagnes pour la vice-présidence suggère que l’activisme du parti est très modéré. Si Your Party réussit à organiser des sections locales et ne marque plus de buts contre son camp, nous pourrions assister à une approche combinée des membres verts/YP et peut-être dépasser le nombre de membres du LP. En termes d’activistes sur le terrain, celles et ceux qui se situent à gauche du Labour auront le dessus.
Celles et ceux qui se situent à gauche du parti espèrent que Powell sera en mesure d’exercer une pression pour que l’appareil cesse sa guerre contre la gauche. Les récentes sélections de candidat·es à travers le pays semblent suivre le slogan de McSweeney, qui consiste à enterrer la gauche. Dans le même temps, la baisse du nombre de membres et l’impopularité du gouvernement font qu’il n’est même pas facile de trouver des personnes disposées à se présenter. Pour Starmer, l’une des conséquences positives de la victoire de Powell sera que les député·es de gauche de premier plan ne quitteront pas le navire, du moins pendant un certain temps.
Nous ne devons pas sous-estimer ce qui reste de la gauche au sein du Parti travailliste. Le lancement maladroit de Your Party et la victoire de Powell les ont amenés à adopter une attitude attentiste et à ne pas encore franchir le pas pour rompre avec le Parti travailliste. Leur nombre a considérablement diminué, mais Your Party ne doit pas les ignorer et les militant·es doivent travailler à leurs côtés dans les campagnes et les syndicats.
3. Une radicalisation de la gauche
Tout n’est pas sombre dans la situation politique actuelle. Il existe une contre-offensive contre le fascisme rampant. Aux États-Unis, les mobilisations No Kings sont importantes et ne cessent de prendre de l’ampleur. En Italie et en France, la gauche a réussi à rassembler des millions de personnes dans les rues.
La campagne de solidarité avec la Palestine, ici et ailleurs, est devenue un véritable mouvement de masse. Des centaines de milliers de personnes ont manifesté à Londres il y a quelques semaines, juste après que le gouvernement et les grands médias aient présenté le cessez-le-feu de Trump comme un grand pas en avant vers une solution à deux États. La Palestine est l’une des principales raisons pour lesquelles tant de militant·ds et d’électeur·ices ont abandonné le Parti travailliste de Starmer. Beaucoup de gens, en particulier les jeunes militant·es, rejoignent des groupes à gauche du Parti travailliste après s’être engagé·es dans la solidarité avec la Palestine. Nous sommes dans une situation différente de celle de démoralisation que nous avons connue lors de la défaite du projet Corbyn au sein du Parti travailliste.
Les Verts en plein essor avec Polanski
Les Verts profitent également de toute cette mobilisation autour de la Palestine, mais aussi des manifestations continues pour défendre notre environnement. La victoire de Zack Polanski à la tête du parti, sur un programme incluant des revendications socialistes ainsi qu’un agenda vert radical, a eu un impact considérable. Aujourd’hui, les Verts comptent plus de membres que les Libéraux-démocrates et les Conservateurs.
Zack est un bon communicateur dans les médias et n’est pas revenu sur ses politiques progressistes concernant les migrant·es, la Palestine ou l’impôt sur la fortune. Il défend la propriété commune et la réduction des niveaux vertigineux d’inégalité en Grande-Bretagne. On le voit dans les rues lors des manifestations pour Gaza et contre les entreprises de combustibles fossiles.
Il est important de noter qu’il est ouvert à des accords électoraux entre les Verts et Your Party. À Hackney, par exemple, il existe déjà une coopération entre les conseillères et conseillers verts et les conseillères et conseillers indépendants de gauche, non seulement sur les accords électoraux pour mai prochain, mais aussi dans le cadre d’actions visant à introduire des campagnes de désinvestissement au sein du conseil municipal.
Dans les discussions autour de la création de Your Party, certaines voix sectaires et d’extrême gauche ont dénoncé les Verts et se sont opposées à tout accord électoral avec eux. Beaucoup de celles et ceux qui ont rejoint les Verts sont d’ancien·nes partisan·es de Corbyn et certain·es de celleux qui ont rejoint récemment auraient très bien pu rejoindre Your Party s’il n’y avait pas eu toutes ces erreurs en cours de route. Se moquer (souvent à tort) de la blancheur ou du caractère bourgeois des Verts n’aide en rien.
