Édition du 24 mai 2022

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Asie/Proche-Orient

Sanctions.Les conséquences économiques pour l’Asie de l’invasion russe en Ukraine

Un jeu d’équilibre fragile s’impose à certains pays d’Asie qui cherchent à ménager leurs relations économiques avec la Russie. Sans être perçus comme soutenant l’alliance formée entre la Russie et la Chine.

Tiré de Courrier international.

Alors que l’invasion de l’Ukraine par la Russie entraîne de nombreuses sanctions, notamment économiques, le quotidien de Hong Kong South China Morning Post souligne combien l’Asie est prise en étau dans la polarisation du monde et au regard du chaos économique lié aux sanctions.

Le journal remarque en préalable que, depuis 2014 et l’annexion de la Crimée par la Russie, Moscou n’a cessé de déconnecter son économie du dollar, consolidant ses liens avec la Chine et sa monnaie.

“Depuis juillet dernier et le regain de tension avec l’Ukraine, le fonds souverain russe de 186 milliards de dollars a abandonné le dollar pour détenir désormais 30 % de sa valeur en yuan et 20 % en or.”

Les céréales russes et ukrainiennes, un enjeu pour la Chine

Trois semaines avant le début de la guerre, la Russie a également annoncé un accord sur le pétrole et le gaz avec la Chine pour une valeur de 117 milliards de dollars. Les liens économiques entre les deux pays n’ont cessé de croître ces dernières années. Le commerce bilatéral est ainsi passé d’une valeur de 4,87 milliards de dollars en 1995 à 105 milliards en 2019. Il pourrait atteindre 200 milliards d’ici à 2024.

D’ailleurs, constate dans un autre article le South China Morning Post, le 24 février, quelques heures après le lancement de l’offensive russe, les douanes chinoises ont annoncé la levée de toutes les restrictions sur l’importation de blé russe, qui avaient été imposées pour des raisons phytosanitaires. Cette mesure faisait partie des accords conclus lors de la rencontre entre Xi et Poutine à l’ouverture des Jeux olympiques d’hiver de Pékin. Selon des sources russes citées par le journal, 9,8 % des exportations agricoles russes étaient dirigées vers la Chine en 2021. Par ailleurs, l’ambassadeur de Chine à Moscou s’était réjoui la veille de l’usage croissant de la monnaie chinoise dans les échanges extérieurs de la Russie, comptant pour 17,5 % des échanges sino-russes en 2020.

Pour autant, relève dans son premier article le quotidien de Hong Kong, “l’invasion de l’Ukraine porte un coup à un allié économique de la Chine tant elle est le plus important importateur de maïs ukrainien, représentant 30 % des récoltes.” La Chine a également largement investi en Ukraine dans le cadre des nouvelles routes de la soie.

Singapour annonce des sanctions

De nombreux pays asiatiques se retrouvent coincés entre l’alliance formée par la Russie et la Chine d’un côté et l’Occident, une position inconfortable, insiste le journal.

Singapour a, certes, annoncé par la voix de son ministre des affaires étrangères, Vivian Balakrishnan, des sanctions contre la Russie. Ces sanctions dont il n’a pas donné les détails devraient, indique The Straits Times, prendre la forme de contrôle sur les exportations de matériel pouvant être utilisés par les Russes dans la guerre en Ukraine. D’autre part, les connexions financières de certaines banques russes seront bloquées. Néanmoins, souligne le quotidien de Singapour, le ministre des Affaires étrangères a assuré devant le Parlement vouloir tenter de garder une position équilibrée

  • "Nous continuons à tenir à nos bonnes relations avec la Russie et le peuple russe. Mais, nous ne pouvons accepter la violation de la souveraineté et de l’intégrité territoriale d’un État souverain.”

Un exercice d’équilibre fragile donc. Car comment doivent se positionner les pays de la région quand, au vu de la géopolitique régionale, il semble difficile d’être perçu comme faisant partie de la faction anti-Russie, d’une part, ou de l’axe Chine-Russie, d’autre part ?

L’Inde dans un équilibre fragile, le Pakistan du côté de Moscou

L’Inde est, par exemple, relève le South China Morning Post, membre du Dialogue quadrilatéral de sécurité (QAD), emmené par les États-Unis. Une alliance contre l’influence croissante de la Chine en Asie. Mais, elle entretient de fort des liens économiques avec la Russie. Ainsi, son commerce bilatéral représente “actuellement 10 milliards de dollars et pourrait atteindre 30 milliards d’ici à 2025”. Une raison qui pourrait expliquer son abstention lors du vote de sanction contre la Russie au Conseil de sécurité des Nations unies le 25 février.

Rien d’étonnant, en revanche, poursuit le quotidien de Hong Kong, que le Premier ministre du Pakistan, Iram Khan, ennemi de l’Inde et allié de la Chine, rencontre Vladimir Poutine pour faire avancer des discussions avec la Russie au sujet de la construction d’un gazoduc de 1 100 kilomètres, le 24 février, le jour où le président russe lançait son offensive contre l’Ukraine.

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