Édition du 22 septembre 2020

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Algérie

Algérie-dossier. 55e mardi des étudiants : « Halte à la répression ! »

Le 55e mardi (10 mars 2020) des étudiants. Il est 10h30. La place des Martyrs grouille de monde sous un soleil tiède. Nous retrouvons nos amis journalistes et photographes qui sont abonnés au hirak.

Tiré de À l’encontre.

Un confrère manque à l’appel, lui qui n’a quasiment jamais raté aucun mardi du hirak estudiantin : notre ami Khaled Drareni. Arrêté le 7 mars dernier pour avoir simplement fait son travail en couvrant les manifs de ce samedi, qui ont été réprimées par la police, Khaled a passé 72 heures en garde à vue au commissariat de Cavaignac.

Il devait encore comparaître hier matin devant le procureur de Sidi M’hamed pour connaître son sort. Finalement, il sera relâché. Cependant, il est placé sous contrôle judiciaire.

10h52. Qassaman (hymne national) retentit à l’ombre de La Casbah résistante, entonné par un chœur de manifestants affichant toujours la même détermination.

Autour du noyau dur d’étudiants inflexibles s’est aggloméré comme toujours une foule bigarrée. Le cortège se met en branle en scandant : « Dawla madania, machi askaria ! » (Etat civil, pas militaire), « We n’kemlou fiha ghir be esselmiya, we ennehou el askar mel Mouradia ! » (On poursuivra notre combat pacifiquement et on boutera les militaires d’El Mouradia – où se trouve la présidence de la République), « Sahafa horra, adala mostaqilla ! » (Presse libre, justice indépendante), « L’étudiant s’engage, système dégage ! »…

En traversant la rue Ali Boumendjel qui surplombe le tribunal de Sidi M’hamed, la foule martèle : « Ettalgou el massadjine, ma baouche el cocaïne ! » (Libérez les détenus, ce ne sont pas des vendeurs de cocaïne – allusion au fils du président Tebboune), « Harrirou el adala ! » (Libérez la justice).

Sur les pancartes, plusieurs messages dénoncent la vague de répression qui s’est abattue ces derniers temps sur les manifestants, avec son lot d’arrestations arbitraires. « Halte à la répression ! » fustige une dame. Au verso de sa pancarte, elle rappelle : « Manifester est un droit constitutionnel ».

Une étudiante écrit : « Policier, ne me réprime pas, je ne suis pas ton ennemi ». Dans le même registre, on pouvait lire : « Dans l’Algérie nouvelle, il n’y aura pas de répression » ; « Dans l’Algérie nouvelle, il n’y aura pas de détenus d’opinion, de presse muselée et de justice du téléphone ».

« La justice est aux ordres de la police politique »

Une manifestante arbore cette pancarte : « Pas de police politique à l’université ». Un marcheur accuse de son côté : « La justice est aux ordres de la police politique ».

Un jeune homme soulève pour sa part une bannière avec simplement le mot « Justice » décliné sous des lettres floues. Un geste subtil pour signifier qu’un pouvoir judiciaire indépendant est pour l’heure une chimère sous nos latitudes.

Parmi les autres revendications écrites, on pouvait distinguer nombre de messages de soutien à notre confrère Khaled Drareni et appelant à la levée des restrictions qui étouffent la presse : « Le journalisme n’est pas un crime. Liberté pour Khaled Drareni », clame une citoyenne. Une autre pancarte constate avec ironie : « C’est sûr qu’ils vont interpeller un jeune journaliste comme Khaled, quelqu’un de professionnel dans l’exercice de son métier. Pour eux, le journaliste exemplaire c’est Karim Boussalem » [présentateur du JT]. Un des protestataires appelle la profession à s’insurger à travers ce mot d’ordre : « Médias publics, médias privés, journalistes, trouvez le courage de vous libérer ! » Un monsieur a choisi, quant à lui, de saluer le courage de ceux qui continuent à résister : « Honneur et dignité aux journalistes insoumis ».

Sur la rue Larbi Ben M’hidi, près de la Cinémathèque, des étudiants déploient une banderole qui revendique le droit de manifester pacifiquement : « Après plus d’une année, le droit de manifester est garanti par la force du nombre et non pas par la force de la loi. Et il y en a qui s’interrogent pourquoi le hirak se poursuit ».

Les manifestants continuent à battre le pavé via Pasteur, la rue Sergent Addoun, le boulevard Amirouche… Près de Maurétania, une femme s’arrête devant une haie de policiers et s’écrie : « Yahia echaâb ! Yahia echaâb ! » (Vive le peuple !) Le cortège tourne vers la place Audin et avance en direction de la Fac centrale.

Des jeunes chantent : « Ya corona, dir m’ziya, zour el Mouradia ! » (Corona(virus), fais-nous une faveur, va visiter El Mouradia). 13h05. La marche se termine sur Qassaman.

De joyeux trublions prolongent la manif’ dans le métro sous les yeux sourcilleux de policiers sur le qui-vive et le regard amusé des voyageurs…(Article publié dans El Watan en date du 11 mars 2020)

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