Édition du 12 mai 2026

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Canada

Choisissez votre voie : il n’y a pas de transition énergétique sans les nations autochtones

Les communautés autochtones n’attendent pas qu’on leur donne la permission d’entamer une transition verte : elles vont de l’avant. Le Canada suivra-t-il leur exemple ou leur fera-t-il obstacle ?

13 avril 2026 | tiré et traduit de breachmedia.ca

Sur la scène internationale, le premier ministre Mark Carney présente la crise climatique comme une opportunité économique — une chance de « construire la nation » à une échelle sans précédent depuis des générations. On nous dit que le Canada peut devenir une « superpuissance énergétique » dans un monde en voie de décarbonisation.Mais ces discours s’effondrent face à une contradiction fondamentale : il ne peut y avoir de construction nationale au Canada sans les nations autochtones.

Si le gouvernement fédéral souhaite réellement construire un avenir énergétique juste et durable, il doit se pencher sur les relations qui sont au cœur de ce pays. Une véritable transition ne consiste pas simplement à changer de sources d’énergie ; il s’agit de transformer le pouvoir — politique, économique et territorial. Cela signifie mettre au centre les relations de nation à nation avec les peuples autochtones, et non les traiter comme des parties prenantes dans des projets déjà prédéterminés.

À l’heure actuelle, le Canada tente de faire les deux : promettre un leadership climatique tout en misant davantage sur l’extractivisme.

Alors que la promesse canadienne de « leadership climatique » s’est avérée n’être que du vent, les communautés autochtones prennent les devants pour mener la transition.

Il existe plus de 200 projets d’énergie renouvelable de moyenne à grande échelle et plus de 2 000 initiatives à petite échelle détenues ou gérées par des nations autochtones. Ces projets ne visent pas seulement à réduire les émissions ; ils concernent le contrôle communautaire, le développement économique local et la gestion responsable à long terme. Ils reflètent des valeurs ancrées dans la responsabilité envers la terre, l’eau et les générations futures.

Voilà à quoi ressemble une véritable transition : décentralisée, pilotée par les communautés et ancrée dans la souveraineté.

Pourtant, la politique fédérale continue de traiter la participation autochtone aux projets énergétiques comme une case à cocher plutôt que comme un fondement sur lequel s’appuyer. Les programmes sont sous-financés, l’accès au capital reste limité et les investissements dans le renforcement des capacités sont bien en deçà des besoins — en particulier pour la population qui connaît la croissance la plus rapide du pays.

Si le Canada prend au sérieux sa transition énergétique, il devrait engager au moins 5 milliards de dollars sur cinq ans en faveur des énergies renouvelables menées par les Autochtones et du renforcement des capacités, soutenus par des garanties de prêt accessibles et des stratégies fédérales-provinciales coordonnées. Non pas par charité, mais en reconnaissance de la compétence, des droits et des opportunités.

En 2015, Sacred Earth a soutenu l’installation de panneaux solaires à Little Buffalo, en Alberta, pour alimenter le centre de santé communautaire.

Carney ne peut prétendre soutenir la réconciliation tout en faisant avancer des projets énergétiques qui violent les droits des Autochtones.

De l’expansion du GNL en Colombie-Britannique au développement nucléaire en Ontario, son approche actuelle continue de passer outre la souveraineté autochtone. Partout au pays, des communautés subissent des pressions pour accepter des projets — pipelines, mines, sites de stockage de déchets — qui comportent des risques dévastateurs à long terme pour leurs terres et leurs eaux.

La campagne en faveur de l’expansion nucléaire en est un exemple flagrant. Il ne s’agit pas seulement de l’emplacement des réacteurs ; il s’agit de savoir quelles terres subiront les conséquences de l’ensemble du cycle de vie, de l’extraction de l’uranium au stockage à long terme des déchets toxiques. Alors que la recherche de nouveaux sites pour entreposer ces déchets se poursuit, les communautés autochtones se trouvent dans une situation d’otage économique : contraintes d’accepter la destruction de leurs terres ancestrales afin de financer les services essentiels dans leurs communautés.

De même, la ruée vers les minéraux critiques risque de reproduire la même logique extractiviste qui a défini l’économie canadienne depuis des générations. Une fois de plus, les territoires autochtones sont ciblés comme des frontières de ressources.Certaines quantités de minéraux critiques sont une composante nécessaire de la transition énergétique, mais nous devons veiller à ce que l’exploitation de ces minéraux s’accompagne d’une hiérarchisation claire des droits autochtones et du consentement libre, préalable et éclairé.

Pendant ce temps, les soi-disant solutions climatiques telles que le captage et le stockage du carbone risquent de perpétuer le statu quo. Lorsque les groupes industriels parlent de « pipelines décarbonés », ils ne proposent pas de transformation, mais bien la continuité. L’argent public afflue vers ces projets sous forme de subventions et de crédits d’impôt, tandis que la production de combustibles fossiles s’intensifie.

Alors même que Carney évoque un « nouvel ordre mondial » et l’urgence de l’action climatique, le financement des programmes liés au climat, à la protection de l’environnement et aux Autochtones est réduit ou restreint. Dans le même temps, des milliards continuent d’affluer vers les subventions aux énergies fossiles et les projets industriels à grande échelle.

Ce n’est pas une transition, c’est une tentative de contourner les entreprises pétrolières et minières tout en préservant les structures de pouvoir existantes.

Si le Canada veut être une superpuissance énergétique, il doit répondre à une question simple : aux dépens de qui ?

À l’heure actuelle, la réponse reste trop souvent la même qu’elle l’a toujours été : les terres autochtones, les droits autochtones et l’avenir des Autochtones.

Il existe une autre voie à suivre.

Les énergies renouvelables menées par les Autochtones offrent le potentiel de systèmes locaux résilients qui privilégient le bien-être des communautés plutôt que les profits des entreprises. Elles concilient l’action climatique et la justice économique. Elles renforcent les capacités là où elles sont le plus nécessaires et redonnent le pouvoir de décision à ceux qui ont géré ces terres depuis des générations.

Mais cette voie exige des choix.
Il faut supprimer les subventions accordées à l’industrie des combustibles fossiles et réorienter ces fonds vers des solutions menées par les Autochtones. Il faut respecter les compétences territoriales et établir de véritables partenariats fondés sur le consentement. Il faut faire face aux préjudices causés par les violations persistantes des droits et prendre des mesures concrètes pour y remédier.
Surtout, il faut reconnaître que les nations autochtones ne sont pas des obstacles à la transition : elles en sont les leaders.

Le Canada ne peut pas jouer sur les deux tableaux. Il ne peut pas revendiquer un leadership climatique tout en sapant les communautés mêmes qui montrent déjà ce qu’est le leadership.
Si nous voulons vraiment construire un avenir durable, juste et crédible, alors la voie à suivre est claire.

Il n’y a pas de transition énergétique sans les peuples autochtones en première ligne. Les solutions existent. Le leadership existe. La terre, comme elle l’a toujours été, appartient aux Autochtones.
La seule question qui reste est de savoir si le Canada est prêt à suivre cette voie — ou s’il continuera à faire obstacle.

Sacred Earth, une organisation dirigée par des femmes autochtones qui se consacre à la promotion d’une transition juste pour les communautés autochtones, est à Ottawa cette semaine aux côtés de 15 autres organisations pour rencontrer des députés et des sénateurs, appelant le gouvernement fédéral à investir immédiatement dans un réseau électrique est-ouest alimenté par des énergies renouvelables. Vous pouvez en savoir plus [ici.

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