Édition du 16 juin 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Syndicalisme

Congrès de la FTQ 2019, des avancées teintées de prudence

Le 32e congrès de la FTQ tenu à Québec du 25 au 28 novembre a été l’occasion de porter attention au bilan de Serge Cadieux qui ne réclamait pas un autre mandat, mais également à celui du tandem qu’il a formé avec le président Daniel Boyer, tandem qui a travaillé à redorer l’image de la FTQ à la suite du mandat désastreux de Michel Arsenault.

On se rappellera le passage de Michel Arsenault sur le bateau de Tony Accurso révélé par les médias en 2009 avait mis en lumière des pratiques contraires à l’éthique syndicale. Les entreprises de M. Accurso bénéficiant depuis des années du Fonds de solidarité de la FTQ.

Non seulement le président de la FTQ s’était placé en situation de conflit d’intérêt mais il permettait de tracer un trait d’égalité avec d’autres pratiques douteuses. Sur ce même bateau avait séjourné également Frank Zampino, l’ex président du comité exécutif de Montréal, quelques semaines après la qualification des soumissionnaires pour un contrat de plus de 300 millions de dollars de la Ville pour son projet d’implantation de compteurs d’eau.

Le discrédit qui entourait le président de la centrale s’était étendu à la FTQ et au Fonds de solidarité. Aux yeux de la population, c’est même le mouvement syndical en tant que tel qui était entaché. Il s’était conforté dans la concertation, jouant même les argentiers avec Péladeau lors de la tentative d’investissement du FSTQ dans le Club de hockey Le Canadien, au moment où les employés du Journal de Montréal subissaient un des plus long lock-out de l’histoire du Québec. (1)

L’arrivée de Serge Cadieux en 2013 en même temps que Daniel Boyer à la présidence , il occupait le poste de secrétaire-général depuis 2010, avait donc permis de donner les coudées franches à ce nouveau tandem. La campagne FTQ pour le salaire minimum à $15 en 2016 qui endossait une revendication des mouvements sociaux avait à ce moment marqué un tournant à gauche nécessaire pour la FTQ.

Le congrès de novembre n’a cependant pas donné suite aux résolutions qui voulaient actualiser cette avancée. L’une provenant la section locale 17753 de l’Alliance de la fonction publique du Canada revendiquant une majoration à 17$/H et l’autre du CRFTQMM pour une majoration 18$/H avec des hausses annuelles suivant minimalement l’inflation. La proposition du Conseil soulignait que de plus en plus de ménages ayant un emploi ne parviennent pas à sortir de la pauvreté et de l’endettement avec 12,50 $ l’heure.

Les conseils régionaux ont cependant créé un moment fort alors que leur résolution proposant d’augmenter le financement de .03$ par membre par mois pour les Conseils régionaux a été adoptée par une forte majorité. Cette résolution a été soutenue par des interventions provenant de plusieurs syndicats importants de la FTQ et portée évidemment par les Conseils régionaux et plusieurs militants et militantes qui y sont impliquées. Marc-Édouard Joubert, président du CRFTQMM y a joué un rôle important et a fait une intervention à la fois percutante et pleine de sagesse. Cette décision appuyée par la grande majorité de la délégation faisait suite à des années de revendications pour rendre obligatoire l’affiliation aux conseils. Même si cela n’est toujours pas le cas cette résolution envoyait tout de même un message clair, la FTQ ne peut exister, donner des services et mettre en branle des campagnes sociales sans l’existence de conseils régionaux forts pour les porter dans les régions.

Le congrès a également adopté une importante résolution qui permettra de tenir compte des revendications des premières nations dans les politiques syndicales. À cette fin il a été décidé de créer un comité permanent pour les Premières Nations, les Métis et les Inuits.

