Édition du 21 septembre 2021

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Arts culture et société

Connaissance versus croyance

Il y a pire que l’ignorance (« Je ne sais pas ») et la double ignorance (« Je ne sais pas que je ne sais pas »).

Il y a pire que l’ignorance ("Je ne sais pas") et la double ignorance ("Je ne sais pas que je ne sais pas"). Il y a les discours en provenance de ces thaumaturges charmeurs, enchanteurs, ensorceleurs, escrocs, à la parole envoûtante et convaincante qui nous présente des échafaudages mensongers élaborés à partir de convictions ou de croyances fondées sur des spéculations abstraites aux apparences cohérentes et posées comme irréfutables. Là réside en partie le danger en matière de définition de notre « rapport au réel ».

Nous ne sommes jamais en présence d’un savoir « vrai ». Nous sommes plutôt en présence soit d’une connaissance démontrée (parce que prouvée) ou soit d’une croyance révélée (car elle est affirmée comme vérité authentique sans égard pour les faits et sans aucune démonstration à l’appui). La connaissance est toujours réfutable éventuellement alors que la croyance repose sur une assertion dogmatique indémontrable. La parole du charlatan, du dupeur et de l’emberlificoteur est fallacieuse, fourbe, trompeuse, mystifiante, mystificatrice et perfide.

Elle est à combattre éternellement en raison du fait qu’elle repose sur une conviction que les approximations relatives, qui ont les apparences extérieures de constructions solides et cohérentes, sont affirmées comme étant « vraies », alors qu’elles sont fausses. Elles servent de paravent mensonger et sont à la base d’un rapport délirant et dangereux au réel. Il y a donc pire que l’ignorance et la double ignorance. Il y a cette conviction profonde que la « vérité » réside dans les constructions abstraites illusoires aux apparences théoriques cohérentes et logiques. Bref, les discours sectaires, dogmatiques et doctrinaires sont une menace en tout temps.

La science n’a rien à voir avec la vérité immuable ou incontestable. Il s’agit plutôt d’un savoir qui s’échafaude sur des bases rationnelles et rigoureuses. Des bases méthodologiques précises, transmissibles, communicables et dont les résultats sont reproductibles. Telle est la voie à emprunter et à privilégier pour atteindre l’essence des choses. Il faut rappeler et se rappeler en tout temps qu’il n’existe pas de « vérité scientifique ». Il y a tout au plus des connaissances réputées provisoirement scientifiques, parce qu’elles sont falsifiables ou réfutables éventuellement. Le savoir doit donc être considéré au départ comme provisoire à court ou moyen ou encore long terme. La démarche scientifique n’a surtout pas la prétention d’épuiser le réel.

La personne humaine est tristement facile à berner. Puisqu’il en est ainsi, il ne faut pas se laisser convaincre ou envoûter par les arguties des alambiqueurs qui au fond nous servent des faussetés ou veulent nous endoctriner avec leurs abstractions bidon. Il faut garder ses distances avec les imposteurs. La science n’a rien à voir avec la vérité éternelle, la parole divine ou l’argument d’autorité. Il s’agit plutôt d’un ensemble d’hypothèses et de théories vérifiées à travers un processus méthodologique clairement énoncé dont les résultats seront acceptés comme vrais jusqu’à preuve du contraire ou jusqu’à ce que le tout soit remplacé par de nouvelles hypothèses qui servent à l’élaboration de nouvelles théories plus pertinentes et plus fécondes sur le plan de la connaissance.

Ce n’est pas le savoir qui est relatif. Ce sont plutôt les diverses opinions qui se font entendre sur différents sujets qui sont relatives. Les scientifiques, à l’instar des autres humains, ont également, parfois, des opinions sur divers sujets. Il ne faut pas confondre leurs opinions (fausses ou vraies) avec la connaissance. Une opinion reste toujours une opinion dans toutes les circonstances. Une opinion n’est jamais un « avis scientifique » sur une question de recherche donnée.

Il y a donc pire que l’ignorance ou la double ignorance. Il y a le stade de l’esprit primaire qui s’exprime dans un jargon abscons qui semble le produit ou l’expression de la pensée abstraite (pensée abstraite au sens de forme de la pensée qui s’accompagne d’une référence explicite à l’abstraction). Il s’agit d’un stade qui correspond à un refus de rompre avec le royaume de la croyance crasse qui a pour effet uniquement de calmer les angoisses existentielles humaines devant l’inconnu. Il s’agit, chez certaines personnes, d’un noyau dur dont elles ou ils ne se distancieront ou ne départiront jamais : celui de la croyance indestructible qui est le fruit de la révélation et non de la démonstration rigoureuse.

La compréhension surgit là où nous nous donnons la peine d’explorer une énigme dans toutes les directions possibles à l’aide de méthodes clairement exposées. Il ne faut pas confondre les voies de la révélation avec le célèbre cri d’illumination qu’a lancé un jour Archimède de Syracuse : Eurêka ! Le savoir, la connaissance s’inscrivent nécessairement dans la voie de la dialectique, la voie de l’interrogation méthodique et non de l’affirmation dogmatique. La démarche scientifique est probablement la voie la plus déstabilisante du processus de production de la connaissance car ses résultats, même les résultats démontrés, peuvent un jour être remis en question. La voie la plus stimulante intellectuellement reste celle de la découverte scientifique, même si ses résultats débouchent sur la production d’une connaissance vraie (ou d’un savoir vrai) provisoire.

Pour conclure…

J’ai déjà lu quelque part (et on m’excusera de ne plus me rappeler où) que le problème chez l’humain réside en ceci : son intelligence est limitée alors que sa bêtise est illimitée… J’ajoute que l’humain est un curieux mélange d’irrationalité et de rationalité. Le peu de rationalité qu’il recèle ne lui permet pas toujours de venir à bout de son irrationalité. Haro donc sur les discours faux et mensongers qui refusent d’être vérifiés, falsifiés, réfutés, c’est-à-dire confirmés ou infirmés. Éloignons de nous et bannissons de nos démarches analytiques les carabistouilles[1] et autres calembredaines[2] !

Yvan Perrier

9 et 10 août 2021

yvan_perrier@hotmail.com

[1] Balivernes.

[2] Propos extravagants ou plaisanteries futiles.

Yvan Perrier

Yvan Perrier est professeur de science politique depuis 1979. Il détient une maîtrise en science politique de l’Université Laval (Québec), un diplôme d’études approfondies (DEA) en sociologie politique de l’École des hautes études en sciences sociales (Paris) et un doctorat (Ph. D.) en science politique de l’Université du Québec à Montréal. Il est professeur au département des Sciences sociales du Cégep du Vieux Montréal (depuis 1990). Il a été chargé de cours en Relations industrielles à l’Université du Québec en Outaouais (de 2008 à 2016). Il a également été chercheur-associé au Centre de recherche en droit public à l’Université de Montréal.
Il est l’auteur de textes portant sur les sujets suivants : la question des jeunes ; la méthodologie du travail intellectuel et les méthodes de recherche en sciences sociales ; les Codes d’éthique dans les établissements de santé et de services sociaux ; la laïcité et la constitution canadienne ; les rapports collectifs de travail dans les secteurs public et parapublic au Québec ; l’État ; l’effectivité du droit et l’État de droit ; la constitutionnalisation de la liberté d’association ; l’historiographie ; la société moderne et finalement les arts (les arts visuels, le cinéma et la littérature).
Vous pouvez m’écrire à l’adresse suivante : yvan_perrier@hotmail.com

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