Édition du 26 janvier 2021

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Europe

Retraites : partir de la situation des femmes pour construire une réforme de gauche

En 2010, lors des mobilisations contre la réforme des retraites de la droite, les slogans pour l’égalité femmes – hommes étaient nombreux dans les cortèges. Un appel des féministes contre la réforme des retraites (http://www.osezlefeminisme.fr/article/retraites-appel-des-feministes-a-manifester-jeudi-24-juin-contre-le-projet-du-gouvernement), signé par des responsables associatives, des syndicalistes et des responsables politiques de gauche, avait permis dès fin juin 2010 de placer le sujet sur le devant de la scène.

C’est assez rare de voir cette thématique au cœur d’un mouvement social d’une telle ampleur pour le souligner. Je pense que c’est d’ailleurs de ce moment que date une sorte de réveil collectif dans la société que l’égalité est loin d’être acquise. Les 40% d’écart de pension entre les sexes ont alors marqué l’imaginaire collectif. On pensait l’égalité presque acquise, on percutait alors qu’on était loin du compte.

Si l’égalité femmes – hommes a tellement mobilisé, c’est aussi parce qu’au-delà des inégalités, c’est souvent en partant de la situation des femmes, qu’on peut voir si la réfome ira dans le sens du progrès social ou non. D’abord parce que lorsqu’on fait une réforme, la moitié des personnes touchées par nos décisions sont des femmes. Ensuite parce que les femmes salariées et retraitées sont plus précaires (82% des travailleurs à temps partiels sont des femmes), plus pauvres (elles constituent 70% des 4,9 millions de retraités qui perçoivent le minimum contributif) et ont plus de difficulté à réunir les trimestres nécessaires à l’obtention d’une réforme à taux plein (60% des femmes valident une carrière complète contre 77% des hommes).

Pour construire une réforme basée sur la justice, les arbitrages qui seront rendus prochainement doivent donc partir de la situation des femmes et ne pas cantonner ce sujet en proposant uniquement des mesures ciblées et périphériques. Ca a été l’une des erreurs de la droite en 2010 de considérer qu’ils pouvaient « traiter » le sujet de l’égalité femmes – hommes en proposant des mesures correctrices (par ailleurs ridicules). 

Les précédentes réformes le montrent : les mesures « générales », soit-disant neutres du point de vue du genre, ont en réalité eu des conséquences sur les femmes et ont accru les inégalités. C’est le cas de l’instauration de la décote, de l’allongement de la durée de cotisation ou du passage des 10 à 25 meilleures années.

L’égalité femmes – hommes doit donc être pensée dans toutes les composantes de la réforme, que ce soit dans les mesures générales ou à travers les thématiques comme celle de la pénibilité par exemple. Christiane Marty, de la fondation Copernic et d’Attac, le rappelle dans une note très complète sur le sujet (voir ci-dessous) : les femmes sont « majoritairement affectées par les troubles musculo- squelettiques et plus exposées aux risques psycho-sociaux au travail ».

Le gouvernement devra donc mesurer les conséquences de tous les aspects de sa réforme sur l’égalité femmes – hommes. S’il décide par exemple d’accélérer ou de continuer l’allongement de la durée de cotisation décidé par la droite en 2010, il contredit la volonté affichée de faire une réforme « juste ». A l’heure actuelle, la durée d’assurance validée stagne à un niveau largement inférieur aux 41,5 annuités requises : 39 ans pour les hommes et 36,25 pour les femmes. Au vu du taux d’emploi des séniors qui peine à progresser, l’allongement de la durée de cotisation risque donc d’avoir comme effet principal une baisse des pensions. Les femmes touchant en moyenne 900€ mensuels de pension de retraites, on voit difficilement comment une réforme qui ferait baisser le niveau des pensions pourrait prétendre être « juste ».

Caroline De Haas - @carolinedehaas

NB : Etonnement en regardant le programme de l’atelier consacré à La Rochelle, on découvre qu’aucune des organisations syndicales appelant à la manifestation du 10 septembre n’est présente. Débattre d’une réforme qui suscite déjà de nombreuses craintes à gauche avec des organisations plutôt d’accord avec nous n’est pas forcément le moyen le plus efficace de construire des convergences…

A lire : Femmes et Retraites, saison 2013 - Argumentaire de Christiane Marty, ATTAC et Fondation Copernic : http://www.fondation-copernic.org/IMG/pdf/Femmes_et_retraites.pdf

Caroline De Haas

Caroline De Haas, née en 1980 est une militante syndicale et associative française1. Elle est titulaire d’une licence d’histoire. Secrétaire générale du syndicat étudiant Union nationale des étudiants de France de 2006 à 2009, elle est jusqu’en juillet 2011 porte-parole2 de l’association féministe Osez le féminisme ! 3qu’elle a participé à fonder en novembre 20094. Elle est également collaboratrice de Benoît Hamon, porte-parole du PS. Le 24 mai 2012, elle est nommée conseillère chargée des relations avec les associations et de la lutte contre les violences faites aux femmes5 auprès de Najat Vallaud-Belkacem, ministre des Droits des femmes, porte-parole du Gouvernement. Elle quitte cette fonction un an plus tard6 et fonde une agence de conseil en égalité professionnelle.

http://www.osezlefeminisme.fr

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