Au chapitre de la santé, les délégués et déléguées ont voté une déclaration de politique demandant à la FTQ de réaffirmer la nécessité d’instaurer un régime public et universel d’assurance médicaments. En ce qui concerne la santé et sécurité du travail les congressistes ont adopté une politique qui enjoint le gouvernement du Québec de déposer un projet de loi avant la fin de l’année tel que promis afin de moderniser la loi. Comme l’a indiqué Serge Cadieux : « Aujourd’hui au Québec, seulement 12% des travailleuses et travailleurs ont accès aux quatre mécanismes de prévention, c’est inacceptable ! »

La Loi sur la santé et la sécurité du travail (LSST), adoptée en 1979, établit notamment quatre mécanismes de prévention dans les établissements. En 1980, dans le but d’appliquer progressivement ces mesures, les établissements ont été regroupés en six groupes, appelés groupes prioritaires. Actuellement les groupes 1 et 2 sont assujettis aux quatre mécanismes de prévention, le groupe 3 est assujetti au programme de prévention qui doit inclure le programme de santé spécifique à l’établissement et les groupes 4, 5, 6 ne sont assujettis à aucun mécanisme de prévention. Après plus de 30 ans, les mécanismes de prévention ne s’appliquent donc encore qu’à un nombre restreint de secteurs d’activité. (2)

Les congressistes ont également appuyé les travailleuses et travailleurs de résidences pour personnes aînées en grève pour leurs conditions de travail et pour des salaires décents. Les membres du SQEES-298 réclament un décret de convention collective dans tous les secteurs de résidences privées.

L’environnement a été au cœur du congrès qui se voulait sans papier. Les résolutions visaient la réduction de l’empreinte écologique de la FTQ jusqu’à l’élimination des plastiques à usage unique en passant par le compostage et la promotion du transport collectif et électrique. Le désinvestissement dans les compagnies exploitant les hydrocarbures a aussi fait l’objet d’une résolution, notamment en ce qui concerne les placements des régimes de retraite. Wilfried Cordeau du service de recherche de la FTQ a également présenté aux congressistes un document d’appui portant sur la numérisation du travail.

Devant la détérioration des services publics et le mépris du gouvernement Legault à l’endroit des personnes syndiquées alors que commencent les négociations du secteur public, Daniel Boyer a lancé un appel à la mobilisation pour rebâtir les services et a dénoncé l’attitude du gouvernement : « Les surplus budgétaires n’appartiennent pas à la CAQ ! Les travailleuses et travailleurs du secteur public sont aussi des Québécoises et des Québécois qui aient des taxes et des impôts. C’est sur leur dos que le gouvernement a accumulé dans ses coffres des milliards de surplus. »

Les congressistes ont élu le président actuel Daniel Boyer, qui amorce un troisième mandat à la présidence, et le nouveau secrétaire général, Denis Bolduc, du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP). Les délégués et déléguées ont également procédé à la nomination des 15 vice-présidents et vice-présidentes du Bureau de direction pour les trois prochaines années, dont les trois vice-présidentes représentant les femmes au bureau de direction Louise Michaud (AIMTA), Joëlle Ravary (SCFP) et France Paradis (UNIFOR), qui ont été réélues par le caucus des femmes. (3)

Plusieurs femmes ayant été élues à la direction de leur syndicat, représenté au bureau de direction, ce nouveau bureau a ainsi pour la première fois de son histoire atteint la parité de représentation homme-femme. Cette avancée correspond à la place de plus en plus grande que les femmes ont pris dans les syndicats et au changement des mentalités auquel leur travail a contribué.

Je tiens à féliciter particulièrement Nancy Beauchamp première femme élue récemment au poste de directrice nationale du STTP région du Montréal métropolitain et qui siège maintenant au bureau de direction de la FTQ. Un long chemin parcouru pour cette factrice des routes rurales qui a travaillé à la syndicalisation, finalement reconnue en 2004, des Facteurs et factrices ruraux et suburbains au sein du STTP.

(1) https://www.pressegauche.org/FTQ-Depart-de-Michel-Arsenault
(2)https://www.cnesst.gouv.qc.ca/Publications/Documents/Modernisation_du_r%C3%A9gime_de_sant%C3%A9_et_s%C3%A9curit%C3%A9_du_travail.pdf
(3) Documents de congrès FTQ

André Frappier

Militant impliqué dans la solidarité avec le peuple Chilien contre le coup d’état de 1973, son parcours syndical au STTP et à la FTQ durant 35 ans a été marqué par la nécessaire solidarité internationale. Il est impliqué dans la gauche québécoise et canadienne et milite au sein de Québec solidaire depuis sa création. Co-auteur du Printemps des carrés rouges pubié en 2013, il fait partie du comité de rédaction de Presse-toi à gauche et signe une chronique dans la revue Canadian Dimension.

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