Édition du 19 octobre 2021

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Élections Québec 2014

Élections québécoises 2014

Sortirons-nous enfin du cynisme ?

Éditorial du journal UNITÉ

Véronique De Sève est secrétaire générale du CCMM–CSN

(tiré du journal Unité du Conseil central du Montréal métropolitain, avril 2014 volume 28, numéro 3)

ll aura fallu 18 mois de gouvernance minoritaire pour que Pauline Marois déclenche des élections et appelle les Québécoises et les Québécois aux urnes le 7 avril prochain. Le Québec était-il ingérable au point de justifier une telle décision ? Il semble que le spectre d’un renversement par les partis d’opposition au prochain budget ait motivé sa décision. Ou est-ce les récents sondages démontrant un appui fort de 40 % au Parti québécois qui a fait pencher la balance ? De toute évidence, pour les stratèges péquistes, il semble que c’était le bon moment. En tout cas, nous avons 33 jours pour nous poser LA question : quel projet de société voulons-nous et qui pourra nous mener à bon port ?

Il pleut des vedettes !

Avant même de parler d’enjeux électoraux et que le déclenchement des élections soit officialisé, plusieurs personnalités publiques ont été parachutées pour être candidat ou candidate. Pour les partis politiques, c’était à qui aurait la plus grosse « veudette », le plus gros nom dans ses rangs ! On peut dire que le PQ a fait de bonnes prises : Martine Desjardins, Pierre Céré, Dominique Payette, Sylvie Legault, Lorraine Pintal et Pierre Paquette. Je salue le fait que ces femmes et ces hommes croient encore à la chose politique et décident d’entrer dans le ring. Mais il est étonnant de voir des personnes comme Martine Desjardins, ex-leader étudiante, embrasser le projet péquiste alors qu’il a accouché d’une souris avec son Sommet sur l’enseignement supérieur et a indexé les droits de scolarité. Ou encore de retrouver le camarade Pierre Céré aux côtés de Pauline Marois alors qu’il dénonçait en 2007 le « Nous ethnique » du PQ en parlant du projet de loi sur une citoyenneté québécoise. Je serais étonnée de l’entendre sur l’actuel projet de Charte de la laïcité.

Mais la dernière vedette en lice est certainement Pierre Karl Péladeau, arrivé avec fracas comme candidat péquiste dans Saint-Jérôme. Faut-il le rappeler, ce patron antisyndical notoire du Québec inc. a 14 lock-out à son actif. On se souviendra de celui du Journal de Montréal, le plus long conflit de travail de l’histoire des médias québécois imposé à l’hiver 2009. PKP affirme se lancer en politique pour la souveraineté et pour la prospérité. Il soutient vouloir renouveler le défi de l’entrepreneurship.

À moins d’avis contraire, le PQ n’est pas juste souverainiste. Il s’est toujours affiché comme étant un parti social-démocrate. Pourtant, les sociaux-démocrates, qui se placent à gauche sur l’échiquier politique, prônent la mise en place de politiques sociales multiples, d’un filet social fort et de sociétés publiques. Je pense sincèrement que René Lévesque, en fondant le Parti québécois, avait plus cette conviction. Mais le PQ de 2014 ne peut plus prétendre être social-démocrate. L’arrivée dans ses rangs de Pierre Karl Péladeau le confirme.

En 18 mois de gouvernance, le PQ n’a pas aboli la taxe santé, a indexé les droits de scolarité et a approuvé la hausse des tarifs d’électricité. Aussi, il n’a pu introduire de nouveaux paliers d’imposition modifiant la fiscalité sur certains gains en capital pouvant ainsi chercher de la richesse dans les poches des mieux nantis. Ajoutons à cela qu’en tout début de campagne, il a retiré de sa plateforme électorale sa proposition de modernisation des dispositions anti-briseurs de grève du Code du travail.

Le 7 avril, quel choix nous restera-t-il ?

Tout n’est pas noir au tableau électoral. Au conseil central, nous avons adopté en congrès des propositions favorisant l’émergence d’une alternative politique, comme celle de Québec solidaire. Ce jeune parti assurément de gauche et progressiste a des idées. Il met de l’avant ses valeurs féministes, écologistes et démocrates. Il souhaite un Québec juste, vert et libre, et prône un pays inclusif. Dans sa plateforme électorale, QS propose un Québec basé sur l’égalité des chances et sur le bien commun. Il conçoit une économie qui respecte l’environnement et qui est au service des gens. Il me semble que le projet de société avancé par Québec solidaire ressemble plus à ce que René Lévesque proposait en 1976. Depuis 2012, Amir Khadir et Françoise David sont à l’Assemblée nationale. Que serait le visage politique du Québec si d’autres député-es solidaires se joignaient à eux ? Le 7 avril prochain, les Québécoises et les Québécois iront aux urnes. Cette journée-là, les croix ne seront pas ostentatoires ! Elles se feront sur un bulletin de vote. Donnons-nous un Québec qui nous ressemble.

Véronique de Sève

Vice-présidente de la CSN, responsable du dossier de la Condition féminine.

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