Édition du 15 septembre 2020

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Arts culture et société

Appelle-moi donc par mon nom

J’avais vu au cinéma le film Appelle-moi par ton nom du réalisateur Luca Guadagnino et, quand j’ai appris que la télé de Radio-Canada le repassait le 14 août dernier, je n’ai pas voulu le revoir tant était grand le malaise que j’en avais ressenti.

Je ne me perdrai pas en conjectures sur les intentions des auteurs, le scénariste James Ivory et le romancier André Aciman, mais m’attacherai à expliquer pourquoi je trouve détestable le personnage triomphant d’Oliver.

Rappelons, pour celleux qui ne l’ont pas vu, l’essentiel du récit : un stagiaire de 24 ans est reçu dans la famille d’un archéologue pour l’été en Italie. Il vit une aventure avec Elio, le fils de la famille, âgé de 17 ans, puis rentre chez lui pour se marier.

J’en suis resté avec l’impression amère qu’Oliver ne se prive de rien. Au final, on retient qu’il est loisible de faire joujou avec le corps et le cœur d’une jeune personne pour ensuite se caser et vivre tranquillement sa vie petite-bourgeoise en laissant l’autre complètement dévasté.

Que l’objet de ce jeu cruel soit un garçon ou une fille n’est pas l’important. Par contre, le sujet narcissique qui en profite pose pour moi problème. D’ailleurs, le petit jeu pervers qui consiste à appeler son amant de son propre nom n’est qu’une ruse qui, psychologiquement, permet au prédateur de se dédouaner. Il n’a rien fait de mal, il s’est aimé lui-même. Quant à l’adolescent, il n’a que lui-même à blâmer, après tout, n’a-t-il pas accepté le jeu ? Donc, lui aussi ne peut pas prétendre avoir aimé quelqu’un d’autre. C’est un piège mental fort bien monté.

Ici, le bourgeois combine les perversions du capitalisme : cannibalisme (ou prédation) et narcissisme.

La complicité des parents n’est pas autre chose que l’intériorisation des règles de la domination. Sous prétexte d’initiation, on offre la disponibilité de celui dont les sens s’éveillent sans se demander s’il voit les choses de la même façon. Le père avoue à son fils qu’il aurait aimé vivre une relation brève et intense comme ça avec un camarade à son âge, mais ce n’est qu’une maigre justification à une relation inégale dans le cas qui nous occupe.

Dans la dernière scène, à l’occasion des fêtes d’Hanoucca, Oliver téléphone à Elio, lui annonce son mariage et lui demande encore de l’appeler par son nom, histoire de pousser le dernier verrou de la cage mentale dans laquelle il l’a enfermé. Elio est évidemment anéanti par cette dernière ruse, et c’est sur sa désolation que se clôt le film.

On a beau esthétiser le malheur, pour moi il reste cruel.

LAGACÉ, Francis

Francis Lagacé

LAGACÉ Francis
8200, rue Hochelaga App. 5
Montréal H1L 2L1
Répondeur ou télécopieur : (514) 723-0415
francis.lagace@gmail.com.
www.francislagace.org
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