Nous avons une occasion historique d’affaiblir sérieusement l’hégémonie du travaillisme sur le mouvement ouvrier, mais cela ne sera pas possible si nous ne parvenons pas à nous unir dans l’action et dans les élections avec les Verts. Certains membres de la gauche ne voient tout simplement pas l’importance pour Your Party d’adopter un programme écosocialiste clair qui relie toutes les questions menaçant notre planète à l’inégalité et à la lutte des classes. Ce que nous avons vu jusqu’à présent de Zack Polanski, c’est quelqu’un qui est assez doué pour établir ces liens.
Potentiel et problèmes de Your Party
Your Party a sans aucun doute ses problèmes. Il semble y avoir un groupe autour de Jeremy – que l’on pourrait appeler ses courtisan·es – qui n’apprécie guère que Sultana fasse de l’ombre à leur leader et qui craint fortement de perdre sa position au sein de la direction du projet. Dans une certaine mesure, leur réticence à adopter une structure de type délégué pour les assemblées et la conférence semble provenir de la crainte que les militant·es opposé·es à leurs opinions (peut-être dans les groupes organisés de gauche) aient trop de poids. La disposition de la constitution proposée interdisant la double appartenance au YP et à un autre courant pourrait être utilisée pour empêcher l’intervention des formations de gauche.
Malgré tout cela, nous devons nous concentrer sur la situation dans son ensemble. Jusqu’à 300 réunions de « proto » sections locales de YP ont été organisées. Certains grands rassemblements et réunions ont suscité des réactions positives de la part des participant·es. Certaines réunions ont jusqu’à présent réussi à rassembler les gens, d’autres non.
La gauche révolutionnaire doit comprendre que si YP veut devenir un parti de masse de gauche, elle doit agir avec prudence et ne pas considérer tous les membres comme des personnes qu’elle peut simplement recruter dans son groupe. Pour réussir, nous avons besoin de dizaines de milliers de militant·es qui ne se définissent pas comme marxistes ou qui ne considèrent pas actuellement comme leur priorité de renverser l’État bourgeois.
Espérons que le fait que de nombreux groupes de gauche travailleront au sein du nouveau parti aidera leurs membres à réfléchir à la manière de collaborer avec les nouvelles et nouveaux militants de manière ouverte et amicale, sans les pousser à jurer de ne plus jamais revenir à une réunion locale avec tous ces vendeurs de journaux. Parfois, c’est une question de langage et de présentation. Par exemple, si dix membres de votre groupe participent à une réunion, ils ne doivent pas tous prendre la parole et, lorsqu’ils le font, ils ne doivent pas tous donner l’impression de réciter le même article paru dans le journal de la semaine.
Se battre pour la planète et notre avenir à tous
Un autre effet positif de la collaboration entre différents courants de gauche dans un même environnement pourrait être une approche moins antagoniste entre eux. Travailler ensemble pour diriger le nouveau parti pourrait encourager les militant·es à s’interroger sur la nécessité d’avoir autant de groupes de gauche, étant donné qu’ils s’accordent souvent sur 80 à 90 % de leurs politiques.
Nous ne devons pas laisser les difficultés liées à l’organisation à ce stade par le biais du mécanisme de tirage au sort freiner la progression vers la création de sections fortes dans chaque région. Parfois, la bonne volonté et les attitudes positives peuvent faire des merveilles, même en politique.
En Grande-Bretagne et à l’échelle internationale, nous sommes engagé·es dans une course entre, d’une part, un fascisme rampant qui entraîne de nouvelles défaites pour les travailleuses et les travailleurs et un avenir incertain pour notre planète et, d’autre part, le développement d’une alternative socialement progressiste qui pourrait conduire à un véritable avenir écosocialiste. Si notre camp perdait, les conséquences seraient catastrophiques.
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